AUTOBIOGRAPHIE D'UN VIEUX FUSIL. . (8" année
J'ai vu beaucoup plus de choses que vous n'en avez vu, vous loutres enfants. Écoutez-moi, je vais vous raconter mon histoire.
Il y a environ un si'ècle et demi, quand ce pays formait une forêt sauvage où la hache n'avait jamais pénétré, et qui était remplie d'Indiens, j'étais suspendu sur la cheminée d'un hardi pionnier. C'était un bon vieillard qui avait bien soin de me tenir propre et brillant. Lorsque ce vieillard allait à la chasse^ il me prenait et me caressait en disant : c Allons, mon vieux, il faut bien te conduire aujourd'hui, nous verrons combien de pièces de gibier nous pourrons rapporter à la maison. > Làdessus il me chargeait et entrait dans la forêt en trottinant, me portant sur son épaule, et suivi de son chien fidèle.
Nous marchions pendant assez longtemps et enfin le chien donnait de la voix. Le pionnier le suivait, et bientôt le clûen indiquait par un regard et par un glapissement que le gibier était en avant. Il ne se trompait pas, car devant nous, dans une petite plaine, paissait un troupeau de daims. Le vieillard me prenait et m'épaulait avec la rapidité de l'éclair, et pan ! je partais. Aussitôt le noble daim agitait la tête et tombait mort sur sa piste, et ses compagnons décampaient.
Mon maître s'approchait du daim, tirait son couteau de chasse, enlevait le meilleur de la chair, qu'il chargeait sur ses épaules et parlait pour retourner chez lui. Il y arrivait environ uriè heure après.
90 GRAMMAR SGHOOLS.
Certain soir na voisin vint à cheval au-devant de nous et nous dit que les Indiens avaient attaqué sa cabane et qu*ils Tavaient complètement brûlée. Les Indiens vinrent à notre cabane ce soir-là, mais nous les repoussâmes. Nous apprîmes la semaine suivante que ces mêmes Indiens avaient fait une incursion sur la frontière.
Le vieillard dit qu'il ne pouvait pas supporter leurs folies. Aussi partit-il le lendemain pour la frontière. Il y arriva le jour «uivant et se joignit au détachement qu'on avait organisé pour combattre les Indiens. Il fut tué dans une bataille et je tombai entre les mains d'un Indien. 11 m'échangea ensuite pour de l'eau de feu (i). Je restai longtemps dans la boutique de mon nouveau possesseur, où un jour un Anglais vint m'acheter.
11 me garda longtemps et me porta avec lui pendant les guerres de la Uévolution. Il combattait bravement dans une bataille I6rsqu*une balle le frappa en pleine poitrine, et je fus tout couvert de son sang.
Je pourrais en dire beaucoup plus long sur les batailles auxquelles j'ai assisté. Les fusils de 1876 sont d'une plus belle qualité que moi, mais j'ai fait beaucoup plus de service et j'ai vu beaucoup de batailles meurtrières.
Henry S.
Cincinnati (Ohio). 4* district.
École pour les enrants de couleur.