‹ Devoirs des catholiques envers l'EgliseChapitre 17 sur 30 · AIMER L KG LISE · texte numérisé non relu

AIMER L KG LISE

ma mèi'e, ù vraie cité de Dieu, une chose diviiieiiient glorieuse, (jJonosa dicta, surit de te, chutas Dei I

Glorieux pour la mère, cet amour de TÉglise est plus doux encore à ses enl'aiifs. L'amour d'une mcre est ce qu'il y a de i)Ius suave au Cd-ur d'un enfant. Autant la Heur s'ouvre au rayonnement de son soleil, autant le co^ur d'un enfant s'épanouit devant l'amour d'une mère. Cet amour lui mettant au cœur les plus pures de ses alfections, y fait éclore les plus belles de ses joies.

Eli bien. Messieurs, il n'y a pas d'exagération à le dire, cette joie de l'enfance béatifiée par l'amour d'une mère est la joie du fidèle béatifié par l'amour de l'Église. Quiconque ne l'a pas éprouvé cet amour, quiconque ne l'a pas connu cet attachement filial à l'Église catholique, ne peut concevoir cette joie que fait éclore au C(i'ur de ses enfants l'amour de cette mère divine. 0 vous surtout, qui ne croyez pas, comme nous, à la divinité de cette mère, non, non, vous ne pouvez comprendre tout ce (jue notre amour pour elle met, dans nos âmes, de joie sereine et de félicité tranquille. Se dire que, bien au des-

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SUS de la sphère où* vivent la chair et le sang, dans les plus hautes régions de cette vie supérieure qui se nomme la vie surnaturelle, on a une mère, une vraie mère, mais une mère divine, une mère immortelle, une mère qui ne peut pas vous tromper, une mère qu'on aime par ce qu'il y a de plus céleste dans l'afFection, et, si je le puis dire, par les meilleures fibres de son cœur et les plus pures aspirations de son Ame; oh! oui, croyez-le bien, c'est un bonheur; c'est un bonheur, alors qu'on a vu s'en aller de soi toutes les humaines affections et tous les terrestres attachements, de garder comme la meilleure sauvegarde, et aussi comme le meilleur parfum de la vie, le charme sans pareil de cette divine afîection et de ce suprême attachement ; c'est un bonheur, surtout, alors qu'on a connu la vie avec ses mystères de défaillance et de fragilité , de tristesse et de désolation , oui , vous dis-je, c'est un bonheur, un bonheur inexprimable, de pouvoir appuyer son intelligence, son âme et son cœur, sur le cœur de cette mère, qui a, dans la doctrine qu'elle nous enseigne, dans les promesses qu'elle nous

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lait, dans les espérances qu'elle nous garde, le secret de tous les apaisements et le baume des plus intimes consolations !

r/est un bonheur enfin, au milieu des infidélités, des défections et des décadences dont le spectacle quelquefois nous émeut si douloureusement, de sentir sa vie attachée, par des liens que rien ne brisera plus, à cette institution toujours indéfectible, toujours fidèle et toujours immuable; et, au milieu de la ruine des convictions, de la chute des espérances, et de la fuite des affections, de pouvoir dire, en mettant la main dans la main de l'Église et le cœur sur son coeur, ce que disait naguère, dans une ivresse sainte, un fort chrétien de nos jours, digne de ressentir et de publier une telle joie : (( Quel bonheur ! tout ce que j'ai cru s'affirme, tout ce que j'ai espéré s'accomplit, tout ce que j'aime est vivant dans l'Église et par l'Église ma mère '. »

Oh ! nous aussi, comme ce généreux chrétien, faisons-nous de plus en plus, et agrandissons chaque jour pour nous ce boniieur d'aimer

l. L. Veuiliot.

