‹ Devoirs d'écoliers Américains, recueillis a l'exposition de Philadelphie, 1876Chapitre 201 sur 355 · ORIGINE DES LOCUTIONS D'ARGOT · texte numérisé non relu

ORIGINE DES LOCUTIONS D'ARGOT

Les lettres sont des clefs qui enferment dans des mots les curiosités de l'histoire. Rien, en effet, ne pourrait donner une idée de la richesse de signification contenue dans les mots. Ils ont en eux un charme indéfinissable qui nous engage à en rechercher l'origine. Nos recherches ne nous satisfont qu'autant qu'elles ont fait luire la lumière de la raison sur un mot, et ({u'elles nous en ont ainsi découvert la racine.

L'étude des mots ne nous permet pas seulement de suivre la formation et le développement de la langue, elle nous permet aussi d'assister au développement des pensées et des habitudes du peuple. Nous voyons qu'il nous manque beaucoup de mots pour exprimer nos idées. Cette pauvreté de la langue se fait sentir non-seulement aux enfants et aux peuples naissants, mais encore aux hommes faits et aux nations qui ont acquis tout leur développement. Les premiers ont recours aux comparaisons, aux métaphores et aux autres figures du discours ; les autres les reçoivent toutes faites et les emploient parce qu'elles leur paraissent très-commodes pour tenir lieu de ce qui leur manque, ou bien simplement parce qu'ils aiment à se servir du style figuré.

C'est donc d'abord la pauvreté de la langue qui force les honunes à employer la même expression pour désigner des objets ou des actes complètement différents. Plus tard, ils veulent s'épargner la peine d'inventer un nombre infini de mots et de se les rappeler. Un mot qui a été inventé pour exprimer

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une idée ou une chose particulière, sera employé pour eiq^rimer une autre idée ou une autre chose à laquelle on suppose quelque ressemblance avec la première. Il arrive cependant quelquefois que ces métaphores et ces comparaisons sont trop obscures. Lorsque ces figures tombent dans le burlesque ou dans le vulgaire, nous les appelons de Y argot.

En examinant une expression figurée de ce genre, par exemple l'expression He has passed in his checks (1), nous voyons qu'elle ressemble un peu aux figures qu'on emploie à l'origine d'une langue. Cette expression tire probablement son origine de la vivacité avec laquelle certaines personnes sentent et apprécient la relation du concret à l'abstrait. Elles ont comparé l'homme qui, à la fin d'un voyage, remet ses bulle* tins et acquitté ainsi la Compagnie du chemin de fer de toute obligation envers lui, à un homme qui a été libéré de tout ce qu'il devait à la vie, et qui a donné quittance â la Tie de tout ce qu'elle lui devait. Cette expression contient une comparaison ou une métaphore abrégée.

Une loi curieuse force les mots à faire nu certaûi stage avant de recevoir Tempreinte qui leur donne cours légal. fojs/L mot reste pendant quelque temps à l'état d'embryon avant d'avoir droit de cité dans la langue. Pendant un demi-siècje pei^^re, il ne trouvera place dans aucun Dictionnaire. jL'ialradiaction dans le Dictionnaire est la grande épreuve, et lorsqu'un mot l'a passée, il peut compter sur une exiât^^c^ plus on moins longue.

11 y a des milliers de mots qui sont nés dans l'argot et qui» plus tard, ont été adoptés par la bonne société. Il est curieux d'observer un grand nombre de nos plus nobles expresâons qui reposent sur quelque terme libre et populaire, sur quelque réplique qui a passé de bouche en bouche, ou dont la création spontanée répondait à quelque nécessité du atoment.

Nous avons aussi dans notre langue des mots qui, à rorigine, désignaient des choses ou des qualités grandes et nobles, et qui, emportés par le courant irrégulier des pensées humaines,

(1) « Il a remis ses bulletins de voyage, » c'est-à-dire il ^ rendu le dernier coupon du livret employé en Amérique, comme il Test chex nous dans les voyages circulaires. Des auteurs expliquent cette locution, qui signifie qu'un homme est mort, en donnant au mot checks le sens qu'il a dans l'argot des joueurs dans les États du Pacifique : Counters used in games ai cards, jetons pour compter les points aax jeux de «artat. (Note du Traducteur.)

