État de l'éducation au Moyen Age
Rép, — On peut diviser le moyen âge en trois périodes. La première s'étend de 1 à 500 après J.-C. et comprend la chut0 de
Rome. La feëtonde va dé 500 au xtii* siècle, c'e^ ce (|ii'otl appelle les siècles de barbarie. La troisième va du Xiii* au xw siècle, c'est Tépoque de la Renaissance. Pendant la première de ces trois périodes, l'éducation fut presque entièrement accaparée par Rome, qui la mit entre les mains de l'Église. L'éducation se donnait aloi*s dans les monastères par les soins des moines : elle avait un caractère exclusivement religieux. Il n'y avait pas alors d'établissements d'enseignement particuliers.
Là écolastique et lé monachisme régnaient alors partout. L'enseignement du christianisme était perverti. Les écoleâ étaient des écoles païennes. C'est pour cette raison que les docteurs et les ministres chrétiens voyageaient de tous côtés pour rassembler des étudiailt^ qu'ils instruisaient.
Le cours d'instruction suivi dans les monastères comprenait le trivium, c'ést-à-dire la gramtnaire, la rhétorique et la logique, et le qùadriviuîn, c'est-â-dire l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie. On regardait presque comme un prodige de science celui qui avait achevé ce double cours d'études.
La période qui s'écoula du v« au xm» siècle reçut le nom de siècles de barbarie, parce qu'aucun progrès ne fut fait dans les différentes branches de connaissances. Los nations orientales firent seules exception. Elles firent de rapides progrès à cette époque. Les arts et les sciences fleurirent chez elles et parvinrent presque à leur apogée. En Europe, le pape et l'empereur se disputèrent la suprématie, et cette querelle eut aussi une mauvaise influence sur l'éducation. Le clergé était corrompu et son enseignement était pernicieux ; bref, la confusion régnait partout, et dans la politique et dans la religion.
Ce fut du v« au commencement du XVI* siècle que s'élevèrent la plupart des universités de l'Europe. En 1500, il y en avait environ 64 dont la plus grande partie était en Italie. C'était la scolastique qui léguait dans toutes ces universités.
Deux grands événements politiques eurent beaucoup d'influence sur l'éducation pendant le moyen âge : les Croisades, qui durèrent du xi« au xill* siècle, et le système féodal, qui exista du ix* au xiii* siècle. Cette influence fut assez bonne.
Les Croisades eurent pour efi'et d'éclairer le peuple en mettant en contact des nations qui, pour la plupart, étaient complètement étrangères les unes aux autres. Le commerce fut aussi pratiqué sur une plus grande échelle. La Féodalité vit naître la chevalerie et le respect de la femme.
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La période qui s'étend du xiu« au xvi' siècle est appelée la Renaissance de la liltérature classique. Le monacbisme et la scolastique furent abolis, et, depuis cette époque, l'éducation n'a pas cessé de faire des progrès.
5. Quelles furent les causes de la Renaissance de la Littéra^ ture classique, quels en furent les résultats?
Rép. — Les principales causes de la Renaissance de la Littérature classique furent :
La corruption du clergé : on s'aperçut que les pensées pures devaient être exprimées dans un langage pur (1).
Le développement et la force de l'esprit humain.
Les excès de la scolastique : on se fatigua de cette philosophie qui coupait un cheveu en' deux (2), et on n'y prit plus aucun intérêt.
La chute de Gonstantinople : cette ville avait été le centre de la science en Orient. Lorsqu'elle fut détruite, tous les savants se répandirent dans les différentes parties de l'Europe, et ainsi leur science et leur sagesse furent à la portée d'un plus grand nombre de personnes. Le résultat de cette diffusion des connaissances fut naturellement bon, puisque en Orient il n'y avait pas eu de siècles de barbarie, et que les progrès des sciences n'y avaient pas été interrompus.
Les Croisades, qui eurent un effet civilisateur.
L'abolition de la Féodalité, qui eut pour résultat de répandre l'instruction d'une manière plus générale.
La Renaissance de la Littérature classique eut pour résultat de faire disparaître complètement la scolastique et de donner une nouvelle impulsion à l'éducation. Le Monacbisme fut aussi banni des établissements d'instruction, oti l'on enseigna dès lors le véritable Christianisme.
Plusieurs traductions de l'Ancien et du Nouveau Testament avaient été faites en langue vulgaiire, de sorte que le bas peuple pouvait lire et comprendre ces livres.
La Renaissance opéra une révolution et une réforme complètes dans les Écoles.
6. Quelle modification apporta-t-on à l'éducation au xvi* siècle? Quels sont les pays qui furent à la tète de ce mouvement?
(i) Texte inintelligible.
(2) If his wit be net apt to distinguish or find différence, let him study the Schoolmen, for they are « Gyoïini sectores ». Bacon^s Essaya (of Studies). (Noies du Traducteur.)
Quels fdrent les principaux pédagogues dans chacun de ces pays?
Rép. — On reprit l'étude du latin et du grec anciens, et on bannit la scolastique. L'enseignement des Universités fut fondé sur la Bible et non plus, comme autrefois, sur les ouvrages mal interprétés d'Aristote. Au xvi" siècle, on remplaça le verbalisme par le réalisme, c'est-à-dire qu'on attacha plus d'importance aux pensées qu'aux mots.
Le XVI® siècle vit se fonder Tordre des Jésuites. Leurs écoles eurent une grande influence sur l'éducation, car elles se répandirent dans tous les pays, et elles furent fréquentées par des élèves appartenant à toutes les nationalités.
