NOTRE PREMIÈRE PRÉSIDENTE
(2« année.)
Notre première Présidente! Oh! quelle grandeur et quelle majesté dans ce mot I Quel monde d'idées heureuses suggère la pensée, oui, la seule pensée qu'à une époque qui n'est pas trèséloignée, notre nation, les États-Unis, sera gouvernée par cet être noble, ambitieux, au cœur fidèle, innocent : la femme. Une femme siégera comme Présidente des États-Unis I
Je la vois vêtue comme la plupart des autres femmes ! Elle n'aura pas ces toilettes extravagantes que portent quelques-unes de celles qui font partie de la société des c Women's Rights > (1). Celles-ci s'imaginent qu'on ne croirait pas qu'elles mettent leurs maximes en pratique, ni qu'elles soient capables d'exercer les professions que s'attribue l'autre sexe, si elles ne portaient pas des vêtements qui ressemblent tellement à ceux des hommes»
(1) Société pour la revendication des droits des femmes.
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qtie même les fversonnes qui les cennaissent intimement tes prennent à première vue pour des prêtres, lorsqu'elles lés Toient de loin. Oh non ! notre première Présidente n'aura pas eet airlà, du moins si je puis l'en empêcher. Elle n'aura pas hente de porter les vêtements de son sexe, non ! non ! non !
Lorsqu'elle sera à notre tête, notre pays ne sera plus troublé par les affaires véreuses du whisky, par toutes ces fraudes, ces paniques, ces banqueroutes, ces accusations dirigées contre les fonctionnaires publics et toutes les choses de ce genre qui viennent toujours de la négligence, défaut que l'on trouve plus souvent chez les hommes que çhes les femmes.
Notre première Présidente sera mère d'une nombreuse famille, et, en cela, elle suivra l'exemple de notre Président actuel et de ses prédécesseurs, qui ont tous eu beaucoup d'enfants. Ses enfants seront fiers de leur mère et ils l'aimeront autant, sinon plus, que les autres enfants aiment leurs mères qui ne sont pas Présidentes et qui ne passent pas toutes leurs journées à la Maison-Blanche (1), occupées de la grandeur et de la gloire de cette nation dans laquelle doivent vivre et mourir leurs enfants et leurs petits-enfants.
Lorsqu'elle quittera les affaires de l'État pour rentrer chex elle, ses enfants s'assembleront autour d'elle pour écouter ce qu'elle aura à dire sur ses travaux de la journée. Ils seront aussi intéressés par ces récits que les autres enfants le sont lorsque leurs mères leur racontent les visites qu'elles ont faites aux dames de leur connaissance, ou une belle promenade en voiture qui a duré toute l'après-midi.
Elle aimera tendrement son mari, qui, de son côté, l'aiinera de tout son cœur.
C'est ainsi que je vois le personnage de la première Présidente des États-Unis.
J'espère que pour le prochain Centenaire on donnera aux élèves de laHigh School de Milwaukeeà traiter ce sujet : f De l'influence de la première Présidente sur notre pays. >
LizziE B.
Âge : dix-sept ans.
Milwaukee (Wisconsin).
(1) Siège du gouvernement à Washington.
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S3. — LB SUFFRàGB ÉTI»a>U AUX FBMMES.
I^e snfihrage étendu aux femmes est un des sujets les plus engageants de notre temps. Le moBient est Tenu oii on ne peut plus écarter cette question. Ce qu'elle renferme de raisonnable et de juste saute aux yeux. C'est une question qui s'impose à notre attention malgré tous eeux qui la combattent.
Faire payer les impôts sans donner droit à la représenta* tion, c'est une tyrannie. Nous, citoyens de la République des Ëtats-Unis, qui voulons des droits égaux pour tous, nous qui» au moment de commencer un second siècle, faisons avec tant d'enthousiasme Texposition de nos talents et de nos ressources» tout cela en l'honneur de ces principes pour lesquels nos pères ont combattu et sont morts, irons-nous conserver cette relique de la barbarie : le suffrage restreint aux hommes?
Considérez l'immense quantité de valeurs possédées par des femmes de notre pays. Elles payent leur part d'impôts sans avoir le droit de prendre part à la confection des lois qui règlent nos intérêts financiers. Est-ce juste?
L'argument qu'on a présenté tant de fois et qui consiste à dire que les femmes n'entendent rien à la politique et qu'elles ne pourraient pas voter d'une manière intelligente, n'a aucune force. Est-il un homme raisonnable qui penàe que ces femmes riches et instruites dont les impôts servent à soutenir notre gouvernement ne sont pas bien plus capables de voter que les classes ignorantes de notre pays et des pays étrangers qui votent par droit de sexe? Bien souvent leurs patrons achètent leurs votes ou se les procurent par intimidation. Souvent encore les partis politiques emploient les mêmes moyens pour les gagner à leurs intérêts particuliers.
Les personnes instruites des deux sexes sont capables de se former une saine opinion politique, et le vote d'une femme ignorante ne peut pas faire plus de mal que celui d'un homme ignorant.
On accorde que l'on peut se fier plus sûrement aux instincts d'une femme loyale qu'à la raison d'un homme.
Une autre objection que l'on fait consiste à dire que cette innovation tendrait à jeter le trouble dans les familles. Mais on pourrait faire cette objection pour la religion et pour toutes les autres questions importantes de la vie. Si une famille a envie
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de se quereller, elle ne manquera jamais de prétextes pour satisfaire cette malheureuse envie. Mais une personne qui fait son étude de connaître et de comprendre ses grandes responsabilités, et qui désire s'en acquitter d'une manière inteUigente et honnête, pourra s'entretenir de questions politiques aussi paisiblement que de toute autre.
Je le sais, il y a des personnes qui disent qu'il ne convient pas qu'une iemme paraisse dans une assemblée d'hommes aussi nombreuse que celle qui a lieu pour les élections. Mais jadis on disait aussi qu'il ne convenait pas à une femme de parler en public, ni d'exercer aucun commerce hors de chez elle. Aujourd'hui nous reconnaissons sans hésiter que les meilleurs avocats et les meilleurs prédicateurs se trouvent parmi les femmes de notre temps.
Nous avons aussi des courtières de commerce et des teneuses de livres qui sont d'aussi honnêtes femmes, et connues pour telles, que n'importe quelle autre femme de notre pays. Cette raison ne devrait-elle pas engager à les employer aussi dans les maisons de banque?
Lorsqu'elles auront obtenu le droit de voter, ce qui arrivera un jour ou l'autre, les lieux de vote seront naturellement des. endroits convenables où elles pourront s'assembler^ les hommes leur témoigneront du respect et seront plus réservés, ce qui constituera un grand pas vers le perfectionnement de notre race.
On le voit, les arguments employés pour refuser aux femmes le droit de vote et leur part dans les emplois publics reposent sur des opinions préconçues qui sont en contradiction avec les faits, ou bien sur des circonstances qui ne tarderont pas à être modifiées par notre génération amie du progrès.
Ëspérom que notre État qui, pour beaucoup de choses, tient déjà le premier rang, sera aussi un des premiers à rendre cette justice tardive aux mères et aux filles de notre pays ami- de la liberté.
Alfaed L.
Age : seize ans.
Fitchburgh (Massachusetts).