TOUT ENFANT AMÉRICAIN ESPÈRE ÊTRE PRÉSIDENT
L'ambition de tout enfant devrait être, non pas d'être Président, mais de se mettre en état de remplir toutes les charges • que l'on pourrait lui confier, même la plus élevée de ce pays, la Présidence. Pour arriver à cet état, il faudrait cultiver toutes les facultés, celles de l'esprit, celles du corps, et celles du cœur. 11 faut en effet être aussi prudent que le serpent et aussi innocent que la colombe. Il semblerait que les motifs les plus nobles et les plus purs dussent seuls engager une personne à accepter la responsabilité d'une pareille position. Car personne n'est parfait, et le meilleur de nous est sujet à l'erreur; or si le Président, qui est le plus en vue, vient à commettre une erreur, il ne manque pas de personnes toutes prêtes à relever cette erreur, à lui donner l'apparence d'un crime terrible, et à la présenter sous ce jour au public.
je crois que la vie de Président est très-pénible et très-fatigante, et qu'en aucune façon elle n'est digne d'envie.
Peut-être y a-t-il quelque petite fille qui espère être Présidente. Et j^espère qu'elle le sera lorsque la majorité du peuple des États-Unis aura trouvé une femme plus digne que toute autre personne d'exercer cette charge. Celte idée ne doit pas paraître absurde, puisque l'Angleterre est gouvernée depuis si longtemps par une femme. L'Amérique doit assurément pouvoir produire des femmes capables de rivaliser avec toutes celles des autres pays. Nous voyons que dans la plus haute expression de la famille l'homme et la femme gouvernent ensemble ; il est donc évident que dans cette grande famille nationale, où il faut prendre en considération les intérêts de tons, de la femme et de l'homme, ils devraient être représentés tous les deux. Quant à moi, je crois que la question de savoir si nous aurons jamais une Présidente est fort peu importante, mais je pense qu'il faut donner aux femmes le droit de choisir le Président et les législateurs ; c'est, je crois, ce qui ne tardera pas à avoir lieu. Lorsqu'il en sera ainsi, je suis certain que nous aurons de meilleures lois, car alors du moins notre goUveiiiement ne sera pas une vraie ombre, comme il l'est maintenant. Le principe de notre gouvernement n'est-il pas que les lois doivent être faites par ceux qui sont forcés d'y obéir? Combien de fois ne voyez-vous pas la devise : c Pas d'impositions sans repré-
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sentation ? > et cependant si une femme possède sous son nom, elk est obligée de payer les impôts sans avoir élu de représentant. Vous n'avez pas le droit de forcer les femmes à obéir aux lois avant de leur avoir permis de voter. La politique qui devrait être Tune des choses les plus pures de la terre, qui est Tune des plus nobles sciences (la science du gouvernement du peuple par le peuple), s'est corrompue, parce que les hommes de bien l'ont abandonnée, jusqu'à un certain point, au pouvoir des politiques de bas étage qui ne songent qu'à mettre de l'argent dans leurs poches. Je crois que ]a politique changera, qu'elle s'épurera lorsque les femmes pourront y prendre part. J'espère que tout enfant américain qui désire réellement être Président se préparera sérieusement à exercer cette charge, et que, s'il est élu, il fera tous ses efforts pour s'acquitter convenablement de sa mission. Mais si son espoir venait à être trompé, j'aime à croire qu'il ne suivra pas l'exemple de Greely, mais qu'il fera tout son possible pour bien s'acquitter de l'emploi qui lui aura été confié, quel qu'il soit.
Hattie J.
Avondale, comté d*Hamilton (Ohio).