Ephes. V
propre beauté, augmente son amour : si bien, ({ue dans le mystère de ce divin mariage, type céleste des unions de la terre, et la beauté est multipliée dans l'Église par l'amour de son Christ, et l'amour est multiplié dans le Christ par la beauté de son Église.
Cela supposé, — et c'est la réalité même du grand mystère chrétien que je révèle par ces mots — notre amour pour l'Église découle et naît spontanément de l'amour même que nous devons avoir pour Jésus-Christ. L'amour de Jésus-Christ est, pour nous chrétiens, notre première, et à le bien prendre, notre unique loi; et c'est de lui qu'il est absolument vrai de dire : l'amour est la plénitude de la loi, ])Jenituclo lecjis est dilectio. L'amour de Jésus- Christ, dans la vie chrétienne, c'est le commencement, le milieu et la fm; c'est le point de départ, le progrès et la consommation : l'amour de Jésus-Christ, c'est le verbe abrégé; avec lui, en lui, par lui, vous avez tout, et rien ne vous manque plus, omnia per ipsinriy cum ipso^ et in ipso ; l'amour de Jésus-Christ, enfin, c'est tout à la fois et le ressort intime et le signe authentique du vrai christianisme.
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Et dès lors, comment pourrions- nous ne pas aimer l'Église, l'Église sa divine épouse si divinement aimée? Et comment le flot brûlant de notre amour pour Jésus-Christ pourrait-il se verser dans ce cœur trois fois saint, sans rejaillir de lui-même, du cœur de l'époux dans le coeur de l'épouse? Comment, enfin, pourrions-nous, dans notre propre cœur, séparer deux amours qui ne sont pas séparables, attachés et rivés qu'ils sont l'un à l'autre par une chaîne de diamant que Dieu lui-même ne pourrait briser.
Quoi! nous aimerions Jésus-Christ, et nous n'aimerions pas l'Église si ardemment aimée par Jésus-Christ? Quoi! le sang du Christ versé pour nous sur la croix ferait germer en nos cœurs la sainte passion du Crucifié; et nous n'aimerions pas cette Église couverte de la pourpre de ce sang, sortie de la source même d'où a jailli ce sang, c'est-à-dire, de son sacré cœur? Quoi! ces soufi'rances de Jésus-Christ seraient devenues la divine séduction de nos cœurs heureux de souffrir comme lui, et au besoin de mourir avec lui ; et, le cœur de notre mère l'Église, abreuvé des mêmes amertumes,
et livré, de siècle en siècle, avec le cœur de son divin époux, aux tristesses, aux angoisses et aux agonies d'une même passion, n'exercerait pas sur nos cœurs aussi quelque chose de ses saintes séductions et de ses divins attraits?... Ohî non, cela n'est pas possible. L'amour qui nous attache au cœur du Christ notre frère divin nous attache au cœur de l'Église notre mère divine. Oui, c'est la Vérité ; c'est le Christ luimême qui vous le crie du fond du cœur d'où est sortie notre mère : quiconque répudie l'amour de l'Église, répudie mon amour ; vous n'aimez pas l'Église ma divine épouse ? allez ; vous ne m'aimez pas moi-même : car ces deux amours n'en font qu'un ; et qui n'a rien du second donne la preuve évidente qu'il n'a rien du premier.
Ainsi, Messieurs, nous devons aimer l'Église, parce que nous devons aimer Jésus -Christ, et nous devons l'aimer de l'amour même qui nous attache au cœur de Jésus-Christ.
Ajoutons à cette seconde raison une raison plus décisive encore : il faut aimer l'Église, parce que YÊglise nous aïmey et qu'elle remplit à notre égard tous les ministères d'amour,
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c'est-à-dire tous les ministères même de sa maternité. Comme l'amour d'une mère, son amour nous a conçus et nous a entantes ; il nous a conçus dans la joie, il nous a enfantés dans la douleur ; et il nous dit en nous tenant dans ses bras, comme une mère son enfant : filioU mei, mes petits enfants ; je vons ai enfantés ; je vous aime.
Comme l'amour d'une mère, l'amour de l'Église nous enseigne ; il dépose dans nos âmes le trésor de la vérité. Comme une mère penchée sur un berceau parle à l'enfant qui commence à l'entendre, ainsi l'Église verse dans vos âmes encore jeunes le don de la vérité ; elle vous dit, en s' abaissant jusqu'à vous : enfant, écoute; moi ta mère, je te donne la vérité, parce que je t'aime.
Comme l'amour d'une mère, elle nous forme, et elle nous façonne de ses douces mains; elle travaille, jour par jour, et heure par heure, à nous faire à son image, comme elle est ellemême faite à l'image de Jésus-Christ ; elle nous élève enfin ; et son amour nous redit sans cesse la parole qui atteste la douleur de ce second enfantement : filiï mei quos itenim parttirio : je
ne me lasse pas de vous enfanter dans des douleurs toujours renaissantes, parce que mon eo^ur garde pour vous un amour qui ne connaît pas de dénnllance.
Comme l'amour d'une mère elle veille autour de cette vie conçue, enfantée et formée par ellemêjne ; elle garde la pureté, la sainteté, Tinnocence dans nos Ames, comme le prêtre garde le Christ dans le tabernacle, écartant autant qu'elle peut de ses enfants les influences mauvaises et les souftles mortels; et elle nous garde, parce qu'elle nous aime; c'est la sainte garde de l'amour veillant sur son plus cher trésor.