une mère. Il nen est pas en elîet de comparable sur la terre. Cet amour de l'Eglise, dans lequel se résument tant d'autres amours, amour du vrai, amour du beau, amour du bien, amour du pur, amour du parfait, amour du saint, ah î cet amour, si je le puis dire, si céleste, si divin, il donne vraiment aux cœurs qui en sont remplis, sur la terre, quelque cliose de cette joie qui fait pressentir le bonheur du ciel. Aimons l'Église pour Dieu, parce qu'elle est pour nous le plus suave don de la bonté de Dieu ; aimonsla pour Jésus-Christ, parce que l'amour de Jésus- Christ est inséparable de cet amour ; aimons-la pour elle-même, parce que cet amour des enfants c'est l'honneur de la mère ; aimons-la pour nous— mêmes, parce que cet amour de la mère est le bonheur de ses enfants. Aimons-la d'autant plus, qu'il y en a sur la terre, qui ont le malheur de ne pas l'aimer, et pourquoi ne le dirais-je pas? Je malheur de la haïr î

Ohî oui, laissez-moi vous le dire, il faut aimer cette mère du bel amour, parce qu'il y en a qui la haïssent ; il faut, à force d'amour, faire dans son cœur de mère une compensation à la haine ; il faut, en un mot, que la haine qui poursuit

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notre mère multiplie en nous l'amour «jui nous iittaclie à notre mère.

Vous souvient-il, Messieurs, de ce spectacle étrange auquel, un jour, je vous ai fait assister ? phénomène le plus curieux que montre à nos regards l'humanité vivante; phénomène que tous les siècles chrétiens ont pu voir, mais qui a pris, dans ce siècle, des proportions que l'histoire ne lui avait jamais coimues ; la haine de V Église; liaine universelle, qu'on retrouve plus ou moins partout ; haine permanente, (ju'on retrouve plus ou moins toujours ; haine exclusive et vraiment réservée^ dont aucune autre institution même religieuse, même chrétienne, ne partage le privilège ; haine iînplacable^ que rien ne saurait désarmer ; haine satanique enfin ; l'antagonisme du bien par le mal, de la vérité par Terreur, de l'amour par la haine, en un mot, l'antagonisme de Dieu par Satan; l'antagonisme le plus frappant et le plus acharné qu'il y ait dans l'humanité.

Oui, Messieurs, c'est un fait, un fait public et marqué au signe d'une certaine universalité : notre mère est haïe. Les^ hommes n'ont plus voulu aimer l'amour même; et force leur fut de se retourner contre lui. En cessant d'aimer,

comme il arrive trop souvent, leur cœur s'est tourné à haïr, et à haïr d'une haine qui ne ressemble à aucune autre haine. Et la voilà, la mère féconde de tous les bienfaits, de tous les dévouements et de tous les sacrifices, la voilà haïe, comme jamais rien d'humain ne fut haï dans l'humanité : la vérité en elle est haïe ; le bien en elle est haï; l'amour en elle est haï ; Dieu même en elle est haï ; et parmi ces implacables il y a des enfants^ des enfants rebelles, des enfants apostats, des enfants dénaturés enfin , commettant publiquement ce crime contre nature : haïr une mère !

En face de cette haine et des outi'ages qu'elle multiplie contre l'Église, qui ne voit que nous avons un grand et doux devoir à remplir : aimer notre mère ; l'aimer d'autant plus qu'on la haït davantage ; lui faire dans un cœur rempli de notre filial amour, nos filiales réparations ; lui dire à cette mère divine si sataniquement haïe : o divine, o bonne, ô tendre, ô bienfaisante mère; on vous haït, vous, l'amour; on vous haït jusqu'à vouloir vous anéantir. Pour vous offrir une légitime compensation, nous, vos enfants, nous vous aimerons; et s'il le faut, pour vous

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consoler et vous glorifier, nous vous aimerons jusqu'à mourir pour vous î

Il faut aimer l'Église : pourquoi, enfin ? ah ! voici pour nous la raison la plus décisive: c'est que tout ce qui en nous est mauvais et pervers, nous pousse, plus ou moins directement, à la haine de l'Église ; et que tout ce qui en nous est bon et légitime nous pousse, instinctivement, à l'amour de l'Église.

La répulsion de l'Église notre mère, c'est le signe autlientique du mal qui vit en nous : l'attraction vers l'Église est le signe irrécusable du bien qui est en nous. Rien de ce qui est, au dedans de vous, injuste, pervers, impur, corrompu, ne saurait vous pousser, et n'a jamais poussé personne à l'amour de l'Église. Et réciproquement, rien de ce qui est, au dedans de vous, juste, honnête, pur, légitime, saint, ne saurait vous inspirer et n'a jamais inspiré à personne la haine de l'Église. En deux mots, l'amour de l'Église c'est le bien attiré vers le bien : la haine de l'Église, c'est le bien repoussé par le mal. Tel est le signe authentique qui distingue deux humanités en présence, et, dans un même homme, les deux tendances de la vie.

