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LES AVANTAGES SONT IMMENSES

On juge ordinairement de l'importance d'une chose par les maux dont elle nous préserve et les avantages qu'elle nous procure; or nous suivrons cette règle pour parler de l'importance, de l'esprit intérieur : Cujus virtus, quia summe imita in essentiâ, ideb summe infinitissima et multiplicissima in efficaciâ (2), dont la vertu, parce qu'il est uni à Dieu dans l'essence, par conséquent souverainement infini et très-multiple dans ses grands effets, produit des effets admirables. Celui, dit saint Ignace d'Àntioche, qui vit intérieurement dans son cœur, est semblable aux anges portant l'esprit du Christ et plantant sa racine pour toujours dans le sol du ciel : Qui intiis in corde vivit, similis est angelis gerens Christi mentem et pro-

(1) II Cor., iv, 16. — (2) S. Bernard Itinerarium, cap. v.

ducens in perpetuum radicem (1). Admirons ces effets.

Les maux dont V esprit intérieur préserve le prêtre.

La dissipation est le premier et le père des autres. Jusqu'où le prêtre tiède ne porte-t-il pas la dissipation ?

Dissipation des sens, des yeux curieux de tout "voir, des oreilles avides de tout entendre, une langue sans frein dans un flux de paroles, tous les sens répandus au dehors.

Dissipation d'esprit, qu'on laisse courir après une infinité de pensées inutiles, étrangères, qui ne servent qu'à le distraire, l'occuper, l'égarer sur toute sorte d'objets.

Dissipation de cœur qui se livre à des inclinations, à des affections, à des attachements tout humains, qui le troublent, l'agitent, lui ravissent le calme et la paix.

Dissipation dans les actions qu'on fait sans pureté d'intention, sans motifs ou par des motifs naturels, tout humains.

Dissipation dans toute la vie et toute la conduite... Sans règle, sans ordre, livrée au caprice, au hasard, à l'humeur.

Est-ce là une vie sacerdotale? Serait-ce même

(1) Epître aux Tralliens.

une vie chrétienne ? Comment le prêtre fait-il sa prière vocale, son oraison, son examen, sa visite, sa lecture, la messe, la confession, la prédication? En abrégeant, en négligeant et en s'ennuyant. Les distractions ou sont accueillies ou ne sont rejetées qu'à demi : alors quelle prière, quelle oraison ! Ne se sert-il pas de ce temps propice du matin pour entretenir des pensées que je ne puis caractériser, et méditer des desseins à exécuter pendant le jour ? Son examen particulier, il finit par n'y plus penser. Quant à sa visite, s'il ose, il n'en fera jamais ; s'il n'ose pas, il ira à l'église, et, au lieu de donner le quart d'heure à la visite, il emploiera son temps à dire son bréviaire ou à lire je ne sais quoi. Lectures profanes au lieu de lectures spirituelles, voilà sa pâture. Le saint sacrifice célébré sans préparation., sans piété, sans onction, et peut-être avec une scandaleuse précipitation, tronquant les cérémonies et affectant de ridicules bourdonnements mêlés de bizarres élancements de voix. Deux minutes d'action de grâces et il quitte le temple avec plaisir pour ne le revoir que le lendemain à la même heure : que s'il n'était rétribué, il n'y reviendrait pas. Prêchet-il la parole de Dieu ou la sienne ? Quelle préparation ? ô Dieu ! quelle prédication ! Ou d'insolents reproches ou des fadaises ? O Dieu I

comment cette parole reviendra-t-elle ? et qu'est-ce qu'elle rapportera en revenant? Verbum meum, non revertetur ad me vacuum (1). Et dans la confession sacrée, où puisera-t-il l'onction nécessaire pour parler à ses pénitents, les exciter au bien et les convertir? Quels avis leur donnera-t-il ? Quelles bonnes résolutions leur fera-t-il prendre? Allez, changez-vous et revenez 1 L'on revient et Von n'a pas suivi tous les avis, quoique l'on se soit amendé. Plein d'orgueil et furieux de ce que sa parole a été négligée, il le croit, alors il les chasse, les écrase de pénitences et leur dit de monstrueuses duretés. Vous avouerez que ce n'est pas là l'école de l'Esprit-Saint, auteur et consommateur de l'esprit intérieur.

Voilà de grands maux : Supposez-les généraux dans le clergé, que devient-il et avec lui la société tout entière? car ils sont liés ensemble. Voilà le défaut d'esprit intérieur. Mais il en est encore d'autres et l'on pourrait dire tous les vices. Sotte vanité, joies insensées du monde, préjugés, grandes et profondes illusions, respect humain, opinions dangereuses, sensualisme, ivrognerie, volupté, avarice sordide, négligence crasse et paresse avilissante. Voilà le cortège de la dissi-

(1) Isaïe, lv, 11,

pation, cortège de tous les désordres du prêtre dont nous délivre l'esprit intérieur.

Mais comment réprimer, arrêter cet esprit de dissipation où le prêtre s'est malheureusement livré jusqu'à maintenant? Pour cela, le Seigneur vous fournit des moyens et des secours.

Secours dans la fuite des objets qui dissipent : les compagnies, les allées et venues, les liaisons avec des personnes mondaines et dangereuses, les repas et invitations, les visites trop fréquentes, les occupations qui ne sont pas de notre ressort, un certain négoce, les vices mêmes de ce prêtre et tant d'autres. L'esprit, le cœur, les sens égarés sur les objets qui se présentent. L'esprit avec ses torrents de pensées, le cœur avec son abondance de sentiments... Veillez, fuyez, écoutez.

Secours dans les réflexions salutaires qui ra-. mènent. Que le prêtre fasse des retours sur soimême, qu'il se remplisse de bonnes pensées, qu'il se pénètre des grandes vérités de la foi et du néant des choses humaines, ces solides pensées le ramèneront et l'uniront à son Dieu... Alors il comparera son état présent avec celui qui précédait, et il se trouvera le plus heureux de tous.

Secours dans l'exemple édifiant de tant de bons prêtres dont j'admire les belles vertus. Je vis dans le même état, j'ai les mêmes obligations,

pourquoi n'ai-je pas le même esprit? Je les admire et, je ne les imite pas. Si je voulais cependant, ma vie serait comme la leur. Allons! un effort mais sérieux, et puis, que je me règle et que je devienne un saint prêtre.

Si l'esprit intérieur préserve de tous les grands maux, en même temps

L esprit intérieur donne d'immenses avantages.

L'esprit intérieur inspire la sagesse, la prudence, le zèle : Quis adjuvit spiritum Domini... Cum quo iniit consilium, et instruxit eum, et docuit eum semitam justitiœ, et erudivit eum scientiam, et viam prudentiœ ostendit Mi (1)? Iniit consilium, quel avantage ! Instruxit eum, quelle science ! Erudivit eum, et après les leçons de Dieu par l'esprit intérieur il sait tout. Viam prudentiœ ostendit, c'est pourquoi la prudence l'accompagne, le place dans le vrai et lui montre le chemin.

