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UNE IDÉE DE L'ESPRIT INTÉRIEUR ET SES CARACTÈRES

L'Esprit intérieur est l'esprit d'une âme qui, retirée des objets extérieurs et sensibles, me^ toute son application à se tenir unie à Dieu, et à régler les mouvements de son cœur. C'est l'esprit d'une âme qui, morte à elle-même, à la nature et aux sens, ne vit que de la vie de la grâce, ne s'occupe que des grands objets de la foi. Telle doit être la vie des saints prêtres.

Si quelqu'un demande quel est le moyen le plus court et le plus sûr pour réussir dans l'affaire du salut, je lui répondrai que c'est de s'accoutumer à faire de solides réflexions sur son intérieur, et de se tenir soigneusement recueilli, le plus souvent et le plus longtemps qu'il pourra, parce que c'est dans le fond de l'âme que reluit la lumière de la pure vérité. C'est là qu'on entend les inspirations de l'Esprit-Saint, qu'on sent les mouvements salutaires auxquels il faut obéir avec promptitude; autrement l'on court risque de perdre le moment de la grâce le plus favorable à l'avancement spirituel.

L'homme extérieur est tout hors de lui-même ; il vit sans se connaître, sans connaître l'Esprit de Dieu et ses dons excellents; il est aveugle à la lumière du ciel, sourd à la voix du Seigneur, sans goût pour la vertu, sans sentiment pour le bien; en un mot, il est mort à la vérité et à la grâce ; son corps, dit saint Jérôme, docile aux seules impulsions de la nature, du monde et du démon, n'est que le tombeau d'une âme infectée de la pourriture du péché. Quelle dégradation! Le cœur de l'homme est le trône de Dieu ; l'âme est son plus beau sanctuaire ; le royaume de Dieu est en nous : Regnum Dei intrà vos est (1), si nous voulons nous recueillir en nous-mêmes, et devenir intérieurs. C'est ce qui faisait dire au grand saint Augustin : Je me suis trompé, Seigneur, comme une brebis égarée ; j'ai parcouru les rues et les places de cette grande ville du monde,, et je ne vous ai point trouvé, parce que je m'écartais de plus en plus du lieu de votre demeure. Vous étiez en moi, et je courais bien loin hors de

moi-même.

Ainsi la vie intérieure est tout opposée à la vie extérieure. La vie extérieure est la vie des sens, toute dissipée, toute répandue au dehors, touîe livrée aux inutilités, aux vanités, au néant

(1) Luc, xvn, 21.

qui passe; elle veut tout voir, tout savoir, tout entendre, tout rapporter, être de tout, entrer dans tout : la vie intérieure est toute différente, vie cachée, vie retirée, vie anéantie, heureuse de chercher son Dieu au pied de la croix, plus heureuse de le trouver dans son cœur.

Ecoutez et comprenez ! La vie intérieure n'est autre chose que la vie de Jésus-Christ continuée dans nous. Jésus-Christ en quittant le monde a fini sa vie mortelle ; mais cette vie, en la finissant, il nous l'a transmise pour la continuer et la perpétuer et dans nous et dans les autres. Telle est la divine mission du prêtre. Jésus-Christ doit vivre dans nous et nous dans lui : notre vie ne doit être qu'une extension, une émanation de la sienne. C'est par ce moyen que nous nous unissons à lui, et que nous allons à lui et que, dans dans l'Eglise, nous étendons le nombre des élus.

Excellence et richesse de la vie intérieure méritée par la mort d'un Dieu, teinte du sang d'un Dieu, transmise par ses mains I Beauté de la vie intérieure, elle attire les regards et les complaisances de Dieu même! Sainteté de la vie intérieure : elle renferme ce qu'il y a de plus grand et de plus parfait ! Solidité de la vie intérieure : pourrait-on s'égarer en suivant des voies si sûres et si salutaires ! Sublimité de la vie intérieure :

elle élève une âme au-dessus d'elle-même, elle l'associe aux intelligences célestes, elle la transporte jusqu'au trône de Dieu! Fécondité delà vie intérieure; elle fait germer dans nous les fruits de salut, elle devient la source de toutes les grâces, de toutes les vertus, de tous les mérites.

