LA SCIENCE DES DETAILS
Cette science contribue au bien-être plus qu'on ne le croit * ordinairement. Rien ne tourmente comme ces petites choses faites autrement qu'on le voudrait, comme ces petits vides qui, nous rappelant à chaque instant que quelque chose nous manque, impatientent d'autant plus qu'on n'ose pas s'en plaindre ; peu à peu le dégoût de la vie de famille naît dans le cœur, grandit, excité par l'imagination, et l'on va chercher ailleurs un bien-être qu'on ne trouve pas chez soi.
Voulez- vous fixer quelqu'un auprès de vous ? qu'il trouve sous la main tous les menus objets dont il peut avoir besoin,
toutes ces petites fantaisies que vous lui couuaissez et qu'il ne TOUS manifestera jamais, de peur de paraître ridicule.
Que la maîtresse de maison se persuade bien que le luxe qui ne demande que des soins, est V aimant qui attache la famille à son intérieur.
Que chaque chose à sa place, propre et luisante, égaie le regard, épanouisse le cœur, et que, avec l'esprit et le cœur à l'aise, les heures disparaissent toutes embaumées faisant regretter leur trop rapide disparition.
Les jolis tableaux raccourcissent les longues distances, les intérieurs gracieux retiennent les gens au logis.
19 octobre 1876.
QtMUtés de cette science.
La science des détails, se compose des qualités suivantes :
Avoir de la mémoire, avoir de la tête^ avoir une humeur égale,
1<^ Avoir de la mémoire. — La mémoire est essentielle dans le détail de la vie, l'oubli détruit les relations les plus intimes. C'est l'oubli qui fait que l'on ^ ne procure pas aux personnes de la maison ce dont elles ont besoin. Ce n'est rien quelquefois, un petit objet de toilette qu'on vous a demandé, une dépense de quelques centimes. Et parce que vous l'avez oublié ce rien^ celui qui a fait la demande n'ose plus la réitérer; il se croit négligé, et la froideur commence à s'introduire.
Et vous vous demandez pourquoi votre père, votre amie ont cet air embarassé^ qu'ils vous communiquent à vous-même... Un nouvel oubli le lendemain, achève le malaise.
C'est l'oubli qui empêche de payer un ouvrier qui a besoin de son salaire, et qui plusieurs fois a présenté son compte, toujours oublié. Pendant ce temps, il souffre, lui et sa famille, il parle mal de vous et vous accuse.
2° Avoir de la tête. — C'est ne pas se laisser dominer ni troubler par les événements imprévus ; mais, les considérer quelques moments au moins, de sang-froid, puis agir : il est rare qu'on ne voie pas ce qu'il y a à faire quand on est calme. Ainsi à Theure du dîner, un ou deux amis arrivent à l'impro-
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viste. Soyez d'abord aimable, dissimulez votre embarras par un air joyeux, et, pendant ces quelques minutes, voyez s*il n'y arien en réserve, puis agissez et donnez vos ordres sans empressement et sans trouble. La présence d'esprit est une des qualités les plus nécessaires à toute personne qui est obligée de commander; elle dépend du caractère, mais elle peut aussi s'acquérir par l'habitude.
3^ Avoir une humeur égale. — L'humeur égale, qui suppose une grande vertu, est la suite d'une vie régulière, réfléchie et pieuse. Elle se trouve rarement chez les jeunes personnes accoutumées à voir se réaliser toutes leurs fantaisies.
Avoir l'humeur égale, c'est ne pas s'impatienter des petits manquements, des oublis inévitables dans une famille.
Il faut avoir le courage de sourire quand le cœur est en larmes, la force de continuer à faire du bien quand on est continuellement froissé. Ce courage et cette force, se trouvent aux pieds du crucifix.
22 octobre 1877. Marie Legros, treize ans.
École primaire de Gerfontaine.