L'esprit intérieur donne la force, la grandeur d'âme, le vrai courage : Factus es spes mea, turris fortitudims à facie inimici (2), parce que le prêtre

qui parle à Dieu dans son cœur en est revêtu

Det vobis cor omnibus, ut colatis eum, et faciatis ejus voluntatem corde magno, et animo volenti (3). Corde magno, où trouve-t-on les grands cœurs ? Est-ce

(1) Isaïe, xl, 14. - (2) Ps. lx, 4. - (3) Il Machab., i, 3.

chez les dissipés ? Ah ! la lâcheté est leur partage. Mais on les trouve chez les prêtres intérieurs et réservés. Animo volenti, qui vont au but avec courage, fortiter (1), dans ceux qui possèdent l'esprit intérieur.

L'esprit intérieur crée la confiance en Dieu : In te, Domine , speravi, non confundar in œternum (2). Il faut avoir l'esprit intérieur pour se jeter entre les bras de Dieu dans toute occasion et dans tout événement.

La paix du cœur : Pax Dei, quœ exsuperat omnem sensum (3).

L'amour pur, qui consiste à aimer Dieu uniquement pour lui-même, par le seul motif de ses perfections adorables, sans retour sur nous-mêmes et sur notre bonhenr.

L'union avec Dieu, qui est la consommation des desseins de Dieu sur une âme ; c'est le chefd'œuvre accompli de sa grâce, c'est le plus haut point de sainteté où une pure créature puisse aspirer sur la terre... Cet état consiste à se tenir constamment uni à Dieu dans tout et de tout nous-mêmes ; l'entendement par la considération de ses grandeurs, la mémoire par le souvenir de ses bienfaits, la volonté par le parfait accomplissement de là sienne. Cette union de toutes les

(1) Sagesse, vm, 1. — (2) Ps. xxx, 1. — (3) Philipp., iv, 7.

puissances de notre âme influe dans toutes nos actions et dans toute notre conduite.

Le bonheur de l'homme, qui ne peut être qu'en Dieu, et non ailleurs... Alibi felicitatem ne scruleris, non est nisi in Deo (1). Noslrum supremum bonum est soins Deus (2).

Le désir du ciel. — Oui, c'est l'esprit intérieur qui l'enflamme ; car c'est un foyer, une flamme, une vie constante, une action perpétuelle vers le ciel : Ad civitatem eamus, ubi nullus timor, nullus labor (3). Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei... Sicut lœtantiam omnium habitatio est in te (4). Comment ne pas désirer... ne pas soupirer?...

Voilà de grands effets seulement indiqués produits par l'esprit intérieur... Mais voyons encore ce que dit le prêtre intérieur et comment il ledit, ce qu'il fait et comment il le fait?

S'il parle, c'est avec une conviction qui se porte chez ses auditeurs et qui les subjugue, ils sont pris d'une divine séduction qui les amène à ses projets; il fait plus par un seul mot que tous les éloquents et érudits sans onction et sans piété. En lui tout parle, la bouche, les yeux, le front, les gestes, la modestie, le ton de voix...

Que dit-il en prêchant? en confessant? en conversant? aux enfants? aux parents? aux malades?

(I) Martial. — (2; Arnobe.- (3) S. Augustin. - (4) Ps. lxxxyi, 3-7 DEY. DES PB. 7

aux vieillards ? Diligamus alterutrum, sicut dédit mandatum nobis (1). Filioli mei, non diligamus verbo, neque linguâ, sed opère et veritate (2) . Ah ! jes admirables oracles de la parole de Dieu ! En confession: Soyez sage... Corrigez-vous appuyé sur Dieu... Allez en paix et ne péchez plus : Jam noli peccare, ne deterius libi aliquid contingat (3). Vade et jam amplius noli peccare (4). En conversant : Conversatur in operibus (5) il converse par ses œuvres. Quelle énergie de langage ! Oui, ses œuvres parlent, elles causent, elles agitent la pensée et remuent le cœur : Noslra autem conversatio in cœlis est (6). Aux enfants : — Ah ! mes enfants chéris, aimez le bon Dieu, servez-le, donnez-vous à lui, obéissez à vos parents et ne les contristez pas. Aux parents : — Elevez chrétiennement vos enfants. Aux malades : — La maladie est une régénération ou temporelle, ou spirituelle et éternelle ; remerciez-en Dieu et supportez vos maux en patience. Aux vieillards : — Encore un moment et vous montez à la patrie ! Courage ! le ciel vous attend... Comme il parle, grand Dieu! quel langage! Heureux ceux qui l'entendent!

Comment le dit-il?

Avec douceur, avec bonté, prévenance, onction

(1) I Jean, m, 23. — (2) Ibid., 18. - (3) Jean, v, 14, — (4) Jean, TOI, 11. — (5) Eccli., xxxvni, 26. — (6) Philip., in, 20.

intérieure, avec l'accent de l'amour de Dieu, ce qui devient vertu attractive pour tous.

Que fait-il dans ses exercices de piété? Dieu le sait. Il a compris cet oracle d'Isaïe : Vade, intra in cubicula tua, claude ostia tua super te, abscondere modicum ad momentum, donec pertranseat indignatio (t). Le voilà caché dans sa chambre, la porte est fermée, il est invisible pour quelques instants jusqu'à ce que la fureur divine ait passé... Orabo spiriiu, orabo et mente (2). Ah! voilà ce qu'il fait : 11 prie d'esprit, il prie de cœur... Mente servie legi Dei... 11 macère sa chair et non carne legi peccati (3), il ne veut point de cette infâme servitude. Dites-nous, parois sacrées, ce dont vous avez été témoins, les larmes, les soupirs, le feu de ce cœur embrasé jetant sa flamme. Piacontez-nous, sainte maison, les prostrations, les disciplines»peut-être, les soupirs vers le ciel dont vous avez été le témoin...

Que fait-il à l'église ?

L'avez-vous vu dire la sainte messe ? Avec quelle modestie, quelle ferveur! L'avez-vous vu administrer les sacrements, donner la communion, l'extrême-onction, le saint viatique?.,.

Que fait-il aux pauvres de sa paroisse ?... aux malades, aux affligés?... L'on trouve toujours

(i) Isaïe, xxvi. 20. - (2) I Cor., xix, 15. - (3) Rom., vu, 25.

chez lui r aumône, du pain, de la consolation... Tarn pater nemo (1).

Et comment fait-il toutes ces belles actions ? Et comment se passent toutes ces choses ? Sagement, prudemment, chastement, modestement, dignement, grandement, merveilleusement.

0 esprit intérieur î tu es la splendeur des âmes, la lumière des intelligences, l'amour pur des cœurs ! le père des saintes inspirations, la source des grâces, le canal des célestes dons, le rayon du soleil sacerdotal, l'honneur du sanctuaire, la force du prêtre, le plus vivace instrument de sainteté dans l'Eglise 1 Tu donnes aux ministres sacrés la similitude angélique puisque tu es esprit, tu les élèves aux régions sublimes, tu les places sur le trône et tu leur dis : Soyez esprit ! tout esprit !

