AIMER L'ÉGLISE
3Iater pulchrœ dUectionis.
Elle est la mère du bel amour, (ECCLI., c. xxiv).
Messieurs,
Nous avons dit, jusqu'ici, les deux premiers devoirs que nous avons tous, comme catholiques, à remplir envers TÉglise notre mère : croire à sa parole ; obéir à son commandement. En violant le premier de ces deux devoirs, nous cessons d'être vraiment catholiques, et nous retombons dans le domaine inférieur de la nature et de la raison ; en violant le second, nous devenons des catholiques inconséquents , et nous
îious condamnons i\ rouler dans la contradiction. En refusant de croire, et de croire comme il faut, à l'enseignement de l'Église, nous cessons d'appartenir au vrai christianisme ; en refusant d'obéir, et d'obéir pleinement aux ordres de l'Église, nous cessons de pratiquer le vrai chris- 4,ianisme ; nous mettons entre notre foi et notre vie, entre notre action et notre conviction, un antagonisme qui nous jette dans la perpétuité de la contradiction. Ces deux obligations de croire ^t de fairC;, de croire à la parole divinement infaillible de l'Église, et de faire sa volonté divi- ;iiement souveraine, empruntent aux heures solennelles, où nous sommes, une importance •vraiment exceptionnelle, et pour nous catholiques, c'est plus que jamais le moment de nous '^ïiontrer tels que nous devons être toujours devant l'Église : croyants sincères et sujets obéis- ;saiits.
Mais, Messieurs, l'Église n'est pas seulement ^our nous un sacerdoce qui enseigne et nous «lemande la foi, une royauté qui commande et 410US demande l'obéissance ; c'est une maternité qui aime et nous demande l'amour. Dans ii'ordre surnaturel, comme dans l'ordre naturel.
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Tamour est le ressort intime de la vie. Et notrevie de catholiques, comme notre vie d'iiommes^n ne se compose pas seulement de conviction et de soumission, de foi et d'obéissance ; elle se compose, par dessus tout, d'amour et de dévouement. . .
Il était nécessaire de vous parler d'abord de ces deux premiers devoirs envers l'Église ; devoir de croire à sa parole, devoir d'obéir à ses^ ordres. C'était pour moi-même un devoir âe proclamer devant vous l'un et l'autre. 11 fallaif^ pour cela, vous faire entendre une parole austère, en apparence du moins; car, malgré î* suavité que notre cœur y peut mettre, ces deux mots : soumettre son intelligence, soumettre sa^ volonté, ont je ne sais quoi que notre nature trouve toujours plus ou moins austère.
Aussi, Messieurs, va-t-il m'être particulier rement doux de vous parler de ce troisième devoir; devoir d'aimer l'Église, de l'aimer comme on aime une mère, et d'accomplir envers elle les obligations que nous impose cet amour.
Pourquoi devons-nous aimer l'Église ; et comment devons-nous aimer l'Église ? Quelles sont les raisons qui nous demandent cet amour^ ef
(le quelle manière devons-nous manifester cet amour ? La réponse à ces deux questions est tout Tobjet de ce discours.
Ce sujet a pour tout cœur vraiment eatlîolique un attrait spécial et comme un parfum réservé. Seule mon impuissance pourrait en diminuer pour vous le charme et l'intérêt. Dieu fasse, du moins, qu'elle n'en diminue pour personne, ni l'efficacité ni le fruit. Que la Vierge Immaculée, la Mère du bel amour, obtienne pour ce discours, de son divin fils, la lumière, la douceur et la force : et puisse cette parole, grâce à cette intercession toute-puissante, faire entrer en vos cœurs, pour l'Église notre mère, un amour aussi vraiment efficace que vraiment filial,
Ave 31 aria y etc.
11 faut aimer l'Église comme des enfants leur mère. Laissez-moi dire d'abord à vos intelligences et surtout à vos cœurs les vrais raisons de ce filial amour envers cette divine maternité.
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La première raison qui parle ici, tout à la lois, à mon .intelligence et à mon cœuF, c'est nonseulement la volonté de Dieu qui nous le commando, mais c'est Tinfinie délicatesse de sa t)onté, c'est la divine industrie de sa sagesse.
nous donnant à t3us, dans l'Église, une mère à aimer, une mère qui demande pour elle-même un amour sans lequel elle ne pourrait exercer sur nous sa fonction maternelle.
Ui^u, (|ui a formé de ses mains divinement délicates le limon dont nous sommes pétris, n'ignorait pas, en nous créant, le besoin qu'il mettait au plus intime de notre vie. Par une provid]pnce toute pleine de sa divine suavité, il a voulu nous faire sortir tous des flancs d'une créature humaine, après avoir dormi neuf mois sur son cœur et puisé dans son sang la substance même de notre vie. Il n'ignorait pas, que cette vie.tendrait toujours, en nous, à retourner à sa source, et que le besoin d'un amour maternel, d'une tendresse maternelle, d'un dévouement maternel, d'un sourire maternel, le besoin d'une mère, enfin, demeurerait sur la terre l'immortel et inapaisable besoin de notre cœur. Il savait que cet instinct indéracinable dans
loG TROISIEME DEVOIR DES CATHOLIQUES
Tordre naturel, nous le transporterions, comme malgré nous, dans la sphère supérieure de la vie surnaturelle, et que là même, orplielins ou non de la maternité du sang,nous voudrions toujours pouvoir dire à quelqu'un ce premier mot du cœur, qui est aussi le plus doux : ma mère. Pour répondre à cet instinct de notre vie qui a besoin d'aimer encore plus que de croire ei d'obéir, Dieu nous a donné l'Église catholique, vraie mère du genre humain, en général, et de tout homme, en particulier, portant le germe de sa vie. Or, ce qu'en la créant pour nous. Dieu nous demande pour elle, c'est ce que demande aux enfants toute maternité, l'amour. Et ce filial amour que Dieu nous commande, pour la maternité de l'Église, il le commande non-seulement comme un devoir envers elle, et une reconnaissance envers lui-même, il nous l'impose encore, et pardessus tout, comme une nécessité pour nous.