Hélas ! qu'est-ce que notre vie si l'esprit intérieur ne Tanime et ne la sanctifie ? Sans cet esprit intérieur, nous ne remplirons jamais parfaitement nos devoirs; la plupart de nos actions se feront sans motifs ou par des motifs humains, actions par conséquent sans mérite et sans fruit. Ainsi se passera la vie, et à la mort, grand Dieu !

Sans esprit intérieur, nous ne répondrons pas fidèlement à la grâce. Nous aurons reçu des grâees capables de former de grands saints, et nous sommes si loin de la perfection ordinaire de notre état !

Mais l'esprit intérieur a des bases et des fondements. Le premier fondement de l'esprit intérieur, c'est le recueillement, et le second, c'est le détachement. Ëtes-vous recueilli et détaché, vous êtes intérieur. Saint François de Sales disait que par le recueillement intérieur on se retirait en Dieu, ou l'on attirait Dieu en soi. Mais quand et en quel lieu peut-on y avoir recours ? En tout temps et en tout lieu. 11 n'y a ni repas, ni compagnie, ni

emploi, ni occupation qui puisse l'empêcher, comme aussi il n'empêche ni ne traverse aucune action ; au contraire, c'est un sel qui assaisonne toute sorte de viande, ou plutôt un sucre qui ne gâte aucune sauce ; le cœur recueilli est celui qui s'arrête dans l'intérieur avec Dieu et ne se laisse pas emporter et dissiper au dehors par l'attache aux objets de cette vie. Le cœur ne doit jamais s'éloigner de Dieu, ni sortir de Dieu. Il ne doit se reposer qu'en Dieu, ne se nourrir que de Dieu, le cherchant et le trouvant partout, le goûtant en toutes choses, lui référant les emplois, l'étude, la conversation et généralement tout ce qu'on fait. Autrement l'âme est hors d'elle dans les objets extérieurs. Le recueillement, dit un mystique, est la pensée absorbante de Dieu qui vous fait trouver du goût à tous les événements possibles de la journée. Vous allez rechercher toutes vos pensées éparpillées parci, par-là, et vous les ramenez toutes à un seul objet qui est Dieu; voilà le recueillement. Rien de si grand aux yeux de Dieu que l'âme recueillie : les yeux baissés, l'air modeste, les mouvements doux, l'esprit réfléchi, tout l'extérieur inspire pour elle je ne sais quel respect, et fait sentir qu'il y a quelque chose de grand et de divin qui l'occupe, qui la remplit, qui la pénètre, qui en fait comme le sanctuaire de Dieu qui réside dans elle.

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Le détachement, mais complet, absolu, sans restriction, c'est de ne plus avoir un caractère propre à soi et de ne tenir à rien de ce qui est créé; mais de chercher ingénieusement à mettre en relief tout ce qui contribue à la gloire de Dieu, lors même que Dieu se plairait à détruire le lendemain ce qu'il aurait édifié la veille.

Ces deux bases, que produisent-elles ?

1° Sur l'esprit du prêtre; eh bien ! son unique pensée cherchera à connaître la beauté de Dieu, sa bonté., et, quand il en sera pénétré, il l'apellera mon Père, Alors il puisera dans cette tendresse filiale une force irrésistible pour attirer sur lui les yeux de son Père, et tous les événements auxquels il prendra part formeront un tout agréable à Dieu, comme tout ce que font les enfants plaît généralement à leur père. Par ce moyen, l'esprit intérieur se formera et le mettra à l'abri de cette séduction que le monde exerce sur tout ce qui l'entoure. La société intime avec Dieu l'emportera sur tout le reste, et son esprit sera celui de Dieu.