Alors, prêtres du Seigneur, renovamini spiritu mentis vestrœ> et induite novum homiriem (2) Quand vous serez renouvelés dans l'intime de votre âme et revêtus du nouvel homme, alors vous vous produirez et vous parlerez plus encore par la vie que par la voix. S'il fut jamais une mission propre à enflammer le zèle, à fortifier l'âme et à l'élever à la hauteur des plus grands sacrifices, c'est sans doute celle qui vous est confiée. De vous, de votre bon esprit, de votre constance dépend le salut de

(1) Tertullieo. — (2) Ephés., iv, 23, 24.

l'Eglise et des nations assises à l'ombre de la mort : Ilîuminare his, qui in tenebris, et in umbrâ mortis sedent (1), le sort du monde est en vos mains ; et pour le sauver que faut-il? Ce qu'il fallut il y a dix-huit siècles : une croix et une parole qui parte du pied de la croix.

Sortez d'ici portant cette croix ; achevez de briser les fers qui vous ont dégradés et qui seraient de nature à vous empêcher de remplir, selon toute son étendue, votre céleste vocation ; rentrez, par une volonté généreuse, en possession de la liberté que le Christ vous a acquise de son sang : Vos enim in libertatem vocati eslis fratres (2). Contre la persécution ourdie, la calomnie préparée, l'injure sanglante, marchez, marchez en ordre et marchez en conquérants, mais conquérants du Christ et à l'instar du Christ. Un mystère d'iniquité s'accomplit dans le siècle ; mias il recouvre ; je l'espère, un mystère plus profond d'amour et de miséricorde. Vient le temps où il sera dit à ceux qui sont dans les ténèbres : Voyez la lumière! Et ils se lèveront, et, le regard fixé sur cette divine splendeur, dans le repentir et dans l'étonnement, ils adoreront pleins de joie celui qui répare tout désordre, révèle toute vérité, éclaire toute intelligence : Oriens ex alto (3). Et tout le monde chan-

(1) Luc, i, 79. — (2) Galates, v, 13. — (3) Luc, 1, 78.

tera : Ubi Spiritus Domini, ibi libertas (1), la liberté vraie est là où est Y esprit intérieur.

liE PRËTBE MXISTRË DES SACBEnEIVTS.

Saint Chrysostome disait à ses fidèles : o Je yeux aller voir votre champ expurgé des ronces et des épines qui le couvraient ; votre pré tel que doit être l'Eglise de Jésus-Christ ; et je veux me retrouver aussi, et c'est ma joie, dans le paradis de vos assemblées. Là, il n'y a pas de serpent insidieux, mais bien le Christ, auteur et docteur des Sacrements. C'est là que la sainte Eglise vous confirme dans la rectitude de la vie, vous élève à l'ordre surnaturel en vous accordant abondamment les fruits de l'Esprit-Saint. » Le saint docteur, dans ces trois mots, nous dit toute l'excellence et la richesse infinie du Sacrement.

« Les participations divines, dit saint Denis, se font par les initiations ou sacrements. Participer à Dieu en se servant des sacrements , quelle gloire ! Et l'hiérarque qui fait participer ou qui est minisire n'est rien moins que le lieutenant de Jésus-Christ ; alors concevez, si vous le pouvez,

(1) II Cor., ni, 17.

ses honneurs. Les symboles sous lesquels nous sont départis les dons divins ont une merveilleuse analogie avec les effets que nous espérons des divers sacrements. L'intelligence est réjouie et consolée quand elle entrevoit ces harmonieux rapports : la lumière retombe en flots d'amour sur le cœur qui entre dans de saints tressaillements. Sous cette double influence, la nature humaine se perfectionne en remontant vers Dieu, qui ainsi spiritualise la matière par la ma in et la bouche du prêtre, divinise l'esprit et se retrouve tout en tous. »

a Le prêtre, dit saint Augustin, fait les sacrements et les confère, les anges assistent, le ciel est étonné, la terre admire, l'homme vénère, l'enfer abhorre, le démon tremble, la nature est aidée, l'humanité déifiée. » Le prêtre est donc le coopérateur de Dieu (1) ou le ministre des sacrements. C'est pourquoi saint Paul a dit : Sic nos existimet homo ut ministros Christi et dispensatores mysteriorum Dei (2). Si ses devoirs de ministre doivent être proportionnels à la hauteur de sa dignité, ils doivent être bien grands et bien importants. Le ministre des sacrements doit : 1° en posséder toute la science ; 2° les administrer avec zèle et y disposer les fidèles; 3° enfin les confectionner parfaitement et apporter toutes les dispositions pour les

(1) III Jean, 8. -(2) I Cor., îv, 1.

administrer d'une manière fructueuse pour lui et profitable à l'Eglise. Reprenons :

Article Ier, — Le ministre des sacrements doit en avoir toute la science.

La science des sacrements pour un prêtre consistera-t-elle dans la sèche connaissance delà matière, de la forme et des rites que nous sommes tenus de respecter, sous peine de transformer ces riches mystères en des observances vaines et coupables? Puisqu'il nous est moralement impossible de porter les peuples à y participer selon les desseins de Dieu et leurs plus chers intérêts spirituels, si nous ne savons bien en faire ressortir l'excellence, la nécessité, les avantages et les effets, il faut qu'à force d'étude et de méditation nous nous rendions capables d'expliquer les sacrements et de réveiller la foi sur les sacrements.

Pour nous aider dans cette savante étude, nous prendrons sur les sacrements en général les pensées les plus exquises des saints Pères et des conciles de l'Eglise pour dire des choses solides et pour ne point nous égarer, ayant pour divines maîtresses l'Ecriture et la Tradition.

Le sacrement est une force, le sacrement est un instrument, le sacrement est un signe.

Le sacrement est une force, et c'est Jésus-Christ

qui la lui donne, dit saint Thomas. Nous'avons des communications surnaturelles avec Dieu, communications sans lesquelles il est impossible d'entendre le christianisme. L'ordre surnaturel destiné* à éclairer l'esprit et à élever les opérations de l'homme vers Dieu est une réalité vivante sur la terre, une réalité universelle et perpétuelle. C'est un acte de sagesse et de bonté de la part de Dieu d'avoir surajouté à l'ordre naturel l'ordre surnaturel, c'est-à-dire d'avoir ajouté aux forces naturelles de l'homme des forces divines. Ah ! il a compris et considéré toute l'étendue de sa faiblesse, et dans sa miséricorde il a daigné lui donner des forces.

L'idée de force est l'idée même du sacrement. Dans le sacrement, c'est la force qui est l'essence, parce qu'il s'agit d'agir, d'opérer, de sanctifier, de perfectionner, de créer à un certain degré. Partout où il y a action, activité, puissance, quel qu'en soit le principe, il y a force. Un développement d'action n'est qu'un développement de force. Or le sacrement a été établi de Dieu pour donner à l'humanité une force nouvelle.

