‹ Devoirs des catholiques envers l'EgliseChapitre 13 sur 30 · OBÉIR AUX COMMANDEMENTS DE LEGLISE · texte numérisé non relu

OBÉIR AUX COMMANDEMENTS DE LEGLISE

(( loi de ralimentation nécessaire et la loi du « travail obligé ? »

Messieurs, vous le reconnaîtrez : je ne vous déguise rien de la haute pliilosopiiie des maiitueurs, ni de l'objection profonde (juc je nommerai volontiers ici l'objection Carnivore, ('.ette objection est plus vieille de mille ans que les plus vieux chemins de notre vieille Europe ; et le principe, ou plutôt l'instinct qui l'inspire, est tout juste de l'âge de notre race adamique. L'homme n'aime pas ce qui le gêne ; l'homme a horreur de ce qui le mortifie, même dans la partie la plus infime de lui-même : voilà le fond éternel de cette philosophie toujours changeante et pourtant toujours la même, qui se fait, de siècle en siècle, l'avocate dévouée de la chair humaine. N'insistons pas davantage pour faire comprendre à cette philosophie plus digne d'Épicure que de Jésus-Christ, l'essence de cette loi évangélique, dont nos préceptes ne sont que l'application à notre humanité chrétienne. A quoi bon discuter les choses de l'esprit avec une chair qui ne vous répond que par son appétit ? Ce que la raison peut dire ici, vous ne l'ignorez pas. Tous les tempéraments que l'Église

sait mettre à la pratique de cette loi, vous les connaissez d'autant mieux, que pour la plupart, Dieu me garde de calomnier personne, vous êtes de ceux qui en usent. L'Église ne songe nullement à rompre ici l'équilibre de la création, et beaucoup moins à briser l'harmonie de la vie humaine ; elle songe bien plutôt à rétablir l'une et l'autre par les applications salutaires et intelligentes de cette loi essentiellement restauratrice qu'on appelle la loi évangélique. Or, la grande loi évangélique se résume dans ce mot, qui a fait dans l'humanité une transformation radicale : ce Renoncez-vous vous-même, » loi du Crucifié interprétée par l'Apôtre ; mortifia cate memhra vestniy mortifiez vos membres, et crucifiez vos corps : loi généreuse et virile, dont le résultat général, dans l'humanité qui la pratique , est l'élévahon de l'esprit par tous les abaissements de la chair.

Malgré cette raison fort péremptoire; devant la chair qui a faim, cette philosophie mangeuse et gloutonne aura toujours raison, etl'ÉgHse toujours tort. Les disciples de ces religions commodes et de ces morales quelque peu indépendantes ne se contentent pas de le montrer par

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Jes beaux raisonnements que vous venez d'entendre; ils le démontrent encore mieux par la belle pratique que vous pouvez contempler ; et, si vous en avez le courage, admirer.

Je n'ai donc pas à disserter ici contre des raisons et des arguments absolument indiscutables, les arguments de Testomac qui demande et de l'appétit qui exige. Mais, ce que je tiens à signaler ici, je voudrais plutôt dire à stigmatiser, c'est l'attitude molle, timide, pusillanime, presque lâche de nos catholiques non-pratiquants en face des violateurs, et, ce qui est plus triste encore, en face des insulteurs de la loi qui est leur loi.

Qui vous arrête ? Le respect humain, peutêtre? Homme de peu de foi et de médiocre courage, que n'osez-vous vous faire un bouclier de l'observation même de votre loi ? que n'osezvous dire en regardant, d'un œil ferme et d'un front haut, le violateur qui, à la lâcheté de manquer à son devoir joint encore celle de jeter A votre fidélité sa publique dérision : ô sublime mangeur que tu es, suis, comme il te plaît, ta raison gastronomique, et ta philosophie du ventre ; mange, puisque tu le veux, autant et tout ce qu'il te plaît de manger, même en face de l'É-

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glise qui défend, et des vrais fidèles qui s'abstiennent. Mais, de grâce, ne trouve pas si ridicule, que je prenne d'un peu plus haut que toi la règle de ma vie et l'inspiration de mes actes. Moi, qui m'abstiens de toucher aujourd'hui à cette chair que tu dévores avec une grâce si parfaite et une satisfaction si peu déguisée, après tout, qu'est-ce que je fais devant toi de si ridicule et de si digne de tes dédains? Je relève de ma conscience ; je fais un acte de l'esprit : toi, quoi que tu en dises, tu relèves de ton appétit, et tu fais acte d'animal, et mon chien que voici peut te disputer cet honneur et cette gloire. Ne sois donc pas si fier. Comme toi, je suis ange et tête tout ensemble, selon le mot d'un homme que tu admires : mais entre nous deux, en ce moment, voici la différence: Je m'inspire de l'ange, tu t'inspires de la bête; et loin de te croire le droit de mé trouver ridicule, tu dois te croire bien assez heureux que je ne revendique pas le droit de te trouver méprisable.