2° Sur le cœur. L'esprit intérieur, amené dans le cœur du prêtre par le recueillement et le détachement, exclut le sentiment de la famille humaine. On aime ses parents, ses amis, tous les hommes, mais en esprit de foi et en vue de Dieu à qui seul l'on veut plaire... Il exclut le sentiment

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des richesses, des honneurs, des grandeurs mondaines... Par cet esprit intérieur Ton perd toute vue d'ambition personnelle, Ton ne désire rien, l'on ne demande rien, l'on est indifférent à tout... Le prêtre animé de cet esprit perd les acceptions de personnes... il cherche à faire avancer dans les voies de Dieu tous ceux qui lui sont soumis, sans aucune distinction ni de riches et puissants, ni de pauvres et faibles, ni de savants et érudits, ni d'ignorants et ignorés... il a une obéissance filiale pour son évêque et pour tous ses supérieurs sans exception...

3° Sur les sens du prêtre. L'esprit intérieur les règle mais par la mortification : Mortificate ergo membra vestra quœ sunt super terram (1)... il exclut toute participation au renom, au sensualisme, au confortable, tel que l'entend le monde délicat ; — le prêtre intérieur fait un pacte avec ses yeux pour ne pas voir ce qui ne peut être vu... il détruit la curiosité naturelle à l'homme; il sait d'ailleurs l'oracle de Jésus-Christ et il l'a éprouvé dans sa vie : c'est par les yeux qu'entrent les mauvaises pensées, les mauvais désirs, les fornications, les adultères. Il fait faire un pacte avec ses oreilles pour qu'elles n'entendent jamais; il anéantit les sens sous la pression de la grâce et

(1) Coloss., m, 5.

de la vie du nouvel homme ; voilà ce que produit l'esprit intérieur sur les sens du prêtre qui le possède.

4° Qu'opère le recueillement sur la manière d'agir, les mœurs et tout l'ensemble de la vie sacerdotale ?

Le recueillement adoucit, humanise, perfectionne la manière d'agir du prêtre avec qui il traite ; le recueillement inspire le zèle, réforme le caractère, purifie les mœurs et enfin il consacre à Dieu et sanctifie la vie sacerdotale... Zèle. Ohm liber essem ex omnibus , omnium me servum feci, ut plures lucrifacerem... F 'actus sum infirmis infirmus, ut infirmos lucrifacerem. Omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos (1) . Omnium me servum feci : voilà le prêtre, c'est un esclave, c'est l'esclave de tous et de tout : Omîiium. De tous : du maire, tle l'instituteur, des religieuses, des paroissiens riche , pauvres; bien portants, malades, savants, ignorants; bons, mauvais : Omnium. Esclave de tout: de l'église, de la cure, de la sacristie, des ornements, des vases sacrés, des cloches... Omnium. Et surtout maintenant quelle est la vérité des deux mots du grand Apôtre : Omnium servum ! Le curé est un esclave. — Infirmis infirmas ; — escla\e des malades pour les gagner, etdesma-

(1) I Cor., îx, 19-22.

lades spirituels surtout ; esclave de ce jeune homme scandaleux, de cet homme dévoyé par ses passions, etc.. Omnibus omnia factus... Tout à tous, voilà le mot et le caractère du prêtre aujourd'hui ; il adoucit, humanise, purifie, sanctifie ; c'est ainsi que le recueillement forme l'esprit intérieur qui dirige le prêtre... le Saint-Esprit se substitue à lui et agit pour lui. Alors quelle direction ! Dieu y met la main.