De grands théologiens se sont demandé si la loi naturelle n'avait pas ses sacrements ? Et ils ont répondu affirmativement en disant : La saine morale, conforme à la droite raison, avec la manière

d'offrir le pain et le vin comme fit Melchisédech , voilà les sacrements de la loi naturelle. Et la loi mosaïque, la circoncision, l'agneau pascal, la consécration des prêtres, toutes les ablutions et purifications; voilà les sacrements de cette loi. Le sacrement donc, comme force sanctifiante, a toujours existé pour purifier et perfectionner l'humanité.

Mais son élévation à la dignité de force surnaturelle, c'est l'œuvre de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Voilà dix-huit cents ans que cette force surhumaine cette vertu transcendantale, s'est infiltrée dans l'humanité, et que, comme un levier puissant, elle la soulève, l'agite et la balance. Tantôt elle s'avance comme un conquérant, tantôt elle résiste comme un rocher; elle a vaincu le monde et s'est revêtue de ses trophées comme d'une pourpre divine. Depuis le martyr sur son bûcher et le paralytique sur son grabat jusqu'aux sommités impériales, cette valeur surnaturelle a lui comme un soleil, a lavé comme de l'eau, a nourri comme du pain, a fortifié comme de l'huile d'onctions, a attiré le pardon sur la terre, a sanctifié le genre humain en l'élevant à Dieu et en faisant descendre Dieu vers lui. Quelle force! C'est la force de Dieu, c'est la force sacramentaire.

Per hœc, dit saint Laurent Justinien, datur lapsis requies, debilibus robur, formidolosis audacia et semcl prostratis flducia dimicandi. Ce grand patriarche appelle les sacrements non-seulement une force, robur, mais une audace pour les timides et craintifs et la confiance de la victoire pour ceux qui auraient été une fois battus. Quelle force !

Et nous la tenons de Dieu, cette force. Oui, Dieu nous a communiqué la force, comme il nous a communiqué tout ce qu'il a. De même qu'il nous a donné la lumière qui est en lui, il nous a donné aussi la force qui est double, force de concentration pour vivre, force d'expansion pour nous donner. Quant à lui, qui contient d'une manière parfaite ces deux forces, il n'a pas besoin d'intermédiaires pour les exercer. Mais nous, au contraire, nousen avons besoin. Car, bien que nous soyons riches de la force, nous ne l'avons pas ni du côté de la concentration ou de la vie privée ni du côté de l'expansion ou de la vie sociale, sans intermédiaires. Et ces intermédiaires sont des instruments. Ces instruments, ils sont dans la nature, autour de nous, nous prenons quelque chose d'inférieur à nous, de parfaitement méprisable, si vous voulez; nous le préparons comme il nous convient, nous l'adaptons à nos besoins et à notre

propre vie; et ainsi, au moyen de cet instrument aui contient une force nutritive, une force vitale, une force active de concentration , c'est par le phénomène de l'instrument qui contient une force, que tous les jours nous poursuivons notre misérable existence. Ainsi la charrue est un instrument pour déchirer la terre et l'amener à la fécondité; ainsi l'aiguille est l'instrument de la couture, le couteau, l'instrument de la cuisine et de la table, le vase un instrument d'ébullition, etc. L'homme, par son corps, est un instrument et un instrument qui contient la plus grande de toutes les forces. La nature elle-même est un vaste ensemble d'instruments qui contiennent des forces. INous ne pouvons prolonger notre existence un seul moment sans nous en servir, et notre vie est tissue des services que nous rendent tous ces instruments.

Or Dieu, voulant aider puissamment et instrumentalement l'humanité à s'élever à lui et à faire société avec lui, ne l'a point sortie de son atmosphère ordinaire ni de ses communes allures. Pour cela il lui a donné comme instruments d'ascension, de perfection et de sanctification, les sacrements. Et les éléments db ces sacrements est-il allé les chercher dans des régions lointaines, au delà des mers? Sont-cedes éléments rares, extraordinaires,

peu communs, difficiles à trouver ? Sacramentum est matérielle elementum, usaale et commune, extrinsecùs oculis suppositum, ex sanctifîcatione aliquam gratiam invisibilem conferens, idebque magnum salutis instrumentum. Ainsi le définit le très-savant théologien Hugues de Saint- Victor de Sacrameniis , liv. VI, point ix, n03 1, 2. Au contraire il a choisi les éléments les plus ordinaires, les plus communs, les plus familiers et par conséquent les plus forts.

Ainsi, l'eau pour le Baptême, il Ta élevée à la dignité d'ablution surnaturelle, et voilà le premier instrument de salut. L'huile, pour la Confirmation; le pain, pour l'Eucharistie ; l'aveu, pour la Pénitence ; l'huile encore pour l'Extrême-Onction et pour l'Ordre avec l'imposition des mains ; le consentement exprimé, pour le Mariage. Dieu n'a fait que surnaturaliser l'ordre naturel. Mon Dieu, à quelle élévation vous l'avez porté par amour pour nous^ et pour que facilement et avec goût nous y prenions les instruments de notre salut et que nous allions nous y abreuver comme à de larges et abondantes fontaines ! Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris (1).

Pour l'Eucharistie, l'élément du pain que nous mangeons tous les jours, qui sustente notre corps. Ce pain, le voilà converti au corps de Jésus-

(1) Isaïe, xn, 3.

Christ pour la nourriture de nos âmes... quel instrument facile et non rebutant de salut ! Pour la Pénitence, l'aveu naturel qui soulage, qui décharge, qui console, qui béatifie : cet aveu élevé à la dignité de sacrement ; à plus forte raison ayant reçu cette divine transformation, soulaget-il, console-t-il, purifie-t-il ! et le sacrement vient nous donner la certitude que nous sommes pardonnés : quel instrument de salut ! Et le consentement pour le mariage, quelle force dans l'accord des deux volontés! Mais, quand cet accord est sacrement, comme la force est doublée, centuplée ! Quel instrumentt moral, social, surnaturel de salut! 0 Jésus, Sauveur des hommes, quelle puissance, quelle sagesse et quelle bonté vous faites éclater dans les instruments que vous leur avez préparés, trouvés, inventés pour leur salut et que vous mettez à leur disposition chaque jour, à chaque heure et en chaque besoin de leurs âmes et même de leurs corps ! Car, si l'ordre surnaturel est la vie des âmes, il est aussi comme par reflet la vie du corps. « Yoilà, dit un savant, les » onctions mystérieuses, les divines cènes qui » contiennent une efficacité surhumaine, que les » théologiens appellent les sacrements. »

Toutes ces idées sont de l'Ange de l'école. Ainsi : Vim magnam habent sacramentel. — Sacramenla ope-

MINISTRE DES SACRExMENTS 159

rantur ut instrumenta divinœ misericordiœ justificantis. — Virtus Christi operatur in sacramentis per modum sanationis et eœpiationis. Guérison, expiation, sanctification,, perfection, déification , telle est la vertu des sacrements sur l'humanité.

Un théologien érudit a dit : « Les sacrements sont pour la sanctification de nos âmes, car, quoique Jésus-Christ nous ait mérité à tous par sa mort les grâces nécessaires pour le salut, les sacrements sont des instruments par lesquels ses mérites nous sont appliqués, et auxquels il a attaché la communication de ses grâces. »

Et bien d'autres théologiens ont appelé les sacrements des instruments de salut.

