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ÉCOLES NORMALES DE L'ÉTAT

Rédaction.

LETTRE A UN AMI POUR i/eNGAGER A ÉTUDIER L*HISTOIRE.

Lierre, 13 décembre 1877. Cher ami,

Il y a quelque temps, tu disais ne pas sentir de goût pour rhistoire. Je me proposai de t'écrire une lettre sur cette question. Cette lettre, c'est la présente.

« Ne pas connaître Thistoire, c'est toujours rester enfant, > dit Cicéron.

Il a raison : car ce qui dislingue surtout l'enfant de l'adulte, c'est que l'un a de l'expérience et que l'autre n'en a pas. Or, l'histoire, voilà l'expérience de tous les siècles et de toutes les nations. Celui donc qui a étudié l'histoire a augmenté énormément son expérience; de sorte que, si l'on compare à lui l'homme qui n'a que sa propre expérience, ce dernier est réellement comme l'enfant auprès de l'homme. (Note du maître : Ceci pourrait être beaucoup mieux exprimé.)

Mais, si l'histoire est utile à un individu en particulier, elle l'est encore davantage aux peuples. Grâce à elle les gouvernements modernes peuvent interroger ceux de l'antiquité et ceux-ci répondent à travers les siècles; les devanciers lèguent à ceux qui suivent le riche héritage de leurs conceptions et ceux-ci sachant ce qui fut voient ce qui peut être.

Ajoutons à tout cela que l'histoire est un moyen tellement propre à développer le sentiment national dans les cœui's et l'amour de la patrie, qu'on n'a pas dédaigné écrire (corr. : craint d'écrire) sur le frontispice d'un musée en Allemagne : Ohne Geschichte des Vaterlandes, giht eskeine Vaterlandsliebe (1).

(1 ) « Sans rhistoire nationale, il n*y a pas d'amour de la patrie. »

Cher Ami, non seulement l'élude de l'histoire estutile; mais à Tulile elle joint Tagréable. C'est ce que je veux encore te prouver brièvement.

Qu'y a-t-il de plus agréable que de parcourir le monde à peu de frais et sans difficultés? Ëh bien, l'historien ne te transporte-t-il pas de pays en pays; ne te décrit-il pas les mœurs, les coutumes, la civihsation des peuples éloignés comme des peuples voisins?

Une autre chose non moins agréable est celle d'assister sans danger aux grandes batailles. C'est chose bien singulière que ceci, mais cependant l'histoire procure ce plaisir. Ainsi elle te fait suivre Alexandre-le-Grand dans ses expéditions et assister à des journées aussi mémorables que celles d'Ipsus*. Avec plaisir on y voit cette lutte entre une multitude confuse et une troupe bien disciplinée. Avec le plus grand intérêt on y voit manœuvrer le grand capitaine qui, après avoir enfoncé l'aile des Perses, où était Darius, replie (sic) sur le centre, puis sur ]a droite qu'il défait également et emporte* ainsi une éclatante victoire. Comme il va bien (sic) d'assister à la retraite des dix-Mille"* au milieu de la pluie, du froid, de la neige, des avalanches et tout cela dans une salle bien chaufTée ou, en été, sous quelque ombrage bienfaisant.

Je cesse (sic) par t'engager, si cela est encore nécessaire, à te livrer avec plus d'ardeur qu'auparavant à l'élude de l'histoire.

Ton tout dévoué

Hippolyte Haerynck.

École normale de Lierre (3* année).

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