‹ Devoirs d'écoliers Américains, recueillis a l'exposition de Philadelphie, 1876Chapitre 58 sur 355 · MÊME SUJET · texte numérisé non relu

MÊME SUJET

Nous étions parties Je chez nous avec la pensée de passer une matinée très-agréable ; mais par où commencer? c'était là la question qui nous inquiétait. Assurément il y avait la visite des magasins que nous pouvions prolonger indéfiniment, car mon amie était venue à la ville pour acheter son trousseau. Mais c'est une chose si ennuyeuse, à -moins d'avoir carte blanche pour acheter tout ce qui est c parfaitement charmant >,

(1) Billets d'abonnement qu'on peut acheter à Tavance et qui peuvent servir dans tous les omnibus.

et tout ce qui c convient particulièrement à votre genre de beauté », que nous résolûmes de remettre cette visite à plus tard. Comme nous descendions la ville en Street-Gar, j'eus une très-heureuse idée : je proposai.à mon amie de continuer notre promenade jusqu*au bout de la ligne, ce qu'elle accepta aussitôt. Alors nous nous installâmes bien à notre aise dans un coin et npus nous disposâmes à nous amuser de tout et de rien. Pendant une distance de deux ou trois c blocks i nous eûmes le Car à nous toutes seules. C'est alors qu'entra en scène le plus vieux spécimen de l'humanité que j'aie jamais eu le plaisir de voir. Je crois qu'elle aurait pu être la véritable vieille dame c à la grosse boite, à la petite boîte, â la boite à chapeaux et au paquet 1. Comme ses nombreux paquets paraissaient l'embarrasser, nous offrîmes poliment de lui aider, mais elle ne parais* sait pas être le moins du monde disposée à se séparer d'aucun de ses précieux fardeaux. Mais enfin elle vit qu'il lui était de toute impossibilité de monter dans la voiture sans notre secours,, et elle nous laissa prendre ses paquets avec beaucoup de répugnance. Quand nous les lui rendîmes, elle les compta pour bien s'assurer qu'ils étaient tous là. Enfin elle fut con« vaincue qu'il n'y manquait nen et elle s'installa pour jouir de sa promenade en Car.

Lorsque nous arrivâmes à Broadway, le Car s'arrêta de nouveau, et, après nous avoir fait attendre au point d'épuiser notre patience, un jeune monsieur monta nonchalamment et s'assit dans le Car. Il était très-bien mis, sa cravate était sans défaut, sa canne irréprochable, ses gants d'une blancheur délicate, et son lorgnon d*or était suspendu à sa chaîne. Après avoir regardé autour de lui pendant quelques minutes, il prit son lorgnon et nous examina ft'oidement de la tête aux pieds. Décidant évidemment que nous ne valions pas la peine qu'il se mit en frais pour nous fasciner, il se rejeta au fond de son siège, et quoique, à son propre point de vue, il fût un si grand personnage, il se plongea dans le néant complet à notre égard.

Je sais bien que cela va paraître absurde aux personnes qui n'étaient pas intéressées dans l'affaire, mais je vous assure que cette petite comédie nous avait bien amusées.

UluanT.

Age : seize ans.

Milwaukee (Wisconsin). École du 1*' district.

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