Comme l'amour d'une mère, elle nous console dans nos douleurs ; elle a pour nos souffrances, dans son cœur de mère, des mystères de compassion ; aucune ame qui souffre de ces agonies, que le péché met dans les âmes humaines, ne la trouve insensible ; et pour exprimer sa compassion aux souffrances de ses enfants, elle trouve, dans son cœur de mère, des accents que l'humanité n'a jamais mis dans aucune langue. En deux mots : elle nous console, parce qu'elle compatit, et elle compatit parce qu'elle aime.
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Comme l'amour d'une mère, elle pardonne à ses enfants même les plus coupables, même les plus ingrats. Au premier signe de repentir, ses entrailles s'émeuvent, son cœur s'attendrit, ses bras s'ouvrent ; et la parole du pardon tombe de ses lèvres sur le cœur de son enfant.
Et voici dans l'Église notre mère la suprême attestation de l'amour : l'Église pour ses enfants, comme une mère, a la sainte passion de se dévouer et de se sacrifier. Et parce que le dévouement et le sa€rifice impliquent comme condition souveraine la nécessité de souffrir, l'Église souffre, en effet, pour attester son amour; et, (juand il s'agit de sauver un seul de ses enfants, aucune souffrance ne peut la faire reculer, pas même la souffrance du martyre.
Je le demande. Messieurs, une mère qui aimo de la sorte, une mère qui remplit envers nous tous ces ministères de son maternel amour, comment pourrions-nous ne pas l'aimer ? Comment, sous les perpétuelles influences de cet amour qui nous enveloppe, nous pénètre, et nous féconde comme la chaleur du soleil, garder dans nos cœurs le froid de l'égoïsme et de l'indifférence ? Et pourquoi, dans Tordre surnaturel
comme dans l'ordre natoel, l'amour filial ne croîtrait et ne s'épanouirait-il pas sous les pénétrants rayons, et si je l'ose dire, au soleil chaud de l'amour d'une mère ?
Nous pourrions nous arrêter ici : mais, quand il s'agit de l'amour d'une mère, la raison d'aimer appelle la raison d'aimer, et le cœur ne se lasse pas, alors qu'il aime, de voir de nouvelles raisons d'aimer encore et toujours davantage.
11 faut aimer l'Église, Messieurs, pourquoi encore ? parce que cet amour est tout à la fois et h gloire de cette mère aimée, et le bonheur de ses enfants qui l'aiment. Ah î Messieurs, qu'il y a peu d'institutions et peu d'hommes appelés au gouvernement de l'humanité, qui parviennent à se faire vraiment aimer de notre humanité ! et, combien il est difficile de se faire aimer des hommes, en leur disant tout ce qui est vrai et en leur commandant tout ce qui est bien ; en leur faisant entendre une doctrine austère, et en leur intimant des ordres sévères ; en leur apportant, avec une parole qui froisse leur orgueil, des commandements qui heurtent leur sensualisme, et, avec des enseignements qui surpassent leur raison, des lois et des préceptes qui répriment
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leurs passions! Se faire aimer dans ces conditions, ah ! la raison, la nature et Tliistoire le proclament d'une même voix, il n'y a rien de plus difficile, disons mieux, rien de plus humainement impossible.
Et voilà, pourtant, ce que, depuis dix- neuf siècles, fait partout l'Église notre mère. Elle prêche des mystères qui dominent la raison ; elle impose des préceptes qui répugnent aux passions; et toute sévère, toute austère, toute ennemie qu'elle se montre de nos pervers instincts, on l'aime, on l'aime d'un amour qui ne ressemble à aucun autre ; on l'aime d'une affection qui ne sait plus mourir; on l'aime avec une sainte passion ; on l'aime jusqu'au dévouement, jusqu'au sacrifice, et même jusqu'au martyre : et cela partout, et cela toujours !... 0 mère divine, vous êtes glorieuse ; il n'y a que vous que l'on aime ici- bas de la sorte ; et cet amour sans égal vous couronne d'une gloire immortelle ! Oui^ immortelle ; car cette gloire la suit, comme l'ombre suit le corps, et comme le rayonnement le soleil. Cet amour qui persévère et la suit de siècle en siècle, et d'espace en espace, lui fait une auréole qui grandit tous les jours, et res-
plendit en tout lieu ; car, jamais et nulle part, rien de pareil ne s'est vu, une institution avec une attitude si austère conquérant un tel amour. Il faudrait un discours, et plus qu'un discours, pour donner à cette vérité tout son légitime éclat. Il nous suffît ici de la constater, et de la ^nontrer resplendissant, d'elle-même, à tous les regards ouverts à la lumière. Où trouvez-vous dans toute l'histoire quelque chose qui approche, même de loin, de ce phénomène historique? Où trouvez-vous une institution publique, une institution agissante, surtout une institution armée contre toutes les passions, ennemie de tout sensualisme et dominatrice de tout orgueil, qui soit parvenue à se faire aimer, comme on aime une personne vivante, et à se faire aimer de C€t amour tendre, fort et dévoué, que des enfants ont pour une mère? Ah î ce prodige ne le demandez ni à la terre ni à l'humanité, en dehors de l'Église cathohque : ce miracle seule l'Église l'accomplit; et ce miracle, c'est-à-dire, humainement l'impossible réalisé, demeure à jamais l'impérissable gloire de l'Église catholique; et, le nommer seulement, l'indiquer seulement ce miracle sans pareil, c'est dire de vous, ô Église