En effet, mes frères, le don de cette maternité, qui est, de la part de Dieu, une attention si délicate, et comme une divine caresse de sa Providence, était en même temps pour nous une nécessité de la formation de notre vie. Cette mère
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de notre vie surnaturelle, elle aussi, avait la vocation de nous élever^, c'est-à-dire, de former en nous la vie de Jésus-Christ son divin époux. Elle devait faire spirituellement et surnaturellement notre éducation, pour nous conduire, par cette éducation même, jusqu'à la plénitude de l'âge du Christ, et jus(|u'à la mesure de l'homme parfait. Donc il lui tallait trouver en nous non-seulement ces deux choses nécessaires à toute éducation hien faite, foi et ohéissance ; il fallait qu'elle V trouvât, surtout, ce troisième élément de toute éducation plus nécessaire encore que tous les autres, à savoir \ amour de la mère. Je l'ai dit et développé ailleurs, l'amour dans l'œuvre de l'éducation des enfants est comme le soleil dans la croissance des Heurs. Sans soleil, la fleur se ferme, se ilétrit, languit et meurt. Sans amour notre vie, elle aussi, se repHe sur elle-même ; elle ne peut ni croître ni s'épanouir; et, si elle ne meurt tout à fait, elle s'atropliie ; elle n'arrive pas à sa mesure ; elle ne trouve ni toute sa beauté, ni toute sa force, ni toute sa légitime grandeur. Seule, une àme ouverte par l'amour peut recevoir les influences fécondes de la maternité, et, par elles, arriver à la plénitude de sosi
développement et à la splendeur de sa vie : maternité naturelle ou surnaturelle, vie terrestre ou vie céleste, croissance humaine ou croissance divine, c'est la condition absolument nécessaire pour faire une éducation.
Or, l'œuvre de notre éducation surnaturelle encore une fois, c'est l'œuvre de l'Église ; là est son travail, sa mission, sa raison d'être.
(3tez à l'Eglise catholique cette mission souveraine, cette fonction vraiment divine : développer en nous la vie de Jésus-Christ, travailler, travailler sans cesse à former le Christ en nous, et à nous faire nous-mêmes, au dedans et au dehors, à la ressemblance de notre Christ : alors, rien dans l'Église ne se comprend plus, ni son enseignement, ni ses ministères, ni sa prédication, ni sa hiérarchie. Oui, l'Éghse catholique a, dans les siècles et les espaces où doit croître et se déployer la vie de Jésus-Christ, cette incomparable mission ; elle a été créée et elle existe pour être, dans l'ordre surnaturel, la divine institutrice de l'humanité chrétienne. Et pour faire son œuvre et remplir sa mission, encore une fois il faut vous le redire, cette institutrice est comme toute autre, elle a besoin d'amour;
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pour bien élever, elle aussi, elle surtout, il faut (ju'elle soit beaucoup aimée.
Donc, mes frères, il faut aimer TÉglise, et l'aimer du plus filial amour ; ou il faut mentir au dessein si plein de délicate et de suave bonté (ju'eut la Providence, en nous donnant à aimer, dans Tordre surnaturel, une mère, une vraie mère : oh î oui, cette mère divine il faut Vaimer y sous peine d'anéantir ou d'annuler en vousmêmes la fonction de sa maternité ; fonction sublime, qui a pour but de former en nous la vie et de graver en nous l'image de Jésus-Christ, par le perpétuel et universel travail de notre éducation vraiment chrétienne et vraiment catholique.
Il est, pour nous, de cet amour une raison non moins décisive, c'est l'amour que Jésus- Christ a pour son Église, et l'amour que nous devons nous-mêmes avoir pour Jésus-Christ.
L'amour de Jésus-Christ pour l'Église, pour cette Église sortie de son côté ouvert, comme Eve sortit du côté du premier homme, cet amour, dont tous nos amours humains, les plus légitimes, les plus saints et les plus profonds, peuvent à peine nous donner une idée, cet amour d'un
cœur divin pour une épouse la mieux faite à sa propre image, qui pourra jamais le comprendre avec la faiblesse de notre humaine raison ? et surtout, qui pourra jamais le dire avec l'impuissance de notre humaine parole ? 0 noces mystiques! ô noces sacrées, ô noces divines qui unissent le Christ à son Église, et l'Église à son Christ : mariage le plus complet, le plus intime, le plus indissoluble, que nous puissions imaginer; mais surtout, mariage de céleste et de divin amour, où s'échangent les tendresses tout à la fois les plus vives, les plus ardentes, les plus immaculées, et dont tous les mariages de la terre ne pourront jamais nous montrer que Fombre. Le Christ a aimé TÉgUse, Christus clilexitEccJesiam.Ei cet amour, VA^idire le montre aux premiers chrétiens comme l'idéal le plus sublime, et comme le plus parfait exemplaire de l'amour conjugal dans le christianisme, alors qu'il s'écrie ; Vin , diligite uxores vestras , hommes, aimez vos épouses ; et comment ? comme le Christ a aimé son Église, sïcuX Chrislus diJexit Ecclesiam.
Ah! comment il l'a aimé, si vous voulez 1 savoir, écoutez encore : il l'a aimée, et lui a