Le sacrement est non-seulement une force surnaturelle, un instrument surnaturel, mais il est encore un signe surnaturel. Sacramentum est in génère signi, dit encore saint Thomas, quia est rei sacrœ signum. — Sacramentum proprié non est signum cujuslibet rei sacra?; sed tanthm rei sacrœ sanctificantis homines. Remarquons que celte chose sacrée est faite pour sanctifier les hommes. Sacramentum est signum Passionis Christi, gratiœ et gloriœ. C'est donc un souvenir du passé, une démonstration du présent et un pronostic de l'avenir. Non-seulement le sacrement nous sanctifie, mais il nous assimile à Dieu en rapprochant et

unissant les temps : la Passion du Sauveur pour le passé, la grâce pour le présent, la gloire pour l'avenir; voilà les trois auréoles du saint qui aura fréquenté les sacrements; le Calvaire, la terre et le ciel sont les trois théâtres de son éternelle apothéose.

Les sacrements sont certains signes sensibles qui, produisant la grâce, la marquent, la signifient et la rendent en quelque sorte sensible à nos yeux. Le sacrement, pris en ce sens, dit le Catéchisme du concile de Trente, est une chose sensible qui, par l'institution de Dieu, a la vertu de signifier et de produire la sainteté et la justice. Invisibilis gratiœ visibilis forma, dit saint Augustin.

C'est d'abord une chose sensible, parce que, comme dit saint Thomas, il était convenable à la Providence divine, qui instruit les hommes conformément à leur nature, de nous faire connaître les choses spirituelles et divines par des signes corporels et sensibles. Car, comme a très-bien remarqué saint Chrysostome, si l'homme eût été dégagé de la masse du corps, Dieu ne lui eût présenté que des biens purement spirituels, et qui eussent été entièrement dégagés de voiles et de signes corporels ; mais, parce que l'âme est unie au corps, il a été nécessaire qu'elle eût recours

aux choses sensibles et corporelles,, pour concevoir celles qui sont spirituelles.

Nous comprenons les autres termes de la définition. Institution de Dieu : Jésus- Christ a fait les sacrements. A la vertu de signifier par le bon plaisir et l'ordre de Dieu, conformément à l'instrument très-naturel qu'il a choisi, pour produire la sainteté et la justice. On connaît par là que les sacrements de la loi nouvelle sont des signes efficaces, que Dieu n'a pas seulement institués pour signifier, mais aussi pour produire et opérer ce qu'ils signifient. Le lavement du corps, par exemple, qui se fait extérieurement dans le baptême, est une chose sensible, parce qu'elle tombe sous les sens et qu'on la voit. Elle a la vertu de signifier, parce qu'outre ce qu'elle représente à nos yeux, qui est le lavement du corps, elle nous marque et représente l'ablution intérieure du cœur, comme le dit saint Augustin, par V institution de Dieu, parce que c'est par la volonté de Dieu que l'ablution du corps signifie le lavement de l'âme... Et de produire la sainteté et la justice ; parce que dans le sacrement l'âme est lavée et sanctifiée par la grâce, en même temps que le corps est lavé par l'eau.

Maintenant il faut dire brièvement et clairement pourquoi Dieu nous communique sa grâce, qui est

intérieure et spirituelle, sous des signes extérieurs et corporels.

C'est afin l°de s'accommoder à notre nature, rien n'étant plus convenable à l'homme composé de corps et d'âme, dit le concile de Florence, que de s'élever aux choses spirituelles par le moyen des corporelles ; 2° de l'humilier en l'assujettissant à des choses sensibles et de peu d'apparence, et y attachant sa sanctification ; 3° de le punir par où il avait péché, lorsqu'il préféra le corporel au spirituel ; 4° de lui rendre la grâce par où le démon la lui avait ôtée ; 5° de le préserver et de l'empêcher de recourir, selon son inclination, à d'autres remèdes extérieurs, qui seraient nuisibles et superstitieux, n'en trouvant point de salutaires ; 6° de donner un objet sensible à l'exercice de sa piété ; 7° de condescendre à la faiblesse de l'esprit humain qui n'a confiance aux biens invisibles et spirituels qu'on lui promet que quand on lui en donne des gages ou arrhes sensibles ; 8° de lui donner moyen de faire que la réception des sacrements soit une profession publique et solennelle de sa foi et de sa religion; 9° le corps et l'âme étaient blessés et souillés par le péché, ils avaient donc tous deux besoin d'être bénis, consacrés, sanctifiés, perfectionnés, relevés et guéris ; 10° enfin les sacrements augmentent notre charité pour le prochain, lors-

que nous pensons que c'est par la communication des saints mystères que nous sommes unis ensemble par des liens si étroits et que nous sommes faits membres d'un même corps.

Voilà les dix raisons principales de l'institution des sacrements sous la forme de signes sensibles et de rites extérieurs.

Pourquoi sept sacrements, ni plus ni moins?

Parce qu'ils suffisent pour pourvoir à tous nos besoins spirituels et que, si seulement un manquait la vie spirituelle serait incomplète par défaut de ressource.

Sept choses sont naturellement nécessaires à l'homme, afin qu'il puisse vivre, conserver sa vie, et l'employer utilement pour son bien particulier et celui du public. 1° Il faut qu'il naisse; 2° après être né, il a besoin de croître ; 3° quand il a acquis un certain degré de croissance, il a besoin de nourriture solide pour se soutenir et pour entretenir la vie naturelle; 4° s'il tombe dans quelque maladie, il a besoin de remèdes pour se guérir; 5° après sa guérison il a besoin d'autres secours pour détruire ce qui lui reste d'infirmité et pour se rétablir dans une santé parfaite; 6° il a besoin de princes et de magistrats pour le gouvernement; 7° enfin,- la société a besoin qu'il naisse de nouveaux hommes pour la perpétuer.

Or toutes ces choses se rencontrent dans la vie que l'âme reçoit de Dieu par la grâce qui lui est communiquée dans les sacrements.

Car par le Baptême, qui est le premier et comme la porte par laquelle on est admis aux autres sacrements, nous renaissons en Jésus-Christ. Par la Confirmation nous croissons et nous nous fortifions dans la grâce que nous avons reçue dans le Baptême. Notre âme est nourrie et soutenue par V Eucharistie comme par une viande spirituelle. Par la Pénitence nous recouvrons la santé que nous avions perdue par les plaies que le péché avait faites à nos âmes. V Extrême-Onction efface le reste de nos péchés, et répare les forces défaillantes de notre âme. Par le sacrement de f Ordre, les ministres de l'Eglise reçoivent le pouvoir d'administrer publiquement les sacrements au peuple et d'exercer toutes les autres fonctions sacrées de leur ministère. Enfin le sacrement de Mariage a été institué, afin que par l'union sainte et légitime des époux il pût naître des enfants qui, en conservant la race des hommes, servissent à la gloire de Dieu après avoir été élevés chrétiennement.