A ce signe, vous ne vous tromperez jamais.

Je pourrais vous dire ici, en agrandissant sous vos regards les horizons de la vie contemporaine : regardez les hommes et les hommes, une génération et une génération : quels sont les hommes qui aiment l'ÉgHse? et quels sont les hommes qui la haïssent ? quelle est la génération qui l'environne de son amour? et quelle est la génération qui Tenvironne de ses haines? Regardez, et jugez. Et il vous sera révélé, dans une lumière éclatante, que ce qui fait aimer l'Église, dans les générations vivantes, c'est le bien, rien que le bien ; et que, ce qui fait haïr l'Église, c'est le mal, et rien que le mal.

Mais cette révélation, si vous le voulez, elle ne vous viendra pas seulement du dehors, elle vous viendra du dedans aussi. Vous avez peutêtre eu, un jour, vous aussi, la tentation affreuse de prendre en haine la sainte Église catholique; ou, du moins, vous avez senti, un jour, votre amour pour l'Église diminuer peu à peu, peutêtre même menaçant de s'éteindre tout à fait. Eh bien, au nom de la vérité, je vous adjure de vous avouer à vous-même la vraie raison de ce mystère qui avait diminué peu à peu, ou sup-

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primé tout à lait, dans votre C03ui% cet amour qui avait été longtemps le ciiarme de votre vie. Allez au fond intime de vous-même ; et là, répondez à eet irrécusable juge qui vous interroge : pourquoi avez-vous cessé d'aimer l'Église? Votre vertu en était-elle la cause ? Est-ce que vous étiez devenu plus humble ? plus docile? plus pur? plus chaste? plus chaste surtout?... Ah ! ce qui avait dévoré en vous ce noble et saint amour de l'Église votre mère, je le vois, et, force vous est de le voir vous-même, c'est ce qui éteint la tendresse au cœur de tous les fils prévaricateurs, c'est le mal de la passion régnant au centre, et tenant le sceptre de votre vie!...

Au contraire, à quel jour et à quelle heure de votre vie, avez-vous éprouvé le besoin de sourire à l'Église comme l'enfant sourit à sa mère ? A quels moments l'Église se révélait-elle à votre cœur filial comme la plus belle et la plus ravissante chose que vos regards eussent rencontrée sur la terre? Quand, dans la contemplation de son passé, sous le regard de son présent^ et dans le pressentiment de son avenir, éprouviezvous le besoin de vous écrier, devant les visions de votre ame ravie : o Église, ô bonne, ô douce.

o sainte Église, ma mère, quel bonheur de vous connaître ! quelle joie de vous aimer ! et quel avant— goût du Paradis, de se reposer, de respirer, de vivre^ et surtout de mourir en vous !

Oui, dites à quelles heures de votre vie, étiezvous visité par ces sentiments d'amour suave et de délicieuse tendresse? Ah! vous n'avez pu l'oublier, c'était aux heures où il faisait dans votre lime clair comme dans un jour inondé de la plus pure lumière ; c'était à ces heures du ciel où Dieu semblait vous convier, vous encore exilé sur la terre, au partage de ses plus douces et de ses plus belles fêtes : fêtes de la conscience pure, illuminées par le regard de Dieu, et embaumées de ces parfums que l'innocence répand aux plus lointaines profondeurs de l'ame devenue l'hôte fortunée de son Dieu vivant, et de son Dieu présent ; jour de la première communion, dont l'aurore eut une suavité, et le soleil un éclat, que n'eut jamais un autre jour ; jour de grande conversion, où la vie sortant de ses ténèbres renaissait à la lumière ; où elle s'échappait de ses servitudes pour monter, d'un vol aérien, dans les pures régions de la liberté ; où votre lime, enfin, se r'ouvrant, avec votre

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cœur, sous un souflle du ciel, retrouvait, après tant de jours arides, des attendrissements inattendus et des joies inespérées !