Ce recueillement intérieur, dit un Maître de la vie spirituelle (1), est le fondement de tout l'édifice spirituel des âmes ; de sorte que sans cela il est impossible d'avancer dans la perfection ; et l'on peut dire que toutes les grâces qu'une âme qui n'est point établie sur ce fond reçoit de Dieu ne sont que comme des caractères formés sur l'eau, ou des figures imprimées sur le sable, La raison est que, pour s'avancer dans la perfection, il faut nécessairement s'unir de plus en plus à Dieu; or, sans le recueillement intérieur, on ne peut s'unir à Dieu, qui ne fait son séjour que dans la paix de l'esprit et dans la retraite d'une âme qui n'est point sujelte au libertinage des sens ni troublée par l'embarras des occupations extérieures... Tous les plus grands saints ont été fort intérieurs, et saint Grégoire remarque que Dieu

(1) Rigoleu, de la Garde du cœur, y, p, 234.

ne permet guère aux âmes qu'il chérit de s'appliquer aux choses extérieures. C'est ainsi que dans les familles considérables on emploie les valets aux services du dehors, et, pour ce qui est des enfants, on les retient à la maison.

Ce que suppose l'esprit intérieur.

L'esprit intérieur est le géant instrumental de la sainteté; sans lui l'on ne peut devenir saint, avec lui l'on devient grand saint, et j'ose dire dans peu de temps, parce que l'on marche appuyé sur un géant : Eocultavit ut gigas ad currendam viam (1), il sort des hauteurs des cieux : A summo cœlo egressio ejus. il vient vous perfectionner, vous purifier, vous rendre digne de Dieu et ensuite vous reconduire au ciel : Et occursus ejus usque ad summum ejus (3) ; à tous, autant que vous êtes, il rendra cet immense service et vous ne pourrez vous soustraire à ses chaleureuses influences : Nec est qui se abscondat à calore ejus (3).

Mais il suppose trois choses qui le précèdent, et trois autres ou qui le précèdent ou qu'il fait suivre avec grande perfection.

Les trois qui le précèdent sont une conscience timorée, l'amour du christianisme en général et l'amour et la pratique des vertus de précepte. Vous

(1) Ps. xvni, 6. - (2) Ibid., 7. - (3) Ibid.

sentez que, sans une conscience éclairée et timorée, droite et craignant le mal, il est impossible d'arriver à l'esprit intérieur. Ainsi le prêtre qui ne craint pas d'offenser son Dieu, qui l'offense chaque jour par ses fautes ou ses crimes, qui est habituellement en péché mortel, doit renoncer à l'esprit intérieur qui est le fondement delà perfection. 11 suppose l'amour du christianisme. Car l'amour du christianisme, de ses maximes, de ses règles, de ses pratiques commence l'esprit intérieur qui n'est donné par Dieu que pour les faire goûter, aimer et exercer avec zèle, avec courage, avec empressement. Le prêtre donc qui n'aime ni la réflexion, ni la mortification, ni les lois de la religion et peut-être de l'Église, ne peut non plus arriver à l'esprit intérieur. Il suppose enfin l'amour, la pratique des vertus de précepte, soit les vertus morales, soit les vertus chrétiennes. Ainsi la justice, la tempérance, la prudence, l'humilité, la douceur, la patience, l'obéissance, la pureté, l'amour des souffrances qui sont des échelons pour monter à Tesprit intérieur. Voyez, vénérés Confrères, où vous en êtes à cet égard et examinez-le sérieusement devant Dieu.

Les trois dispositions excellentes et nécessaires ou qui le devancent encore ou qu'il fait suivre immédiatement sont la fidélité à la grâce et aux

lumières de l'Esprit-Saint, la présence de Dieu et la pureté d'intention.

La fidélité à la grâce chez le prêtre doit être prompte, généreuse, constante. Ce n'est que par là que nous pouvons correspondre aux. desseins de Dieu quand il nous accorde ses dons ; notre principale attention dans la vie intérieure doit être cette fidélité, cette ardeur à connaître les voies et les mouvements de l'esprit de Dieu dans notre âme, et de nous y rendre dociles, parce que notre perfection en dépend,

