‹ Devoirs d'écoliers Américains, recueillis a l'exposition de Philadelphie, 1876Chapitre 66 sur 355 · LES JOURNAUX · texte numérisé non relu

LES JOURNAUX

U n'y a peut-être rien dont on se soucie aussi peu que d'un vieux journal. Beaucoup de personnes pensent cpie lorsqu'on en I lu les colonnes, il est complètement inutile, et qu'il n'est plus kon qu'à jeter. D'autres, au contraire, l'estiment beaucoup plus, et le ramassent comme un avare ramasse son or. La prefiiére de ces deux classes de lecteurs est de beaucoup la plus nombreuse : ils jettent négligemment les yeux sur le journal, lisent les décès, les mariages, les incendia et les accidents ; peut-être cherchent-ils le dernier scandale, et, à moins qu'ils ne trouvent en grande abondance cette espèce de nouvelles dont ils sont friands, ils repoussent le journal avec dégoût et le jettent au panier... et peut-être ailleurs.

Pour l'homme qui pense, le journal est un visiteur très-bien ▼enu, il est aussi nécessaire à son esprit que la nourriture qu'il mange l'est à son corps, et il a d'autant plus de valeur pour lui qu'il y trouve moins de ces nouvelles dont nous parlons plus haut. Le journal devrait se trouver dans chaque famille, les opinions qu'il émet devraient être judicieusement pesées, et on devrait le ramasser soigneusement pour pouvoir le consulter plus tard ; car c'est un fait bien établi que Ton peut glaner dans les colonnes d'un journal bien rédigé plus de renseignements pratiques, scientifiques et généraux que ne nous en fournissent mille volumes.

Prenez n'importe quel journal de premier ordre, quelle mine de richesses s'ouvre devant vous ! Ici une critique sur les beaux-arts, là le compte rendu d'un livre que nous voudrions bien posséder, mais que nous sommes trop pauvre pour acheter ; ici le canevas d'un cours public presque aussi complet que le cours lui-même ; une perle poétique, une belle pensée présentée dans un beau langage, une opinion émise avec beaucoup de soin ; tput cela mis à la portée des plus pauvres et des derniers d'entre nous afin qiie nous puissions y méditer et y réfléchir pour notre avantage et pour celui de nos semblables.

Une presse sans entraves est et doit être la gloire de tout peuple libre, et nos pères, en formant notre gouvernement, firent bien de l'entourer de ses garanties constitutionnelles.

Aucun peuple n'a à craindre la perte de ses libertés tant qu'il existe une presse indépendante. C'est un ami sur lequel nous pouYons compter. Bien qu'il puisse arriver que nous

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n*admettioii8 pas toujours les opinions de la presse, demain elle peut toucher uqo corde populaire; alors nous oublions notre rancune et nous éprouvons pour elle ce sentiment qu'épronyent Tun pour l'autre de vieux amis qui font la paix après une longue brouille.

Notre progrès comme nation, progrès dont nous sommes fiers de parler à Tépoque du Centenaire, est dû autant, sinon plus, à l'influence exercée par nos journaux qu'à toute autre cause. Les journaux sont des moyens d'instruction plus puissants que les livres, que les écoles; et leur influence est incommensurable, illimitée. Avec la Bible que tout le monde peut ouvrir, avec une presse libre, et avec notre système national d'éducation, nous n'aurons jamais à craindre une chute nationale ou un déshonneur national.

Avec la Bible qui enseigne aux hommes la grande leçon de l'amour de Dieu et de la c paix sur la terre >, avec la presse pour donner ^'alarme, sonner le tocsin et nous avertir de tout empiétement sur nos droits, avec les écoles publiques pour instruire la jeunesse et lui apprendre à user convenablement de ses^ privilèges, on ne dira jamais que notre pays a eu le sort de ces États qui ne sont que trop connus dans l'histoire. Leur carrière doit nous servir d'exemple et nous faire éviter ce gouffre dans lequel ils ont été engloutis et les écueiis sur lesquels ils ont ^rminé leur existence.

Charles S.

Age : seize ans.

Comté d*Hudson (New Jersey). District n* 11.

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