Ah ! si vous faisiez ainsi ; si ce que je viens de dire en ses termes propres, vous saviez le dire au moins en termes adoucis, ne fût-ce môme que par votre silence ; si, face à face avec

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la prévarication mcme la plus grossièrement railleuse, vous saviez, comme on dit aujourd'hui, vous poser : que dis-je, si, de cette fidélité et de cette obéissance que Ton prétend liumilier, vous saviez, en face de l'adversaire, vous faire un ornement sacré, une parure sainte, et comme un embellissement glorieux ; alors , le ridicule changerait d'adresse ; il retournerait à qui vous l'envoyait ; et le respect humain se blesserait de son propre glaive.

Mais, s'il faut partout devant les prévarications railleuses de votre loi, porter ce ferme et fier courage d'une fidélité sans peur ; ah ! il le faut surtout en face de ces publiques oi^ies organisées par la libre pensée, pour mieux insulter à la majesté du Christ que vous adorez et de l'Église que vous honorez : festins trois fois honteux^ dressés en face de notre Christ mourant et de notre mère en deuil ; banquets sauvages et sacrilèges tout ensemble, où l'on pourrait ne voir qu'une farce grotesque^ si l'on n'était attristé d'y reconnaître à tout ce que l'on aime et à tout ce que Ton adore, une insulte solennelle, et comme une intention satanique de braver Dieu devant ceux qui l'adorent : festins

superbement intitulés des libres penseurs et que Ton a mieux nommés festins des libres mangeurs : festins deux fois honteux où sont conviés ensemble le ridicule et Timpiété : protestations soi-disant libérales, contre ce qu'ils nomment fièrement la superstition cléricale et et le despotisme catholique, et que, dans ce discours saintement indigné, je ne puis nommer que du nom que leur infligent vos consciences révoltées, en les appelant, comme ils le méritent, le carnaval du sensuahsme et du sacrilège, ou si vous aimez mieux, les bacchanales de la gourmandise et du blasphème î

Eh bien, je dis, Messieurs, qu'en face de ces débauches et de ces orgies de la prévarication, en face de ces violations qui ne sont plus seulement le résultat d'une sensualité, d'un respect humain, d'une faiblesse quelconque, mais l'effet d'un parti pris d'insulte, de défi, et de bravade, je dis qu'un nouveau devoir s'impose à vous tous, demeurés fidèles enfants de l'Église. Ce point, qui jusqu'ici pouvait ne vous sembler que secondaire^ est devenu capital, depuis que l'impiété y pose publiquement ses batteries pour attaquer et blesser publiquement, non-seulement

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la loi de TÉglise, mais l'Église elle-même avee tous ceux qui l'aluient, mais le Christ lui-même avec tous ceux qui l'adorent; oui, Messieurs, il en est temps, à ces manifestations sataniques, l'heure est venue d'opposer les manifestations catholiques.

Certes, je ne vous demande pas de faire ici des contre-parties retentissantes, d'opposer les banquets des libres jeûneurs aux banquets des libres mangeurs, les publiques agapes des observateurs de la loi, aux publiques orgies des violateurs de la loi. Mais ce que je vous demande, ce qui est un devoir pour tous, c'est que vous fassiez de l'accomplissement possible du jeûne et de l'abstinence, non plus seulement un acte de votre obéissance, mais encore un acte de votre foi : qu'en vous le témoignage public de la fidélité réponde à la publique insulte de la prévarication; qu'ainsi, votre pratique courageuse devienne un enseignement efficace; et, que tous ensemble , vous disiez par l'action ces deux choses qui glorifieront l'Église en relevant nos mœurs : « Je crois à la parole, j'obéis à la volonté de ma mère. » Amen.

TROISIÈME CONFÉRENCE

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