C'est surtout dans le soin et l'attention que nous aurons à nous tenir dans la présence de Dieu, que consiste non-seulement le fondement, mais encore la perfection de la vie intérieure : Ambula coràm me, et esto perfectus (1). Un Dieu toujours présent à nos esprits, que n'opérera-t-il pas dans nos cœurs ? Une âme intérieure a toujours Dieu présent, et toujours elle-même est présente à Dieu ; elle le porte partout, elle le voit, elle le trouve dans tout, tout le lui rappelle. Tantôt elle le considère comme remplissant ce vaste univers de l'immensité de son être, et elle adore son ineffable grandeur. Tantôt elle le voit élevé sur le trône éclatant de sa gloire, et, pénétrée de respect, elle se tient anéantie devant lui. Tantôt elle se le re-

(1) Genèse, xvn, 1.

présente comme résidant dans elle-même et y établissant son empire, y répandant ses grâces, y dominant toutes les passions. Mais bien plus souvent elle le voit et le sent l'invitant, la pressant tout doucement, la caressant, l'aidant à marcher comme une mère aide son enfant et lui prodiguant tous les témoignages de sa bonté. Ah ! comme elle est engagée ! comme elle aime ! et comme elle court! Déjà se forme l'union avec Dieu par l'esprit intérieur.

La pureté d'intention. Deux sublimes objets doivent uniquement nous occuper en ce monde : la gloire de Dieu et le salut. Ce n'est que pour cela que nous devons vivre et respirer sur la terre ; c'est là que doivent tendre toutes nos vues, tous nos projets et toutes nos actions. Or, sans la pureté d'intention nos actions ne procureront jamais aucune gloire à Dieu, et elles seront toujours sans aucun mérite pour nous. Vous, prêtres de Jésus-Christ, voulez- vous agir pour le monde, pour les hommes, pour les créatures ? Quel abaissement de vos vues et de vos systèmes! Agissezvous simplement par habitude? Corps sans âme. Par vanité ou par orgueil ? Conduite des anges rebelles. Par respect humain et complaisance mondaine ? Poison qui infecte tout de son venin. Par amour-propre ? Ver rongeur. Par intérêt, par

politique? Déshonneur de votre âme. Par hypocrisie ? Voile infâme qui couvre des horreurs. Créé à l'image de Dieu, rendez-vous semblable à lui, et n'ayez en vue que sa gloire. Formé à Técole de Jésus-Christ, prenez ses sentiments et ne travaillez qu'à procurer la gloire de son Père céleste. Destiné pour le ciel, portez-y vos vues et votre cœur; la récompense y est préparée à la sainteté de vos actions et la couronne de gloire à la pureté de vos intentions.

Le premier pas qu'il faut faire dans la vie intérieure, c'est donc de connaître nos défauts et de les corriger. Voyons ce qu'il y a en nous de bon ou de mauvais, d'indifférent et de neutre; toutefois il y a un fond de misère, de malice que nous ne voyons pas : Sondons-nous une bonne fois. Nous n'aimons pas Dieu, puisque nous sommes pleins de l'amour de nous-mêmes, nous recherchant en tout, nous satisfaisant en tout, ne voulant nous faire aucune violence. Nous n'aimons pas nos frères, nos paroissiens, puisque nous nourrissons des envies, des jalousies, des antipathies, des aversions et tant d'autres sentiments qui altèrent la charité fraternelle. Nous ne sommes pas intérieurs, puisque nous nous livrons à la dissipation, aux distractions, aux curiosités, aux vanités. Nous ne nous renonçons en rien, nous

voulons toutes nos aises, toutes nos commodités : nous ne voulons ni être repris, ni désapprouvés, ni contristés en rien; nous avons une vaine joie lorsqu'on nous estime et une indigne tristesse lorsqu'on nous blâme ; nous voulons ce que nous voulons et nous le voulons opiniâtrement ; nous croyons toujours avoir raison, et nous donnons tout le tort aux autres ; nous voyons une paille dans l'œil de nos frères et nous ne voyons pas la poutre dans le nôtre : Vides festucam in oculo fratris tui ; et trabem in oculo tuo non vides (i).

