AMOUR FILIAL
Par suite de la fonte abondante des neiges, la Garonne déborda et causa de grands désastres. Dans un petit village elle grossit tellement qu'elle entraînait sur son passage, les troncs d'arbres déracinés, les bestiaux qu'on n'avait pu faire rentrer à l'étable et qui poussaient des mugissements terribles.
L'abondance des eaux fut telle, qu'elle faisait s'écrouler les cabanes les moins solidement construites, et en emportait les décombres. C'était un spectacle vraiment déchirant que de voir les hommes et les femmes fuir avec leurs enfants dans les bras, les habitations sur le point de s'effronder *, et se réfugier dans un endroit qui leur offrirait un abri plus sûr.
Quelques hommes se dévouèrent, et s'emparèrent des barques qu'ils purent trouver et allèrent porter secours aux malheureux sur le point de périr.
nS DEVOIRS D'ÊCOLIERS.
Dans une pauvre cabane, une mère et son fils luttaient pour savoir lequel des deux serait sauvé, toutes les barques étaient combles, une seule place restait vide. La mère suppliait son fils de l'abandonner, lui persuadant qu'elle était vieiÙe qu'elle n'avait plus que quelques années à vivre, tandis que lui plein de jeunesse et d'avenir pouvait encore mener une longue et heureuse existence.
Tous ces efforts furent inutiles, 1b noble jeune homme ne pouvait consentir à abandonner sa mère. Enfin il la saisit dans ses bras vigoureux, et la déposa dans l'embarcation lui assurant qu'il saurait la suivre à la nage.
Mais, oh malheur! les flots l'entraînèrent et il périt victime de son amour filial.
Angéline HanssenS.
(Note : Tfès-bien.) Cours inférieur.
MEME SUJET
Dans la petite ville de Â... vivait une pauvre veuve avec ses trois fils; ceux-ci, travaillaient jour et nuit, pour subvenir aux besoins de leur mère infirme ; mais, comme malgré leur travail assidu, ils ne pouvaient satisfaire à tout, ils prirent une résolution qui montre bien leur dévouement : Un meurtre venait d'être commis dans les environs, et malgré les recherches de la police, on n'avait pas encore rejoint le criminel.
L'empereur avait déclaré* que celui qui pourrait remettre le coupable entre les mains de la justice, recevrait une forte somme d'argent en récompense.
Dès que cette nouvelle parvint à A... les trois frères décidèrent que l'un d'eux passerait pour l'assassin et que les autres, après l'avoir amené devant le juge recevraient la somme promise.
Le plus jeune voulut être la victime, disant, qu'il était heureux de pouvoir sacrifier sa vie pour sa mère.
Ses deux frères, le lièrent et le conduisirent devant le tribunal. Ce fils dévoué mourut, en laissant un exemple touchant d*amour filial.
Léonie Moest.
(Note : TrèS'-bien») Cours inférieur.
Belgique. 3â9
LETTRE
SOMMAtRE. — Une directrice écrit à une de ses anciennes élèves, institutrice, qui vient de perdre ses parents. Elle lui offbe une position honorable dans son établissement.
{Leê cofireciioiM et additions de la maîtresse sont indiquées en itaUques.)
Ma bonne Antoinette,
Je partage votre douleur (et je pleure avec vous). Vous tenez de perdre une mère bien-aimée, c'est-à-dire Tange qui a guidé vos premiers pas dans la yie, qui vous a prodigué ses caresses et ses soins, qui a formé votre âme au bien, et qui n'a reculé devant aucun sacrifice pour assurer votre bonheur. Oui, ma chère enfant, pleurez-la, cette mère chérie, et que les larmes soulagent votre cœur du poids qui Toppresse; mais, au milieu de cette cruelle épreuve, n'oubliez pas Dieu, et ne vous laissez pas aller au désespoir. Cherchez un refuge dans le sein de celui qui dispense la vie et la mort (corr. : de celui qui a dit : Venez d moi vous tous qui souffrez y et je vous soulagerai)^ il appliquera un baume divin sur la plaie de votre cœur. Votre mère, ma bien chère Antoinette, est une sainte qui jouit maintenant de la récompense promise à ceux qui ont marché dans la voie du seigneur *; elle boit maintenant à la coupe des délices infinies, elle prie pour vous et, du haut du Giel, elle vous protège et vous bénit.
Prenez courage, ma pauvre enfant, la séparation ne sera pas éternelle, un jour viendra où les liens qui vous rattachent à la terre seront rompus, et alors vous irez rejoindre votre mère bien-aimée dans le sein de Dieu. Que cette espérance vous soutienne, qu'elle adoucisse votre douleur. Je prierai pour vous, priez aussi, la prière console si bien!
Vous voilà seule au monde, ma bien chère Antoinette, et Vous avez besoin de protection et d'appui. Pendant votre séjour chez moi, je n'ai eu qu'à me louer de votre bonne conduite et de votre exactitude à remplir vos devoirs, {et j* ai pu apprécier vos excellentes quaUtés et les heureuses dispositions dont vous êtes douée)y c'est ce qui me détermine à vous offrir une place d'institutrice chez moi. Vous savez que j'ai toujours éprouvé pour vous une affection toute maternelle, et je serais réellement heureuse de vous avoir près de moi et de vous considérer comme ma fille. Je vais vous donner quelques détails relative-
ment aux devoirs qne vous aurez à remplir si vous acceptes^ la place que je vous offre.
