‹ Devoirs d'écoliers Américains, recueillis a l'exposition de Philadelphie, 1876Chapitre 54 sur 355 · UNE PROMENADE EN STREET-CAR · texte numérisé non relu

UNE PROMENADE EN STREET-CAR

Le Street-Car (2) ou, comme on l'appelle généralement, le Horse-Car, parce (fu'il est traîné par des chevaux, est une invention moderne très-précieuse pour les habitants d'une grande ville. Car, s'il faut marcher très-loin pour se rendre à son travail, on sera fatigué en arrivant et le travail sera beaucoup plus pénible que si l'on était frais et vigoureux. Puis, lorsqu'on a fini son travail, il faut encore parcourir la même distance, et lorsqu'on arrive à la maison, on est tellement fatigué qu'on n'a plus faim et qu'on ne demande qu'à se coucher. Je ne parle pas du repas de midi pour lequel il faut se con-

(1) Ici, comme dans le degré inférieur (p. 23), nous donnerons, par exception, plusieurs copies traitant du même sujet et provenant de la môme école, afin de permettre d'apprécier non-seulement le travail de l'élève, mais la méthode suivie dans ce genre d'exercices.

(2) C'est le nom américain de nos tramways» On dit street^car ou hont-car pour clislingucr ces voilures des wagons de chemin de fer qu'on nomme car& tout couri

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tenter de Tiande froide au lieu de yiande chaude. Or tout le monde sait que cela suffît pour ruiner la meilleure santé. On peut maintenant éviter tous ces inconyénients en prenant les Street-Cars; il faudra la moitié moins de temps fu'on n'en mettrait pour parcourir la même distance à pied, et Ton sera à Tabri de la pluie et de la neige pendant tout le trajet, et tout cela pour une somme si modique, que le plus pauvre journalier peut employer ce moyen de transport. New- York, Chicago et d'autres grandes villes l'ont possédé longtemps avant nous. Le principal attrait d'un Street-Car de Chicago, ce sont les journaux comiques placés sur les côtés du Car pour qu'on puisse les lire : on entend ainsi mille plaisanteries, les uns critiquant tel journal, les autres tel autre.

Le soir les petits marchands de journaux feront peut-être leur apparition en criant : c Les journaux du soir ! i Quelquefois, par un temps de pluie, les Street-Gars sont si encombrés de voyageurs que la plate-forme est surchargée d'ouvriers ^ai retournent au logis ; ils portent suspendues au bras leurs gamelles d'étain. Tout près de là une demoiselle à la toilette élégante peut avoir le plaisir de voir se balancer sur sa robe ce petit seau d'étain. Cela l'ennuie peut-être beaucoup, mais elle attend que le propriétaire de cet objet incommode l'en débarrasse en descendant du Car. Sa voisine s'est déjà endormie, elle attend que le conducteur crie le nom de State Street. .

Par une belle après-midi de dimanche, cet hiver, pendant que le soleil, brillant de tout son éclat, faisait fondre la neige et rendait les passages et certains endroits des trottoirs pres^ impraticables, ma mère et moi nous primes les Horse-Carar pour aller dans le quartier du sud voir ma tante. Lorsque nous montâmes dans le Car, il n'y avait qu'un petit nombre de personnes )• un vieil Irlandais et deux Allemands ; bientôt le Car se remplit. A Spring Street une troupe de joyeuses jeunes filles montèrent dans le Car, les deux jeunes gens se levèrent et permirent à deux jeunes filles de s'asseoir, mais le vieil Irlandais ne céda pas sa place aux jeunes filles ; il dit : c Vous Ates plus jeunes que moi, mes filles, vous pouvez bien rester debout! » Cela fit rire les jeunes filles, qui lui répondirent qu'elles n'étaient pas fatiguées. A un autre passage un jeune homme monta avec une vieille dame. A ce moment le Car était tellement rempli de voyageurs, que' la vieille dame dut se tenir debout.

La vieille dame avait un collet en fourrure de loutre et de

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grands gants de la même fourrure, mais sa robe et son chapeau paraissaient usés, sa figure était très-maigre et elle paraissait avoir beaucoup souffert. Le jeune homme, je crois que c'était son fils, portait un paletot de peau de phoque et un bonnet de même étoffe, un petit pantalon de demisaison ; sa Teste de peau de phoque avait des boutons de même étoffe attachés avec des pattes de fourrure allant d'un côté à l'autre, mais une seule de ces pattes pouvait servir : les autres boutons et pattes étaient déchirés et ne pouvaient être d'aucune utilité; le dos de sa veste était à moitié déchiré, l'une des manches était à moitié usée, ce qui lui donnait un grand air de négligence. Il avait le visage haut en couleur et il chiquait du tabac. Les joyeuses jeunes filles se mirent alors & rire et à se moquer de ce singulier voyageur qui sourit aussi et qui, pendant un temps assez long, n'ouvrit qu'une fois la porte pour cracher. Ce fut un très-grand plaisir pour moi de les observer, car le Car dut s'arrêter à Elisabeth Street pour laisser passer un grand enterrement. Les jeunes filles et le vieil Irlandais dont j'ai déjà parlé ne tardèrent pas à se moquer de l'habit du jeune homme. Mais il fut impossible de le faire répondre. Peut-être était-il Français et ne les comprenait-il pas Peut-être encore était-il trop fier pour faire la moindre attention à elles. Il se contentait de rire et de cracher dehors le jus de son tabac. Enfin, le défilé de l'enterrement se termina et nous arrivâmes bientôt où nous voulions aller.

Adeline p.

Âge : quatorze ans.

Milwaukee (Wisconsin). École du 2* district.

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