Comment vivrons-nous de la vie intérieure, nous, toujours idolâtres de nous-mêmes, nous que la vérité blesse, que la croix accable,, que les résistances irritent, que les souffrances abattent, que les mépris font mourir, que mille attaches captivent; et, quand la grâce nous a poursuivi, nous lui avons dit : Retire-toi, et quand Dieu a voulu s'approcher pour nous parler, nous lui avons crié : Va- t'en ! Dixerunt Deo : Recède à nobis, et scientiam viarum tuarum nolumus (2).

Est-ce là nous tels que nous sommes ? Et qu'ai-je dit dans ce court tableau ? Nous ajouterons ce qu'il faut pour nous bien connaître. Or cette connaissance n'est pas l'ouvrage d'un jour

(1) Matth., vu, 3. - (2) Job, xxi, 14.

ni de plusieurs mois ou de plusieurs années, mais l'ouvrage de toute notre vie. Qui est-ce qui nous aidera dans cette sérieuse investigation de nousmêmes ? L'esprit intérieur. Qui est-ce qui nous montrera nous-mêmes à nous-mêmes ? L'esprit intérieur. Quel est le soleil qui nous éclairera? L'esprit intérieur. Et la réverbération qui nous illuminera et qui nous échauffera, d'où nous viendra-t-elle? De l'esprit intérieur. Voici, vénérés Confrères, tout son secret : Ecce ego facio nova, et nunc orientur, utique cognoscetis ea : ponam in deserto viam, et in invio flumina (I). Je vais faire des nouveautés, elles vont paraître, vous les verrez : Je ferai un beau chemin dans le désert et je ferai couler des fleuves dans une abrupte solitude. Avec l'esprit intérieur tout est nouveau et inconnaissable : Nova et les nouveautés, les perfections, les beautés naissent de suite : Nunc orientur, et tout le monde les connaît. Ce prêtre se retire du monde, et il devient solitaire, et dans sa solitude il crée de très-belles voies et il y fait couler des fleuves de paix, de bonheur, de ravissement, de consommation divine. Voilà les œuvres de l'esprit intérieur et le commencement des prodiges que fera l'homme de Dieu. Cela ne se peut autrement, puisque son esprit reçoit une

(1) Isaïe, xLin, 19.

vive lumière, son cœur la pureté des sentiments, ses sens la ligne du devoir, ses mœurs la délicatesse et la sainteté de l'esprit intérieur. Quelle n'est donc pas son excellence! nous la chantons avec Augustin : Amemus ergb interiora, non verb exteriora... gaudeamus de internis quœ ex voluntate, non de externis quœ fiunt ex necessitate (i).

Je voudrais vous donner les marques du prêtre intérieur. La première est le peu de cas qu'il fait des biens extérieurs : la science, la grandeur, l'autorité, à moins qu'elles ne contribuent au salut, lui paraissent ombre et fumée.

La seconde, c'est de s'occuper beaucoup au dedans de lui-même... à la présence de Dieu... à la vigilance sur les mouvements de son cœur... à combattre quelque vice... à acquérir quelque vertu... à modérer son activité naturelle, comme saint François de Sales.

La troisième, lorsqu'au soin de s'occuper au dedans il ajoute la facilité à s'y retirer et à y résider comme dans une maison où il trouve tous les biens et tous les plaisirs qui lui conviennent... Dieu habite dans son âme comme dans un temple et il jouit de lui au milieu d'un parfait repos. Il laisse faire Dieu et suit ses mouvements. Dieu met dans lui toutes ses richesses pour le captiver ;

(1) Tome IV, col. 1560, E. F.

alors il n'est pas tenté de sortir au dehors. Qui forts est, noster homo corrwnpitur... qui intùs est, renovatur de die in diem (1). La corruption est pour celui qui forts est, et la rénovation et perfection quotidienne est pour celui qui intiis est, qui a l'esprit intérieur, dont

SECOND POINT

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