LA DISTINCTION
La distinction est la politesse des manières. Les personnes qui sont assises dans leur salon, habillées comme pour recevoir de la compagnie, et qui lisent un roman ou quelque autre livre futile passent, pour des personnes distinguées. Mais ceux qui doivent travailler pour gagner leur vie et qui ont de grosses mains calleuses passent pour des personnes fort peu distinguées. Si une dame riche croisait dans la rue une petite meunière, elle serrerait sa robe presque au point de ne plus pouvoir marcher, afm de ne pas toucher celle de la petite lille. Si un monsieur à la mode, ayant les mains bien blanches, allait dans un salon à la mode et demandait du vin de Champagne, la maîtresse de la maison lui en ferait servir du meilleur. Mais si un homme pauvre faisait la même demande, elle lui en donnerait probablement du plus mauvais, et s'il s'enivrait, on ne dirait pas qu'il est un homme distingué.
Nous n'avons pas été mis dans ce monde pour nous asseoir dans un salon et y recevoir de la compagnie, ni pour avoir des mains bien blanches, pour aller aux bals ou aux réunions, mais pour faire avec toute notre ardeur « ce que nos mains trouvent à faire ».
Y a-t-il un homme plus illustre que Abraham Lincoln, et certes celui-là n'a jamais méprisé le travail ; par son mérite il est devenu Président des États-Unis. 11 fut toujours honnête et loyal. C'est lui qui donna la liberté aux esclaves.
Parmi les femmes illustres, Florence Nightingale quitta sa demeure pour aller au chevet des soldats mourants ; de même Dorothée Dix alla dans les prisons soigner les prisonniers.
Si tous les hommes étaient trop distingués pour travailler, le monde périrait. L'Exposition du Centenaire est le résultat du travail des nations pendant plusieurs années. S'il n'y avait personne pour travailler, nous n'aurions pas de chemins de fer,
de voitures, de wagons , de chevaux, ni beaucoup d'autres choses. La nature entière nous donne des leçons d'activité.
LizziE S.
Age : treize ans.
Leiperville, comté de Delaware (Pensylvanie).
i/. — L INTEMPERANCE.
L'intempérance est l'habitude de boire, ou de se laisser dominer par les liqueurs spiritueuses.
Je crois que l'intempérance est un des plus grands maux qui existent. Je ne sais pas s'il y a quelque chose qui soit pire, quoique j'aie souvent entendu dire que l'argent était la source de tout le mal. Je pense que sans l'argent on ne pourrait pas se procurer du whisky (1) pour boire. Il y a des hommes qui peuvent boire un grand nombre de verres de liqueurs fortes sans que cela leur produise aucun effet, tandis que cela produit de l'effet tout de suite sur d'autres. Lorsqu'une personne se met ainsi sous l'empire d'une liqueur forte, elle perd la raison, chancelle, roule, ne peut plus se tenir.
L'ivresse rend certaines personnes stupides, d'autres sont gaies, d'autres sont tristes, d'autres furieuses. L'habitude de l'intempérance prive les hommes et quelquefois aussi les femmes de leur raison, de leur argent, de leur demeure, de leur santé, et enfin de leurs pauvres âmes. Pensez seulemenl aux milliers de pauvres âmes qui sont perdues par l'habitude de l'intempérance !
Lorsque certaines personnes sont ivres, leur esprit est si troublé que, si on ne les surveille pas de très-près, elles font beaucoup de mal, et souvent mettent en danger la vie des autres. Combien de fois, lorsque nous entendons parler d'accidents et que nous demandons comment ils sont arrivés, ne nous répond-on pas que les personnes étaient ivres et qu'elles ne savaient pas ce qu'elles faisaient! Oh! je crois que les marchands de rhum auront beaucoup de comptes à rendre dans le ciel au jour du jugement. La Bible dit « que nous ne devons pas regarder le vin lorsqu'il' est rouge ni lorsqu'il colore la coupe, parce qu'alors il mord comme un serpent, et pique comme une vipère, d
(l) Sorte d'eau-de-vie. {Xote du traducteur.)
98 GRAMMÂR SCIIOOLS.
Quelquefois, eu traversant en voiture un village ou une ville, vous voyez des hommes à l'air fort et robuste qui se tiennent «levant le comptoir et qui vident la coupe redoutable. Il y a des hommes qui vendent la liqueur brûlante aux pauvres ivrognes jusqu'à ce qu'il ne leur reste plus un sou; ils ne songent pas qu'ils perdent leur âme et celle des autres. Lorsque ces ivrognes ont dépensé tout leur argent et qu'il ne leur reste plus rien pour payer leur liqueur, ils enlèvent leur n)obilier pièce à i>ièce jusqu'à ce (ju'il ne reste plus rien chez eux. Alors, leur pauvre femme toute maigrie, elle qui jadis était si gaie et si Joyeuse, et qui maintenant meurt presque de chagrin, prend ses petits enfants et va mendier son pain. Dieu souvent elle n'a à leur donner qu'une croule sèche, assez pour les empêcher lie mourir de faim, et tout cela est la conséquence d'une habitude d'intempérance. Comme ces pauvres familles doivent ::raindre d'entendre le bruit lourd des pas redoutés, et de voir i-ntrer en chancelant leur père bien-aimé ou un frère, ou un !ils ! Comme il doit être dur d'entendre les injures et de recevoir les coups cruels qui leur sont si libéralement infligés par ceux qu'elles regardent comme leurs protecteurs et qui, dans
I .'ur accès d'ivresse, les traitent avec tant de cruauté ! Je ne sais pas conuïient des hommes et des femmes peuvent avoir la conscience de vendre la liqueur empoisonnée, lorsqu'ils savent ([u'eile cause tant de chagrin et tant de mauvais traitements.
II y a tant de choses à dire sur ce qu'il y a d'affreux dans Tintempérance ! Elle a brisé bien des cœurs !
Grâce H.
Age : seize ans.
Comté de Harren (New Jersey). District n° G. École rurale (1).