Voyons donc et admirons comment Dieu a pourvu à tous les besoins de la nature humaine déchue et les belles harmonies qu'il a gardées

entre les secours qu'il lui a départis et les besoins qu'elle ressent. Il faut adorer ici la sagesse infinie de l'auteur des sacrements.

Pour compléter cet enseignement, je ne résiste pas au désir d'exposer la doctrine des sacrements par le -plus savant des protestants qui aient existé, Leibnitz, dans son Système de théologie. C'est assurément le langage d'un catholique; je n'en changerai pas un mot (1).

« Il faut, dit ce philosophe illustre, s'occuper des sacrements comme d'une partie spéciale et distincte du culte et des rites sacrés institués par le Christ, avec la promesse de la grâce...

» Sous le nom de sacrements, nous entendons quelques institutions spéciales, et, quoiqu'il ne faille pas beaucoup disputer des noms, cependant puisque la dénomination de sacrements a été reçue dans l'Eglise, on doit la considérer, non pas selon le caprice des particuliers, mais d'après l'usage général. On appelle donc aujourd'hui dans l'Eglise sacrement un rite auquel Dieu a ajouté une promesse particulière de la grâce. Quelques-uns veulent de plus que ce rite existe expressément ou soit suffisamment exprimé dans l'Ecriture Sainte; mais il est constant que l'on peut et que l'on doit suppléer par la tradition de la parole de

E (1) Art. xvn, page 201, édit. de Paris, 1819.

Dieu ce qui n'est pas écrit : ils veulent encore qu'il y ait un élément corporel et visible ; mais cela ne paraît pas nécessaire. Quelques-uns restreignent la grâce à la justification et à la rémission des péchés, et ne suivent en cela que leurs idées particulières.

» Les rites sacrés, tels que nous les avons définis, sont au nombre de sept : le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage.

» Dans le Baptême, le rit est l'ablution par l'eau au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; la grâce est la purification de l'âme, le don de la foi et de la pénitence, et par conséquent la rémission des péchés et la régénération,

» Dans la Confirmation, le rit est l'onction : l'effet de la grâce est indiqué par le mot même de confirmation.

» Dans l'Eucharistie, le rit consiste dans les symboles employés selon le mode qui a été prescrit : la grâce est la nutrition de l'âme ou l'augmentation de la charité.

» Dans la Pénitence, le rit est la confession et l'absolution ; la grâce est la rémission des péchés.

» Dans l'Onction des infirmes, le rit est indiqué par sa dénomination ; la grâce consiste à soutenir les forces durant la maladie, et surtout à

fortifier l'âme contre les tentations lorsque la vie est en danger.

* Dans l'Ordre, le rit est l'imposition des mains, et de plus tout ce qui appartient à l'administration de ce sacrement ; la grâce est le pouvoir spirituel conféré à celui qui est ordonné de célébrer le sacrifice perpétuel, de remettre ou de retenir les péchés.

» Dans le Mariage, enfin, le rit est la déclaration légitime du consentement ; la grâce est la bénédiction divine, à laquelle se joint le lien du mariage, comme effet spirituel...

» Parmi les sacrements, quelques-uns sont nécessaires au salut, tellement que sans eux, et sans le vœu exprès ou virtuel de les recevoir, personne ne peut être sauvé ; car celui qui les méprise commet, par cela même, un péché mortel...

» Le ministre du sacrement est tantôt l'évêque, comme dans les sacrements de l'Ordre et de la Confirmation ; tantôt le prêtre, comme dans le sacrement de l'Eucharistie, de la Pénitence et de l'Extrême-Onction ; tantôt tout fidèle, comme dans le sacrement du Baptême et du Mariage ; et il faut admettre qu'ils sont établis de droit divin ministres ordinaires; tellement que sans eux l'acte est nul.

» Je ne parle pas ici, dit-il ensuite, de la nécessité et des dispenses de l'Eglise. »

Et il continue ainsi sur l'intention, le caractère, etc. avec la précision d'un théologien catholique. Quel hommage rendu à l'Eglise catholique contre le protestantisme par un aussi grand, un aussi beau et un aussi savant génie !

Yoilà quelques idées sur l'excellence et la valeur des sacrements. Si les prêtres les suçaient aux sources vraies et pures qui sont l'Ecriture, les Pères et les Conciles et qu'ils les expliquassent aux fidèles, ils les instruiraient et les édifieraient. Malheur aux prêtres qui font de leur temps un tout autre emploi ! Ou ils ne parlent jamais des sacrements sous ce côté si beau et si saisissant, ou ils en parlent froidement, faiblement et inutilement.

Froidement. Est-il possible ? Serait-ce qu'ils ne seraient pas pénétrés de ce qu'ils avancent, et que, trop familiarisés avec ces grands dons de Dieu, ils les traiteraient à la légère? Ah ! qu'ils se rappellent que le sacrement est l'ouvrage de Jésus- Christ, qu'ils en sont les ministres et qu'ils mettent leur main à côté de celle de Jésus-Christ pour les administrer. Alors ils s'échaufferont de nobles ardeurs et ils sauront parler des sacrements avec zèle.

Faiblement. N'entamant pas la matière, si j'ose ainsi parler, ou parce qu'ils ne l'étudient pas assez, ou parce qu'ils sont superficiels. La matière concernant les sacrements n'est point de bon sens et à se deviner : c'est du positif que vous ne saurez que l'ayant appris. Il faut donc étudier et étudier beaucoup. Ou ils sont superficiels : rien que deux mots et jamais d'exposition de raisons ni de motifs. Pourquoi faut-il se confesser souvent ? Pourquoi faut-il communier souvent ? Pourquoi faut-il bien se préparer au mariage ? à la confirmation ? à la communion ? Parlons donc et parlons bien, et saisissons nos chers auditeurs des motifs et puis des émotions sur l'ineffable bonté et miséricorde de Jésus.

Inutilement. Lorsque le pasteur ne dit que deux mots froids, secs et quelquefois peu pesés ; lorsqu'il n'est pas fort et savant dans la partie; ah ! c'est inutile, on le comprend et c'est un malheur. Hélas I ne serions-nous pas forcés de trouver Là déjà une des causes de l'effroyable abandon des sacrements autour de nous ? Oui, ce peut être-là une cause, mais il y en a bien d'autres. Le dixneuvième siècle, avec son indifférentisme, son égoïsme son esprit révolutionnaire et ses vices éloigne des sacrements et des autres pratiques religieuses. Je crois que, sans être ni alarmiste ni

pessimiste, l'on pourrait dire avec le grand Paul : Videte fratres, quomodo cautè ambulelis : non quasi insipientes, sed ut sapientes; redimentes tempus, quoniam dies mali sunt... intelligentes quœ sit voluntas Dei (1).

Ne nous décourageons pas à la vue des maux qui inondent le monde, de l'ingratitude des hommes qui chassent Jésus-Christ et refusent les secours du salut ; mais instruisons-nous et travaillons. A tant de pauvres âmes qui gémissent encore de manquer de force, d'ignorer même dans quels gras pâturages elles peuvent en trouver, si nous ne savons que répondre, mérilons-nous le nom de pasteur? Comme si le chrétien pouvait se former et se soutenir ailleurs que dans les choses de Dieu, de même que le mondain se forme et se développe fatalement dans les choses de ce monde.