Mon frère, avouez-le tout bas, si vous n'osez le confesser tout haut : oui, ce jour-là, vous aimiez rÉglise ; ce jour-là, vous cherchiez, à la fois, sa main, son regard et son c(cur de mère; vous cherchiez sa main pour vous appuyer, son regard pour vous éclairer, son co^ur pour vous attendrir, et, peut-être, son sein maternel, pour y pleurer comme un enfant, non de votre ôimleur, mais de votre joie.

Ainsi, en parcourant le chemin qui est derrière vous, pour y retrouver les événements qui ont rempli vos jours, et dans ces jours les sentiments qui ont rempli votre co'ur; partout, dans ces jours et dans ces heures de clarté si diverse, à tous les points les plus lumineux, à tous les moments les plus radieux de votre vie morale et religieuse, vous retrouvez dans votre co^ur Tamour de TÉgiise. Et, même aux moments assombris par les douleurs^ par les deuils, par les funérailles, vous le retrouvez encore au fond de vos consolations les plus pures et les plus intimes : vous vous rappelez qu'alors l'Église,

comme la Mère des douleurs, était pour vous la vraie consolatrice des affligés.

IMais c'est assez vous montrer qu'il faut aimer TÉglise ; il est temps de vous dire comment nous devons aimer l'Église, en d'autres termes, comment nous devons lui témoigner notre amour.

Manifestement, Messieurs, notre amour pour TÉglise ne peut et ne doit pas demeurer à l'état purement spéculatif et affectif: il faut que, vis-àvis d'une mère, l'amour des enfants soit vraiment effectif ; il faut qu'il passe dans les réalités et qu'il se traduise dans la pratique de notre vie. Qu'importerait à l'Église un amour se contentant de jouir de lui-même, et s'estimant affranchi de tout devoir envers Elle?

Donc, Messieurs, étant supposé que l'Église est par nous aimée comme une mère, nous avons à nous demander : comment faut- il aimer l'Église? Dans les difficiles situations qui peuvent

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être laites à cette mère divine, surtout dans Ja situation très-particulière et très- actuelle qui lui est laite aujourd'hui, vis-à-vis de cette mère, si étrangement méconnue, si indignement calomniée, si sacrilégement outragée par certains hommes, quel est notre devoir filial? En face de cette mère si universellement, si constamment, si implacablement attaquée, quelle doit être l'attitude de notre amour? et dans l'atmosphère passionnée et brûlante où est jetée notre mère, <|ue doit faire cet amour ? quel parti doit il prendre, pour se démontrer dans les faits, et s'attester luimême au dehors tel qu'il est au dedans ?

Manifestement, il n'y a ici à choisir qu'entre ces trois partis, et je n'imagine que ces trois attitudes : être contre ; être pour ; n'être ni pour ni contre : l'agression, la défense, l'abstention. Quelle attitude doit être la vôtre? et, lequel de ces trois partis consentez-vous à prendre?

Quoi? être contre l'Église? attaquer l'Éghse? avec l'arme dont on dispose, avec une parole, une plume, un glaive, une fonction, une puissance quelconque, se faire, comme on le peut, persécuteur de l'Église? blesser l'Église? frapper l'Eglise? outrager l'Église cette majesté désar-

mée?Oh! non, quand on l'aime vraiment, il n'en peut être question. L'attaque c'est la haine poursuivant l'ennemi. Pour nous qui l'aimons cette mère divine, cette pensée nous fait horreur : attaquer notre mère? frapper et blesser noire mère? Ah! j'en appelle à tous les enfants bien nés; j'en appelle à l'humanité entière qui partout et toujours a llétri cet attentat abominable ; lever la main contre sa mère ! J'en jure sur vos cœurs comme sur le mien, non cet attentat ne sera jamais le notre ; jamais ce crime ne sera notre crime.

Mais, pour nous, catlioliijues, vrais enfants de l'Église, quelle douleur de voir, à ce point, Tsous nos yeux, insulter, calomnier, outrager, frapper, persécuter, martyriser notre mère ! Et dire, ô mou Dieu, qu'au milieu de nous, de nous qui sommes nés par elle à la civilisation, à l'honneur, à la gloire des plus grandes nations, dire qu'il y a des hommes et encore des hommes, qui se font de ce rôle de persécuteur, de calomniateur et d'insulteur, uu métier honteux, une profession intame, une profession publique, quotidienne, avouée, et en quelque sorte régulière ; profession de l'ou-

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trage, de riiisulteet du dénigrement, devant cette mère de riiumanité chrétienne^ mère féconde de tant de bienfaits !

