ADIEUX DES JEUNES
Choisie par mes compagnes pour vous faire leurs adieux, Je sens, au moment où je parais devant vous, combien je suis incapable d'exprimer par des paroles les profonds sentiments qui remplissent mon cœur. Ces sentiments sont un mélange confus de joie et de chagrin ; c'est avec joie que nous vous voyons libres des devoirs de l'école, c'est avec joie que nous vous voyons recueillir enfin la récompense de trois années de travail Mais c'est avec chagrin que nous nous séparons de vous, qui ayez été nos compagnes pendant les deux années qui viennent de s'écouler, années d'innocence, de joie et de gaieté. Vous avez fidèlement rempli votre lâche, comme doivent le faire tous ceux qui veulent s'abreuver aux eaux vives de la science ; quelques-unes ont cédé trop tôt à la fatigue, oubliant que la science ne se donne qu'à ceux qui la recherchent avec ardeur et persévérance. Elles ont franchi trop tôt hélas ! les bornes de Tenfance et sont entrées dans l'école du monde, bien plus grande que celle-ci, où préside la plus sévère de toutes les maîtresses, l'expérience. Son enseignement est souvent bien amer.
Chères aînées, notre éducation ne fait que commencer, nos esprits, enfin mûrs et disciplinés, sont prêts à entrer dans les champs plus fertiles de la littérature et des connaissances utiles. Laissez de côté les plaisirs du moment, ayez un objet en vue, proposez-vous un but à atteindre, et disposez vos esprits de telle sorte que tous vos actes, tons vos mouvements tendent ▼ers ce but. Perfectionnez votre intelligence, votre caractère, vos vertus, vos affections.
Rappelez-vous que la sphère de la femme n'est pas limitée aux devoirs du foyer ; son influence est sans bornes, et elle peut s'en servir pour le bien ou pour le mal. Il serait superflu, chères amies, de vous engager à poursuivre toujours le bien, et à tâcher d'atténuer le mal que d'autres font. Soyez fidèles à vous-mêmes et n'abandonnez pas vos plus çhers intérêts.
Vous ne suivrez pas toutes la même route dans la vie, mais nous espérons que vous n'oublierez jamais les premiers enseignements que vos maîtres vous ont donnés et les excellents exemples qu'ils vous ont présentés. Que ce soit le mérite moral qui dirige toutes vos actions.
Le mérite n'est pas une vertu éclatante, mais c'est cette vertu qui vous fera accomplir votre devoir sans hésiter; c'est
par elle que vous serez fidèles à tos amies, généreuses envers vos ennemies, bonnes et pleines de compassion pour les pauvres. C'est une vertu modeste qui brille humblement, mais elle couronne tout ce qui est bon.
La société s'ouvre devant vous avec tous ses plaisirs ; les salons dorés, les accents enivrants de la musique vous feront oublier le temps qui fuit, et en cherchant les plaisirs de la vie vous serez portées à en oublier les devoirs plus austères >
Je vous le recommande, chères aînées, soyez fidèles à vousmêmes et soyez modérées dans la recherche des plaisirs. Malgré tous les charmes du monde, arrêtez-vous et suivez toujours le parti le plus conforme à vos véritables intérêts
Ce soir, vous ne pensez pas au passé et, en quittant cette salle, vous ne vous direz pas que vous laissez derrière vous la plus belle partie de votre vie. Mais plus tard vous jetterez un long regard en arrière et vous souhaiterez de revivre ces années que vous avez passées ici.
L'hejire s'avance et je dois maintenant vous prier d'accueillir nos conseils avec bonté et de ne pas les trouver déplacés* Souvenez-vous qu'en prenant congé de vous, chères aînées, mon cœur est rempli pour vous d'une affection qui durera éternellement.
Nous nous séparons ce soir, mais nous pourrons nous revoir, et nous espérons que cette séparation ne brisera pas nos amitiés.
Au nom de toutes mes compagnes, jie vous souhaite plaisir et bonheur dans l'avenir ; puissent les bénédictions du ciel vous accompagner partout, et nous vous disons pour la dernière fois un tendre c Adieu i.
Allie B.
Nouvelle-Orl^aiifl (Louisiane). École supérieure de fiUe»«
2* SECTION : CONPISITIONS MORUES ET PWLOSOPHIQUCS.