A la tête du mouvement qui s'opéra ainsi dans l'enseignement, se placèrent l'Allemagne et l'Angleterre. L'Italie fut aussi une des premières nations qui marchèrent dans la nouvelle voie ; mais c'est au xiv* et au xv* siècle qu'elle fut dans toute l'apogée de sa gloire. Alors florissaient Dante, Pétrarque, Boccace et ces maîtres dont l'influence fut universelle : Guarino et Vitterino di Falto. Cependant l'influence de l'Italie se fit sentir après cette époque en Allemagne et en Angleterre. Les savants de ces pays allaient étudier à Florence, et à leur retour dans leur patrie ils enseignaient ce qu'ils avaient appris, et propageaient ainsi, au moyen de leurs élèves, l'influence italienne.
Les pédagogues les plus célèbres du xvi* siècle furent, en Allemagne : Luther, Lutzendorf, Sturm, Wolfgang , Ratich; en Angleterre : sir Francis Bacon, Linacre, Robert Greene, William Lilly, John Colet et Thomas Morus.
7. Nommez les principaux c Progressistes >, et discutez les principes qu'ils pi*ofessaient en commun sur l'éducation.
Rép, — Les plus éminents Progressistes furent Basedow, Kant, Fichte, Richter, Hegel, Schopenhauer , Rosenkranz, Beneke, Herbart, Pestalozzi, Frœbel.
Us voulurent, non pas perfectionner, mais changer complètement la méthode d'enseignement. Ils composèrent des manuels d'après leurs principes, et ils disaient que toute personne, intelligente ou non, pouvait apprendre quelque chose en suivant exactement leurs livres. Ils se demandèrent même si un professeur médiocre qui se conformerait à la méthode d'enseignement contenue dans leurs livres ne serait pas préférable à un professeur dont l'enseignement serait plus indépendant. Us disaient que l'enseignement des règles de grammaire était
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entièrement tnéthodique, qu on ne faisait que marcher à tfttong^ sans se proposer ni but ni fîn. Ils voulaient animer l'instruction en mettant en mouvement Tintelligence et l'activité de l'enfant.
Ils n'avaient aucune conûance dans la science acquise dans .les livres^ et ils n'attachaient pas d'importance au développement de la mémoire. Beaucoup d'entre eux ignoraient même complètement l'existence de cette faculté. Ils voulaient qu'on n'étudiât que les sciences réelles.
De môme qu'ils négligeaient la tnélnoirei ils ne faisaient aucune attention à l'imagination, plut e&cOre dan» la théorie que dans la pratique.
Ils s'opposaient à Fétude de l'histoire, éi donnaient les plut grands éloges au temps dans lequel ils vivaient. Ils demandaient dés salles d'écoles bien aérées, et ils favorisaient les exercices gymnastiques* Us voulaient qUe l'élève eût bien conscience de tout ce qu'il faisait et de tout ce qu'il disait* Us ne permettaient pas à un enfant de parler d'une chose qu'il ne comprenait pas. Ils voulaient que toutes ses pensées fussent claires et clairement exprimées.
Us s'intéressaient à l'étude des langues modernes, et combattaient la prééminence du latin. Us enseignaient le6 langues par la méthode de la conversation.
Une secte des Progressistes voulait qu'on instruisit lésion* fants d'après une méthode uniforme, sans avoir égard au caractère particulier de chacuh d'eux t c'était la secte démocratique. La secte aristocratique des Progressistes voulait qtld, dans l'enseignement, on prit en considération le caractère particulier de chaque enfant.
Us voulaient qu'on enseignât la musique et la poésie att point de vue rationnel. Us n'appréciaient pas la beauté de oect deux arts, et Us se donnaient fort peu de peine pour les cultiveri Us analysaient les poëmes au point de tle plus y laisser dtt poésie. Us enseignaient la musique froidement, et ils la présentaient comme un art qui se rattache plus à la raison qu'à la sensibilité.
Les Progressistes se rattachaient par certains côtés aux Pélagiens. Us avaient pour devise : c Sequi naturam. >
8. Quelle différence y a-t-il entré les principes de Bacon ot ceux de Rousseau sur l'éducation?
Aép, — Bacon accomplit une révolution dans l'enseignement de son temps : il vivait au xvi* siècle. Il voulait qu'on étudiât les choses réelles telles qu'elles existent dans la nature, sans
se contenter d'en apprendre ce qu'en disent les livres. Il fut ainsi le véritable créateur du réalisme. Si Ton ne pouvait pas se procurer les objets réels, il fallait, disait-il, se servir de tableaux représentant ces objets. Par ce moyen, on développerait à la fois et Tintelligence et la perception extérieure de rélève, au lieu d'exercer simplement sa mémoire.
Quoique le caractère personnel de Bacon ne soit pas trèsrecommandable, il faut avouer cependant que sa philosophie mérite d'être louée à plusieurs points de vue, et qu'elle produisit en général de bons résultats.
Rousseau voulait qu'on s'attachât fortement à suivre la nature. La civilisation de son temps le dégoûtait, et il l'a combattue dans tous ses ouvrages. Il produisit sur l'éducation une influence indirecte, mais très-grande, surtout par son c Emile >. Dans cet ouvrage, il développe ses idées sur une éducation idéale. U veut que l'enfant soit élevé et instruit tout seul jusqu'à l'âge de quinze ans. Alors il pourra entrer dans la société, voir le monde et fréquenter ses semblables sans avoir à craindre aucune influence pernicieuse, car son cœur ne connaîtra ni l'envie, ni la jalousie, ni la malice, ni tous les autres vices. Ce livre eut beaucoup de succès, il fut lu par la plupart des grands penseurs de son temps. Quoique Rousseau poussa ses principes jusqu'à l'extrême, beaucoup de philosophes modernes les ont cependant pris pour base de leur philosophie, et ils ont mis en pratique ses plans et ses pensées.