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se flxmt siDgattèrefflent eoirompus. Imp (1) est «& des mots qui ont ea à souffrir de cette injustice. Dans les ouvrages de Shakespeare il signifie toujours fils. Sa signification étymologique est pousse ou rejeton, U en est de même de beldame, ifui, au lieu de signifier une vieille sorcière (2), devrait signifier une belle dame ou au moins une grand*mère.

C'est au théâtre que nous devons beaucoup des répliques ec des expressions bizarres qui frappent nos oreilles à tout instant. Bien souvent aussi ces mots et ces expressions que nous avons toi» les jottrs à la iMuohe tmt une larœ pittoresque que des eymewfmes plus élégauts seraient bien loin d'avoir. .

Ouelle énergie et quelle clarté dans les expressions suivantes, par exemple : close fisiad, bamboozle, rioh stories, mealymouthed (3).

De même, on dit de quelqu*un qu'il a cheek{i\ brass ou Un, On dit qu'une personne est dans un pUMe. Nous nous écrions : Oingery ou Go tell the news to Haamai, C'est aux comédies dites de société que nous devons toutes ces expressions.

Nous pourrions feuilleter notre Dictionnaire bien longtemps

(1) Imp^ diablotin.

(2) Ou porc.

(3) Close fisted : serré, dur à la détente.

Bambooile : ce mot, passé du bohémien moderne dans l'anglais, signifie : duper, se jouer de quelqu'un.

Rich stories : des histoires trop absurdes pour qu'on y ajoute foi; des contes à dormir debout. Même sens que riche dans aotre argot.

Mealy-mouthed : trompeur, beau parleur, bouche enfarinée.

(4) Cheeky joue, et en argot front, impudence.

Brass : cuivre, bronze; en argot, figure de bronze, c'est-à-dire impudence. En 1803, des artilleurs de Norwich reçurent l'ordre d'essayer des canons en cuivre (èfsss) qui appartenaient à la ville. Le rapport fait sur les résultats de ce tir contenait cette phrase : « n est d'usage de donner a« caporal le métal des pièces qui ont •édaté. • La mimicipaHté répeadit : t ...The corporal does not want érass, le caporal n'a pas besoin de enivre, ou : f Le caporal ne mao» ^ue pas d'impudence. •

Tin : étain , en argot, de l'argent.

Pickle : saumure; en argot, position malheureuse ou comique (comme être dans le pétrin).

Ginger : terme dont on se sert pour déprécier l'extérieur d*tine personne.

To be ail the rage : faire rage.

Bitte stocking : bafl bleu. «

Demi Utter : lettre mise au rebut. {Notes du Traducteur,)

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avant de trouyer des expressions aussi énergiques que les suivantes pour exprimer la même idée : cUl the rage. Mue stocking ou dead letter. C'est la poste aux lettres qui nous a donné "-ette dernière.

Il serait difficile de découvrir ou d'imaginer l'origine de |uelques-unes de nos expressions populaires, par exemple de telle-ci : To sow one*s wild oats (1). Pourquoi a-t-on choisi l'avoine, parmi toutes les autres espèces de blé, pour caractériser les désordres de la jeunesse?

L'expression populaire By hook or by crook (2) a une étymo- Ipgie très-curieuse. D'après les anciennes coutumes forestières, les personnes qui avaient le droit de ramasser dans les forêts royales du bois pour se chauflTer, ne pouvaient prendre que le bois mort, ou les branches. d'arbre qui avaient a cast, a hook and crook (3).

En recherchant l'étymologie et la signification des mots, nous voyons qu'il n'en est pas un qui n'ait sa logique et son bon sens, mais logique bien libre et bon sens parfois bien original.

Georgiana B.

Àgc : vingt ans.

Milwaukee (Wisconsin).

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