Et dire, qu^une telle profession, non-seulement, des hommes Taeceptent, mais, qu'ils s'englorifient, qu'ils s'en vantent, qu'ils en vivent, qu'ils s'en enrichissent, qu'ils s'en engraissent: qu'ils recueillent chaque année , chaque mois, chaque semaine, chaque jour peut-être, ce prix de l'outrage et ce salaire de l'insulte! Et dire,, que tout en versant sur les misères populaires les larmes de leur prose hypocrite, et en jetante à rÉglise les traits de leur style assassin, ils arrivent à se faire de ce trafic de Zoïles et de ce métier d'hiérophantes, une opulence sacrilège^ une fortune grosse d'impiétés, où chaque pièce d'or qui sonne à leur'oreille rappelle un attentat contre une mère, et un blas[)hème contre Dieu : quelle honte pour eux, et pour nous quelle tristesse ! Ah î jurez, jurez avec moi, de ne jamais commettre ce crime contre le Saint-Esprit incarné dans l'Église; car, sauf de rares exceptions où' éclate, de loin en loin, le miracle de la divine miséricorde, cet affreux métier de dénigrer l'Église est comme un lien de fer qui attache une

vie d'homme à la tyrannie de Satan ; c'est comme un sceau de damnation, un signe de réprouvé, un passe-port d'enfer ! — Les malheureux ! et ils l'exercent dix ans, vingt ans, trente ans, peut-être, ce trafic d'apostat, ce sacerdoce de Mammon, ce métier de démon ; et cela, sans regret, sans repentir, sans remords peut-être ; jusqu'à ce qu'ils s'en aillent, par une mort de possédé, livrer leur corps à un enfouissement ignoble, et leur âme à un châtiment éternel î

Ah î certes pour aucun de vous, je ne crains rien de tel ; non, vous ne prendrez jamais place dans cette hideuse armée du mal ; lâches soldats, dont toute la valeur éclate à attaquer la faiblesse: disons mieux, et nommons-les de leur véritable nom : valets salariés, dont tout le courage consiste à venir chaque jour cracher au visage d'une majesté royale et d'une maternité sainte ! Non, encore une fois, vous ne serez jamais de cotte race, sans contredit la plus maudije de Dieu et la plus vraiment ennemie cle notre humanité qu'il y ait sur la terre.

Toutefois, prenons y garde ; sans nous en rendre compte, nous pouvons, enfants que nous sommes, nous tourner, nous aussi, contre le

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cœur de notre mère. Oui, parmi les enfants de l'Église, il y en a qui, sans se dire et sans se faire ses ennemis , sans le vouloir, j'ose à peine ajouter, sans le savoir, plus ou moins conspirent avec l'ennemi, dans cette guerre sacrilège qu'on lait à notre mère.

Il en est qui, au lieu de la saluer devant le monde par un sourire filial, cette maternité de l'Église, font semblant de ne pas la reconnaître, et quel(juefois vont jusqu'à en rougir. Esclaves du respect humain, adorateurs de la popularité, en voyant le souflle populaire se retirer de l'Église, et une sorte de déshonneur liumain lui venir de toutes parts, ils osent à peine dire : elle est ma mère, ma mère la sainte Église î Et, devant l'impiété qui dénigre, qui ment , qui calomnie, qui insulte, c'est tout au plus, s'ils savent trouver sur leurs lèvres une parole pour justifier sa doctrine, son dogme, ses mystères, sa constitution, sa législation, son histoire. Ah ! son iiistoire surtout, falsifiée, altérée, mutilée, et outragée devant eux, par toutes les audaces et toutes les insolences du libre examen et de la libre pensée, pour ne pas dire du libre mensonge et de la libre ignorance.