Article IL — Le ministre des sacrements doit les administrer avec zèle et y disposer les fidèles. .

Mais cette science des sacrements, à mesure que nous la vivifions de plus en plus, nous devons aussitôt, dans toutes les occasions favorables, la mettre au service de notre zèle, pour disposer les peuples à les recevoir dignement. Nos études ne

(1) Ephés.,v, 15, 17.

doivent pas être des spéculations de vaine curiosité. Elles doivent avoir pour but et pour effet d'assurer le succès de notre ministère. Les prêtres qui étudient toute autre chose que les objets sérieux et divins de leur ministère ne sont point en sûreté de conscience, car ils manquent d'abord à leur devoir qui est d'étudier la religion et ce qui y a rapport. Ensuite ils se mettent dans le cas, malgré tous leurs talents naturels, d'oublier la science des sacrements, si jamais ils l'ont possédée, et, par suite, de les administrer mal à des chrétiens qu'ils n'y ont nullement ou trèsimparfailement préparés. Il faut que tous les jours sans manquer nous étudiions quelque chose de notre état : la Bible, les Pères, la théologie ou l'ascétisme sur les sacrements, la prière, les vertus et les vices... préparant nos instructions, toujours et sous tousles rapports, tellement qu'il n'y a pas un prêtre, mais à plus forte raison un pasteur qui puisse se vanter de n'avoir rien à faire. Posui vos, dit Notre-Seigneur, ut eatis, et fructum afferatis ; et fructus vester marnât (1). L'apôtre saint Paul veut que les fidèles comme les prêtres fructifient pour le Seigneur, mais par quel moyen ? Per corpus Christi. Voilà l'instrument de fructification. Tels sont les fruits solides que nous

(1) Jean, xv, 16.

sommes obligés de produire. Or les fruits provenant des sacrements sont indiqués par Notre-Seigneur quand il dit : Baptisez, guérissez les malades, purifiez les lépreux... chassez les démons. Mais Dieu veut que les âmes se préparent à y participer :

1° Par une foi vive : Qui crediderit, et baptizatus fuerit, salvus erit (i). La foi ! mais c'est la confiance en Dieu : comment ne serait-elle donc pas infiniment nécessaire pour les sacrements ? Fides, et c'est saint Augustin qui parle, fîdes est primum prœceptum et initium religionis... Initium salutis».. Initium corrigendi cor,,. Initium vitœ bonœ... Principium melioris vitœ , et in ferions renovationis... Initium est hominis christiania mysterium pro Christo, finis optimus, fîdes sine quâ nulla sacramentel.

Et saint Chrysostome : Fides lumen est animœ , ostium vitœ, fundamentum salutis, celsitudo hominis, deificatio cor dis humani.

2° Par le sentiment de leurs besoins qui les porte à vouloir accepter les dons de Dieu, et à les solliciter avec ardeur par la prière., afin qu'elles puissent les recevoir avec plus de fruit et une plus vive reconnaissance. Mais il s'agit de les amener là. Eloignes des sacrements, ils ressemblent à

(1) Marc, xvi, 16.

des hommes mourant de soif qui murmurent contre la Providence, sans daigner seulement faire un pas pour recourir à plusieurs sources d'eau vive placées sur leur route afin de les désaltérer ; ou bien à d'autres hommes pâles et exténués de faim et qui, près de périr d'inanition, ne voudraient pas même se donner la peine d'entrer dans la maison qui leur offrirait un asile ni s'asseoir à la table d'un hôte généreux. Ils sont tout brûlants de soif, consumés de faim, gémissant peut-être encore sur eurs maux sans recourir à la source vivifiante des sacrements qui coule sur leurs pas, qui rejaillit jusqu'aux cieux et qui désaltère pour toujours ceux qui en boivent, sans approcher de la table de Jésus-Christ, ouverte à tous ceux qui ont faim de sa justice et dont la nourriture rassasie l'âme pour l'éternité. Voilà le sujet des labeurs, des soucis, des réflexions d'un zèle industrieux.

3° Par une grande pureté intérieure pour la Confirmation, l'Eucharistie, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage : ou par une vive détestation du péché quand il s'agit de la Pénitence : Remittuntur ei peccata milita, quoniam dilexit multum (1).

« Pureté d'intention, dit saint François de Sales, chose absolument nécessaire, non-seule-

(1) Luc, vu, 47.

ment en la réception des sacrements, mais encore en tout ce que nous faisons. Or l'intention est pure, lorsque nous recevons les sacrements, ou faisons autre chose, dans la vue uniquement de nous unir à Dieu et de lui être plus agréable, d'en tirer de la force pour nos besoins, de la lumière dans nos ténèbres.

» L'humilité est encore une vertu fort nécessaire pour recevoir abondamment les grâces qui découlent par les canaux des sacrements, parce que les eaux coulent plus vite et plus fortement quand les canaux sont inclinés, donnent de la penie et tendent en bas.

» Notre cœur est un vase : il faut le vider de toute chose afin que Notre-Seigneur le remplisse tout lui-même (1). »

Il faut ensuite inspirer la contrition aux pécheurs et les amener au sacrement de Pénitence.

Les sacrements sont institués pour notre sanctification : or il en est qui les fréquentent et qui peut-être ne se sanctifient guère. Ce sont des sources d'eau vive : l'on s'y lave et l'on reste souillé. Ce sont des trésors : l'on y puise et l'on est toujours pauvre. Ce sont des remèdes : l'on en use et l'on reste toujours malade : ah ! c'est que l'on est mal disposé.

(i) Vraie et Solide Piété, page 438 et suivantes.

Prêtres et pasteurs ! il faut donc que par vos instructions, vos exhortations et vos prières, vous établissiez dans les dispositions nécessaires, au plus haut degré possible, car la mesure de leur grâce en dépend en partie, ces pauvres âmes qui, étant souvent si aveugles, si faibles et si grossières, n'ont que ce que vous leur donnez par vos soins.

Article III. — Le ministre des sacrements doit les bien confectionner, les administrer selon les rites, d'une manière fructueuse pour lui et profitable à l'Eglise.

Cependantla tâche du prêtre ne s'arrête pas encore là, s'il veut être le dispensateur fidèle et prudent dont parle le divin Maître : Fidelis servus, et prudens, quem constitua dominus suus super familiam suam, ut det illis cibum intempore (1). « Il faut, dit leCatéchismedu concile de Trente qu'il fasse observer deux choses aux fidèles : 1° leur faire comprendre combien les dons célestes et divins méritent d'honneur, de respect et de révérence ; 2° les avertir que, puisque Dieu a établi les sacrements pour le salut de tout le monde, ils en doivent user avec beaucoup de piété et de religion, et avoir un désir si ardent de la perfection chrétienne qu'ils communiquent, que s'il arrive qu'ils

(J) Matth.,xxiv, 45.

soient privés de l'usage si salutaire des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, ils regardent cette privation comme une très-grande perte et un très-grand dommage pour eux. » Ah ! voilà bien ce qu'il faudrait inculquer à nos fidèles d'aujourd'hui.