Vous serez chargée » ma bien chère Antoinette de donner un coui's suivi de français, d'histoire, de calcul (corr. : d'arithmétique), de géographie, etc. Les connaissances que vous avez acquises chez moi sont assez étendues pour vous permettre de vous acquitter de cette tâche d'une manière satisfesante*. Votre bonne volonté aidant, je ne doute pas que vous fassiez faire de rapides progrès à vos élèves. Une chose que je veux vous recommander tout particulièrement, c'est d'éviter de vous rendre familière avec les élèves. Une trop grande familiarité détruirait l'ascendant que vous devez nécessairement avoir pour elles (sic) et nuirait considérablement au respect qu'elles vous doivent. Une sage réserve unie à beaucoup de bienveillance et d'impartialité, vous attireront l'estime et l'affection des enfants, car elles verront en vous une personne qui leur est supérieure par le caractère et (corr. : un modèle à imiter en taaty atmi bien pour les qualités et les vertus que pour) l'éducation.
La position que je vous offre, ma bonne Antoinette, ne vous permettra pas d'être femme du monde. Vos relations sociales devront se borner à quelque * visites que vous pourrez faire à (vos amis et à) vos connaissances, lorsque votre classe vous laissera quelques heures de repos, (et quelques distractions, quelques parties de plaisir faites en famille). Souvent vous devrez vous rappeler cette vérité qui doit être gravée dans le cœur des gens de bien : Sachez à vos devoirs immoler vos plaisirs. Je connais votre caractère sérieux et raisonnable, et je suis convaincue que le monde a pour vous peu d'attrait, et que la vie régulière et tranquille, que vous trouverez ici, vous plaira mieux que le bruit et les agitations du monde.
Je termine ma lettre, ma bien chère enfant, en vous recom* mandant encore d'être calme et d'avoir de la confiance en Dieu; vous savez qu'il est notre père et qu'il ménage le vent à la brebis tondue.
A bientôt, ma chère petite Antoinette, soyez assurée que je comprends votre douleur, que je souffre avec vous et que je vous attends à bras ouverts.
Votre toute dévouée
G. Neuville.
(Note : Très-bien, 5 points.)
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RÉPONSE A La LBTTRE PRÉCÉDENTE^
Madame,
Je ne sais comment vous exprimer la reconnaissance que j'éprouve pour les preuves d'intérêt et de sympathie dont vous voulez bien m'honorer. Je comprends toute la grandeur des intentions généreuses que vous avez à mon égard, et votre bonté me pénètre de la plus vive gratitude. Je me serais estimée réellement heureuse de passer ma vie auprès de celle qui voulait bien être pour moi une seconde mère, mais mon devoir m'oblige à refuser une place que je désirerais ardemment pouvoir accepter. Je ne sens en moi, Madame, aucune des aptitudes et des qualités que doit nécessairement posséder une bonne institutrice. Elevée à Técole du malheur dès ma plus tendre enfance, je n'ai jamais connûtes joies naïves, les plaisirs purs que Ton goûte au sein de la famille. Le chagrin a de tout temps rendu mou cœur inaccessible à la gaieté, et mon caractère naturellement triste et mélancolique s'est encore aigri depuis la dernière épreuve que Dieu m'a envoyée. Les enfants ne s'habituent (corr. : n*aiment) guère à (corr. : à voir) un visage sombre et soucieux ; ma présence au miheu d'elles produirait une certaine contrainte, qui empêcheraient d'avoir en moi une (corr. : Vexpansion et la) confiance absolue (biffé).
Je crains aussi, Madame, que mon instruction, assez étendue pour moi-môme, ne soit insuffisante pour une institutrice. La tâche que vous voulez bien me confier impose de trop (corr. : de si grandes et de si) nombreuses obligations, pour ne pas exi' ger que la personne destinée à les remplir possède une véritable vocation (corr. : qu'une personne seule qui possède une véritable vocation peut espérer de les remplir consciendeusèment;) or, je sens que la carrière de l'enseignement n'est pas celle où Dieu m'appelle, et je me rendrais indigne de votre estime et de votre affection si je ne vous parlais pas en cette circonstance avec la plus grande franchise.
Soyez persuadée. Madame, que je suis profondément touchée de votre bienveillance et de votre générosité, le souvenir de vos bontés restera gravé éternellement dans mon cœur, et chaque jour je joindrai, dans mes prières, votre nom à ceux de mes parents bien aimés. Puisse le Seigneur vous rendre aussi
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heureuse que vous le méritez et exaucer les prières que je ne cesserai de lui adresser pour votre bonheur.
Veuillez agréer, Madame, l'expression de mes sentiments de respect et d'affection.
Votre toute dévouée
Antoinette.
(Note : Très-bien).
(Les deux lettres ci-dessus sont extraites du cahier de l'élève G. Neuville, du Cours moyen.)