Je le demande, est-ce ainsi qu'on aime une mère ? Ah ! rougir de sa mère, le monde luimême ne le pardonne pas. Une tache à jamais ineffaçable demeure au front d'un philosophe tristement célèbre, Jean-Jacques Rousseau; et pourquoi ? pour avoir rougi de son père. Qu'estce donc de rougir de sa mère ? Qu'est-ce de se détourner d'elle , comme si l'on redoutait la contagion de son opprobre, ou le reflet de son ignominie ?

Oui, il en est, parmi nous, qui sans atttaquer leur mère en rougissent. J'ajoute : il y en a qui, au lieu de la réjouir la conlristent, au lieu de la glorifier l'humilient , et sous prétexte de la servir la blessent des plus douloureuses blessures.

Ah ! sans doute, il est inconséquent, contradictoire, lâche même, celui qui prétend aimer l'Église, et qui, en face de l'impopularité qui s'attache à elle, ose rougir de sa mère. Mais voici quelque chose de plus contradictoire, de plus inconséquent, de plus indigne encore d'un enfant de rÉghse : sous prétexte de lui concilier des sympathies équivoques et de lui conquérir une popularité de mauvais aloi, oser publiquement faire des actions, prononcer des paroles, publier

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des écrits, qui ont le mallicur, même contre l'intention de leurs auteurs, de contrister tout ce qui aime profondément TÉgiise, et de réjouir tout ce qui haït sincèrement TEglise : défenseurs maladroits, qui enfoncent, dans le cœur de l'Eglise elle-même, des traits d'autant plus douloureux ([u'ils viennent de la main de ses enfants.

Il y a dans l'Église de Dieu, — qui pourrait l'ignorer? — des côtés nécessairement humains. Cette fille du ciel touche de ses pieds la terre ; elle marche, dans sa longue carrière, à travers toutes les poussières soulevées par le pied des générations qui passent, par le souffle des vents qui s'élèvent, et par ce vaste tourbillon de l'agitation humaine qui se fait autour d'elle, et quelquefois même enelle.llya donc, dans l'histoire de l'Église vue par ses cotés humains, des faces moins radieuses, et d'une clarté moins pure ; il v a même, de loin en loin, à travers d'immenses horizons de lumière, quelques points obscurs qui se détachent sur le fond, et rendent pour ainsi dire plus saisissante la splendeur de l'ensemble. Ces quelques points noirs qui demeurent à travers de longs siècles, le scandale immortel des enfants de ténèbres, rendent plus

doux et plus ravissants pour les fils delà lumière, ces vastes champs de notre histoire si pleine des rayons de notre divin soleil.

Eh bien, Messieurs, qu'en pensez- vous ? En face de ces quelques points qui font tache dans l'histoire même de la lumière, si vous aimez la vérité et avec elle l'Eglise, si vous l'aimez plus que tout ce que l'on aime dans ce monde ; que faire ? Quoi ? ces points obscurs les nier résolument ? les cacher systématiquement ? Oh ! non, sans doute : la vérité n'a pas besoin de cet auxiliaire indigne d'elle qu'on appelle le mensonge; et, c'est en ce sens vrai que l'on peut dire de cette cité de la vérité, ces paroles de l'Écriture : non indiget mendacio vestro.

Mais, s'il ne faut déguiser, devant l'histoire véridique, ni ces faces humaines, ni ces points obscurs; pour complaire à la pensée moderne, à l'esprit moderne, à l'idée moderne, il ne faut pas, non plus, travailler à les mettre, à contre-temps, dans une pleine lumière ; surtout, il ne faut pas affecter de dévoiler d'une indiscrète main ce que vous n'avez pas- le devoir de montrer? Beaucoup moins, faut-il, à propos de tout, non-seulement révéler, mais agrandir, mais

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exagérer, pour le succès de sa cause, ces humaines faiblesses et ces luimaines défaillances, que déplore avec d'inénarrables gémissements, dans plusieurs de ses enfants, cette mère divine. Et que signifie, je vous prie, ce zèle, ce prosélytisme, cet apostolat vraiment nouveau qui prétend servir l'Église en scandalisant ses enfants, et en humiliant la mère elle-même ? Quelle prodigieuse aberration de prétendre sauver le catholicisme, en commençant par contrister, et même par effrayer tous les vrais catlioliques !