Pour le prêtre, il faut qu'il se tienne à la hauteur de son ministère, sachant toujours bien confectionner et produire les sacrements ainsi que tous les accessoires, n'oubliant rien, ne négligeant rien, ne tronquant rien. Et pour cela, dit saint Denis : Jam vero divina sanctœ regenerationis contemplemur signa (1). Et en parlant surtout du Baptême : Quod animales habitus nostros ad alia suscipienda sacrata eloquia et opéra et sacramenta commodissime format, quod nobis ut ad cœlestia prœmia subvehamur, viam sternit, et sacratissimœ ac penitùs divinœ regenerationis nostrœ traditio. Il faut donc par ces sublimes considérations et le zèle de sa propre sainteté qu'il se tienne dans une pureté de cœur attentive, afin d'être toujours prêt à remplir ses augustes fonctions sans sacrilège; il faut donc toujours être en état de grâce. Qu'il ne prive pas le sacrement de ceux de ses effets qui dépendent des dispositions soit du ministre, soit du sujet. Du sujet, c'est bien, s'il a dépendu de lui

[]) De Hier. Ecoles., Cap., 1, page. 47, verso.

de le préparer. Mais du ministre, c'est rare et difficile : rare, il n'y aurait qu'un défaut total d'intention ; difficile, il faudrait être dépourvu de raison. Les effets du sacrement ne dépendent point du ministre, et j'ai résumé les sentiments de tous les théologiens dans un seul : Sacramentel operantur non ex dispositione ministri, non ex sua fide^ probitate, sanctitate; sed virtute divinâ, secundum institutionem et meritwn Chrisli. Notre-Seigneur, dans sa sagesse infinie, ne pouvait faire dépendre les effets des sacrements des dispositions d'un homme qui peut être un impie comme il peut être un saint.

Aussi remarquons ici les oracles d'Augustin : Omnia sacramenta obsunt indigne tractantibus ; prosunt tamen per eos digne sumentibus, sicut et verbum Dei. Et ailleurs : Neque in homine bono aliquis Dei sacramenta fugiaty neque in homine malo.

Son attention soit dans la confession, soit dans l'administration doit être grande. Qu'il se rappelle qu'il est ministre de Jésus-Christ qui est instituteur des sacrements ; que dans l'administration le Saint-Esprit se rend présent et pénètre le fond du cœur par sa vertu toute-puissante et efficace : que les sacrements sont les remèdes infaillibles pour les maladies de nos âmes... Qu'il agisse lentement en prononçant aussi lentement les mots,

prenant tout le temps d'eu savourer le sens, d'appliquer son plaisir à ce qu'il fait... ce qui suppose une attention bien positive.

Que ses intentions intimes soient saintes, agréables à Dieu et méritoires.

Qu'il observe parfaitement toutes les cérémonies de l'Eglise qu'il faut apprendre, savoir, répéter souvent. Oh ! qu'il est édifiant de voir un prêtre qui administre gravement , sérieusement, dignement les sacrements !

. 11 faut que le pasteur reste à la disposition de ses ouailles et que l'on soit sûr de le trouver habituellement. Si cela n'était pas, ce seraient des murmures à juste droit, des frustrations regrettables ou quelquefois irréparables et toujours un malheur.

Enfin nous devons aux peuples toute édification et en tout.

Je crois vous édifier en mettant sous vos yeux la manière dont une illustre servante du Seigneur se disposait aux sacrements, et ce sera la fin.

« Tous les jours, disait-elle à son directeur, je fais une prière à Dieu par laquelle je lui demande la grâce de ne jamais faire de mauvaises confessions et de ne faire jamais que de bonnes communions; d'avoir le bonheur de recevoir le saint Viatique et l'Extrême-Onction, et d'être parfaite-

ment disposée quand on m'administrera les derniers sacrements, si c'est son bon plaisir que je les reçoive.

» Pour ne point manquer d'avoir la contrition lorsque je me confesse, mon intention ordinairement est de faire, par rapport à la prochaine confession, tous les actes de contrition que je fais dans mes prières du matin et du soir, et dans le cours de la journée. La veille de ma confession, je m'excite à la douleur, non-seulement des fautes commises depuis ma dernière confession, mais encore des plus grands péchés de ma vie; et, à la fin de toutes mes confessions, je m'accuse d'un ou de deux de ces péchés. Je ne manque pas à dire, tous les jours, un Pater et un Ave Maria pour mon confesseur, afin que le Seigneur lui inspire de me donner les avis qui me seront les plus salutaires, et que la morale qu'il me fera touche mon cœur.

» Pour me préparer à mes communions, je fais plusieurs fois par jour la communion spirituelle, et, dès que je m'éveille, le jour où je dois communier, je pense au bonheur que j'aurai bientôt : je suis invitée à me présenter aujourd'hui à la table du Roi des rois. Pour conserver le recueillement dans la matinée du jour où j'ai communié, je fais cette réflexion : une liqueur spiritueuse

perd bientôt sa force, si l'on ne tient pas fermé le flacon qui la renferme. C'est en action de grâces de la communion, que je tâche de faire toutes les actions de la journée. Et je me tiens spirituellement collée à mon Jésus et j'en fais toutes mes délices.

» Je fais la dernière communion de chaque mois en Viatique, pensant que ce sera peut-être la dernière communion de ma vie.

» Le dernier jour de la semaine, étant au lit, je me donne l'Extrême-Onction spirituelle. C'est à ce dessein que je fais le signe de la croix sur mes yeux, mes oreilles, mes narines, ma bouche, mes mains, mes pieds, en disant : Seigneur, par ce signe de croix et par votre infinie miséricorde, remettez-moi tous les péchés que j'ai commis par la vue, l'ouïe, l'odorat, la bouche. »

Quelqu'un disait en pleurant : « Combien n'y a-t-il pas de malades qui, dans la belle saison, vont aux eaux de Vichy, d'Aix, de Barréges, deBourbonne, de Plombières, de Luxeuil!... Ils font de grandes dépenses pour guérir de quelques infirmités corporelles, et il s'en faut bien qu'ils guérissent tous. Nous avons des sources admirables pour toutes les maladies de l'âme: ce sont les sacrements. Ces sources de grâces guérissent infailliblement tous ceux qui y vont étant bien

disposés. Comment tant de pécheurs négligent-ils d'aller à ces sources y puiser une eau qui est si salutaire ? Ou s'ils y vont, pourquoi si mal ? »

Pro Christo ergo legatione fungimur (1) : pour nous comme pour les fidèles, que les sacrements dont nous sommes ministres soient l'ornement de la vie, la gloire des âges, la richesse de l'âme, la porte du bonheur, l'aliment du ciel, le principe générateur de la force, la bénédiction de l'homme, le sublime emploi du temps, l'arche de l'éternité, l'instrument de la sainteté, le germe fécond des vertus, la source des mérites, le canal d'or des grâces. Amen,

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