RÉDACTION
Les Richesses mal employées.
* Un père, en mourant, avait laissé à son fils une petite
métairie, pour unique héritage. Le fils, actif et sage, se contentait du sort qui lui avait été fait. Tout le jour pendant la bonne saison, il se rendait dans les champs; et lorsque le soir, il rentrait chez lui, bien fatigué, un bon repas apprêté par sa femme, et les caresses de ses enfants, le dédommageaient entièrement des travaux de la journée, et lui donnaient un nouveau
courage pour le lendemain. Grâce à ses soins, les affaires prospéraient ; la récolte était abondante, le bétail acquérait de la valeur, la vente des produits se faisait à bon compte, enfin rheureux métayer ne manquait de rien, même il pQuvait mettre de côté quelques économies dans la crainte des mauvais jours. Mais cette félicité, hélas! comme tout ici-bas, ne pouvait pas durer longtemps. Un jour, en nettoyant le puits qui se trouvait dans la cour de sa ferme, il amena un grand vase, d'où s'échappèrent des pièces d'or et d'argent qui s'éparpillèrent sur le sol. La vue du métal précieux fit frémir l'humble cultivateur. Aussitôt, il ramasse les pièces dispersées, les remet dans le vase, qu'il serre contre sa poitrine, et le cœur palpitant, il rentre chez lui, montrer son trésor à sa femme. Celle-ci se réjouit avec son mari de l'heureuse trouvaille, sans que la pensée que cet argent n'est peut-être pas acquis de bonne foi, vienne troubler leur bonheur.
La possession de cette fortune inattendue, tourna la tête du fermier, dès lors, il crut indignes de lui les travaux de la ferme et de la campagne, et les abandonna à ses domestiques. Ceux-ci, comme on le pense bien, n'étant pas surveillés, apportaient une grande indifférence dans l'accomplissement de leur service, les terres étaient mal cultivées ; les animaux mal soignés, les produits vendus au profit des serviteurs, si bien que tout était dans le plus grand désordre et la métairie, naguère si florissante, perdait considérablement en valeur. Pendant ce temps, celui qui aurait dû veiller à ses intérêts, rougissant de la profession qu'avait exercée son père, se livrait à de folles dépenses. A côté des chevaux de labour dans les écuries, venaient s'établir de magnifiques chevaux de luxe ; les hangars étaient transformés en remises, où se trouvaient des voitures toutes luisantes ; le corps de logis de la ferme était remplacé par une élégante habitation, enfin de nouvelles habitudes de dépenses se substituaient aux vieilles coutumes d'économie. Cependant le vase ne contenait pas tant de pièces, qu'il ne pût se vider, et l'orgueilleux métayer ne s'en apercevait pas. Un beau jour, la triste réalité lui apparut, il n'avait plus rien. Alors les dettes l'aidèrent encore quelque temps à continuer son train de vie. Mais à la fin, tout y passa, et la ferme et le bétail et les voitures, et la maison, encore fut-il bien heureux que ses créanciers se contentèrent de cela. Ruiné par sa faute réduit à tendre la main, car ses excès avaient ruiné sa santé et il ne pouvait plus travailler et ne pouvant se résigner à cette
humiliation, après le luxe dont il s'était plu à s'entourer, il ne trouva qu'un remède à sa honte, ce fut de se jeter dans ce même puits d'où croyant avoir tiré la source du bonheur, il n'avait en effet tiré que la source des plus grands malheurs.
A. Henrard.
École moyenne de Visé.