Ainsi, 31essieurs, ne pas attaquer TÉgli^e, ne pas rougir de l'Église, ne pas contrister l'Église, et ne pas se faire, en la contristant et en l'humiliant, le complice imprudent de ses propres ennemis : certes, voilà bien le moindre devoir de notre amour fihal envers cette douce maternité. Mais ce n'est là, pour ainsi dire, que le côté négatif de notre devoir à l'égard de notre mère. Ce n'est pas assez de n'être pas contre elle ; nous avons l'obhgation d'être pour elle. Non, ne pas l'attaquer ne suffit pas, nous avons à la défendre; non, ne pas en rougir ne suffit pas, nous avons à la fjJorifier; non, ne pas la contrister ne suffit pas, nous avons le devoir de la réjouir.

Oui, au lieu de l'attaquer, nous avons à la défendre. De quelque manière que nous Faccomplissions, en certains moments plus solennels, cette défense est pour les enfants de l'Église, le devoir de chacun et le devoir de tous, alors surtout que Tattaque est universelle ; alors qu'elle est opiniâtre, alors qu'elle est implacable; alors que devenue l'objet de toutes les haines et de toutes les contradictions l'Église catholique est seule contre tous, et tous sont contre elle seule ; oui, c'est alors que tout ce qui a dans son âme la foi, la foi invincible à la parole de l'Église, tout ce qui a dans sa poitrine un cœur d'homme et de chrétien, et dans ce cœur l'amour de cette mère si universellement attaquée, doit se lever et dire^ dans un transport magnanime de dévouement chrétien et de fdial amour : On en veut à ma mère; on insulte ma mère; on attaque ma mère : à moi, à moi son enfant, de défendre ma mère : et je me lèverai, et je la défendrai. Je la défendrai en tout; je la défendrai partout, oui, partout où je la trouverai sous mes yeux en butte à l'attaque. Je la défendrai dans la famille, si l'impie vient outrager ma mère jusque sous mon toit domestique. Je la

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défendrai envers et eoiitre tous, même contre mes propres amis, si mes amis Tattaquent; et, si la conversation tourne, devant moi, à l'insulte ou à l'outrage de ma mère. Je la défendrai dans le forum, si le forum retentit des outrages faits à son nom et à sa majesté : et, si Dieu fait là même, dans le bruit du forum, une tribune à ma parole ; à cette tribune je monterai comme un soldat monte sur la brèche ; et, comme un orateur célèbre de notre wx!" siècle, bravant les oppositions de la haine et les frémissements de la co^ 1ère, je défendrai cette Église, même devant une assemblée protane ; comme lui la nommant une mère y une mère faible, une mère humainement désarmée, mais une mère divine, une mère divinement invincible. Et, si Dieu daigne faire à mon filial amour, pour défendre cette mère, une tribune encore plus élevée et un théâtre encore plus grand; si, dans ces heures de luttes ardentes. Dieu place, sous l'horizon de mon regard et sous l'ascendant de ma parole, des milliers de grandes âmes et de nobles cœurs: ah ! je ferai si bien, que le feu de ma parole communiquant autour de moi la contagieuse ardeur de mon filial amour et la pure llamme de

mon cœur dévoué, non-seulement je la défendrai, cette douce majesté que j'aime; mais, pour fortifier la défense et agrandir le triomphe, je multiplierai les défenseurs et les vengeurs de cette divine outragée.

Mais la défense de ce qui est toujours et partout attaqué implique le combat; et, pour tout défenseur de cette mère toujours en butte à la contradiction, le combat est toujours prêt, et partout nous attend en chemin. Et comment s'en étonner ? Le combat, c'est l'essence même de l'Église; le combat, c'est la loi de l'Éghse ; le combat, c'est l'histoire de l'Église; le combat, mais c'est l'Église elle-même, l'Église sur la terre, si bien nommée militante, La croix qui partout la surmonte est un drapeau ; son organisation est une armée ; sa devise est un cri de guerre ; la terre où elle marche est un champ de bataille : et voilà pourquoi, tout enfant légitime de cette mère militante est un soldat, soldat armé de sa parole, de ses œuvres, et surtout de son cœur, pour défendre sa mère.

Oui, le combat de l'amour filial pour défendre et venger l'honneur maternel : voilà dans des situations et sous des formes diverses, le corn-

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