au président grant
A Son Excellence le Président de cette glorieuse et ancienne Union.
Mon cher Monsieur,
Comme vous n'avez jamais entendu parler de moi, j'espère que vous pardonnerez à un inconnu la liberté qu'il prend de vous écrire, et que vous lui permettrez de se présenter. Je suis né dans le petit État que les Philadelphiens appellent quelquefois l'Espagne. Nous cultivons beaucoup de pommes de terre douces et nous nous sentons à peu près aussi indépendants que les autres États de l'Union. Il n'y a que des patriotes ici, et si notre petit État est sablonneux, il a toujours joué son rôle dans la glorieuse Union. Vive New Jersey ! vive Grant ! vivent les États-Unis ! et vive moi !
Je suppose que vous voyez avec plaisir s'approcher le Centenaire et que vous souhaitez que le moment de le commencer soit déjà arrivé. Les bâtiments sont très-convenables, mais ils ne sont pas aussi jolis qu'ils le paraissent sur les gravures. J'ai été les voir et je crois qu'ils seront très-beaux quand ils seront terminés, car ils auront alors un grand air de propreté. Naturellement Votre Excellence assistera à cette fête et peut-
être serez- vous un peu surpris ou amusé en voyant qu'un écolier a écrit une lettre à vous dont il ne sait rien, si ce n'est ce qu'il a lu dans les livres et dans les journaux. Ce que j'en ai appris de cette manière est bien peu de chose, cependant c'est plus que d'autres n'en savent, car j'aime à lire. Les tours des bcàtiraents du Centenaire sont très-hautes, et en y montant on peut voir la ville et le parc qui l'entoure. Je pense que moyennant une légère dépense vous pouvez voir autant de curiosités et autant d'étrangers que si vous voyagiez dans tout le monde en exjjosant inutilement votre vie.
Peut-être avez-vous beaucoup voyagé et vu beaucoup d'étranges spectacles ; mais j'imagine que, lorsque vous aurez visité tous les bâtiments du Centenaire, vous les regarderez comme un des plus magnifiques spectacles que vous ayez jamais vus.
11 y aura des têtes couronnées qui viendront de l'autre côté de l'Océan, et je pense que toutes voudront voir l'homme qui préside aux destinées des États-Unis, ce pays qui est encore dans l'enfance.
Je vous loue pour la conduite héroïque que vous avez tenue pendant la dernière révolte, en combattant pour votre drapeau, pour votre pays et pour la bonne cause. On entendit beaucoup d'exclamations de surprise, lorsqu'on apprit dans le >'ord les exploits hardis et audacieux que vous aviez accomplis dans le Sud et le zèle avec lequel vous commandiez vos troupes pendant ces quatre années de luttes et de soutfrances, qui privèrent tant de familles de leur soutien et de leur foyer.
Vous êtes à votre place à la Présidence, et, si c'était l'habitude des États-Unis, vous mériteriez d'être élu une troisième fois; mais comme ce n'est pas la coutume, j'imagine que vous ne voudrez pas violer les lois du pays.
Je répète : Vive Grant! vive l'Union ! vive le monde entier! Je demeure votre admirateur et votre humble ami,
AV. BuRR H. St.
Age : quatorze ans.
Au Président Grant.
Glendale, comté de Camden (New Jersey). District n^ '26.