BONTÉ DE DIEU TOUR LE BON PRÊTRE
Que veulent dire les théologiens quand ils nomment Dieu, tantôt amour et dilection, tantôt aimable et bien-aimé? La première locution désigne la charité dont Dieu est la cause, le principe fécond et le père; par la seconde, il est désigné luimême. Comme amour, il s'incline vers la créature ; en tant qu'aimable, il l'attire à lui, ou bien il se pose en face de lui-même comme objet intime de ses propres aspirations. On le nomme aimable et bien-aimé., parce qu'il est bon et beau ; on le nomme amour et dilection, à cause de la vertu qu'il a d'élever et d'entraîner les êtres vers lui, seule beauté et bonté essentielle, et d'être à lui-même sa manifestation, et un suave écoulement de l'ineffable unité, et une expansion douce, sans impur mélange, spontanée, armée d'une activité propre, préexistant dans la bonté d'où elle déborde sur tous les êtres, pour retourner ensuite à sa source. Ainsi apparaît-il, dit saint Denis, que le saint amour ne reconnaît ni commencement ni fin : c'est comme un cercle éternel dont la bonté est à la fois le plan, le centre, le rayon recteur, et la circonférence. Cercle qui décrit dans une invariable révolution la bonté qui agit sans sortir d'elle-même, et revient au point qu'elle n'a pas quitté : Divinus
amor veluti circulus quidam sempiternus, propter bonum, ex bono, in bono, et ad bonum certâ et nusquàm oberrante glomeratione circuiens, et in eodem ac secundiim idem, etprocedens semper etmanens ac remeans (1).
Ce cercle d'amour dont parle saint Denis, c'est pour le bon prêtre. Ainsi le pense un des plus grands hommes de notre siècle. La divinité est pour nous comme un cercle qui nous contient. Quand nous gravitons vers le centre, nous gravitons vers Dieu infiniment bon ; quand nous courons à la circonférence, nous gravitons aussi vers Dieu et nous allons à lui, mais infiniment juste ; nous ne pouvons absolument nous soustraire à son empire, c'est le terme de tous nos pas et de toutes nos gravitations. Toutes les créatures doivent graviter vers lui, car elles sont dans lui comme dans leur centre sans pouvoir en sortir. Mais c'est surtout l'homme qui doit graviter vers Dieu. C'est pour n'y avoir pas toujours gravité que l'homme s'est égaré et qu'au lieu de garder Dieu comme son centre et de graviter vers lui, il s'est pris lui-même pour centre et sa rotation a été de tourner autour de lui... Delà son égarement et notre malheur primordial.
(l) De Divinis Nominibus chap., îv, page 123, verso, édition de 1569, Paris.
Il y a : aller vers Dieuet aller à Dieu. Aller vers Dieu, au centre comme vers notre Créateur, notre Père, j'ose même dire notre Mère, notre Ami, notre Maître, notre Bienfaiteur, notre Rémunérateur, notre Tout. Aller à Dieu, àla circonférence du cercle, lui tourner le dos, s'éloigner de lui pour courir comme l'Enfant Prodigue, in regionem longinquam (l) pour garder les pourceaux: ut pascerct porcos (2). Abandonner Dieu,, Créateur, Père, ami, bienfaiteur, rémunérateur, fin dernière, tout de l'homme. Aller vers Dieu comme centre : l'on y trouve bonté et miséricorde, bonté pour le juste qui n'a jamais failli, miséricorde pour le juste converti. Aller à Dieu comme circonférence, courir à l'opposé du centre : l'on y trouve justice rigoureuseet sévère; écoutez : Malheur à vous qui m'avez tourné le dos, et qui traînez l'iniquité comme de longues chaînes et le péché comme les traits d'un char (3) ! Voici pour les prêtres : Malheur à vous, qui appelez mal le bien, et bien le mal; qui changez les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres; l'amertume en douceur et la douceur en amertume : Vœ quidicitis malum bonum, et bonum malum : ponentes tenebras lucem , et lucem tenebras : ponentes amarum in dulce et dulce in amarum (4). Selon que le prêtre est cupide ou vicieux, il donne de pareilles décisions, il
(1) Luc, xv, 13. -(2) Ibid., 15. - (3) Isaïe, v, 18. -(4) Ibid., 20.
appelle bien le mai et d'autres fois mal le bien. Le malheureux! il change la lumière en ténèbres, il altère la loi du Seigneur et procure d'immenses amertumes! Combien dames égarées! Combien de familles perdues! Eh bien , la colère du Seigneur va éclater : Ideb iratus est furor Domini... il appesantit sa main sur lui, il frappe, les montagnes s'ébranlent ! les montagnes de crimes : Montes criminum ; répandus comme la boue, les cadavres couvrent les places ; tout est cadavre, quand l'âme est perdue par le mauvais prêtre, mais en cela la colère du Seigneur n'est pas satisfaite, sa main reste encore étendue : Sed adhitc manus ejus extensa{\)\ nous verrons encore ce qu'il fera. Oh! comme il déteste quiconque marche et court à la circonférence !
Dans sa bonté et sa miséricorde, que fera Dieu pour le juste et surtout pour le prêtre fidèle ? Dans sa justice sévère que fera Dieu contre le prévaricateur et surtout contre le prêtre ? que fera Dieu pour celui qui vole vers le centre ? Que fera Dieu contre celui qui tourne le dos et qui court à la circonférence , sans toutefois jamais pouvoir sortir du cercle et se soustraire à la main, à l'empire de Dieu ?
Dieu, c'est la bonté infinie, source de tous les
(1) Isaïe, v, 25.
biens: Bonitas infinita, fons bonorum omnium (1). De lui, disent ces docteurs, descend tout bien des anges et des hommes dans l'ordre de la nature, dans Tordre de la grâce et dans l'ordre de la gloire. In ipso est plenitudo omnis boni conceptibilis à mente creatâ : adeb ut nullum bonum,nullaperfectio, nulla excellentia concipi possit, quœ in ipso in summo gradu, et cum infinito excessu non contineatur. In ipso infinita lux, inflnita potentia, inflnita sapientia, infinita pulchritudo, inflnita suavitas, infinitum gaudium, infinita gloria, infinitœdeliciœ, inflnitœ opes, inflnitœ beatitas, inflnita sanctitas, inflnita justitias, inflnita misericordia. En Dieu est la plénitude de tout bien concevable par l'esprit créé, tellement que nous ne pouvons concevoir aucun bien, aucune perfection, aucune excellence qui ne soit en luiausouve^ rain degré et à l'excès infini. En lui est une lumière infinie, une puissance infinie, une sagesse infinie, une beauté infinie, une suavité infinie, une joie infinie, une gloire infinie, des richesses infinie, des délices infinies, une béatitude infinie, une sainteté infinie, une justice infinie, une miséricorde infinie. Tout bien créé n'est qu'une minime participation et une petite étincelle de ce bien infini : Omne bonum creatum est tenuis quœdam participatio et exigua scintilla illius boni (2).
(1) Saint Denis, saint Thomas, Lessius. —(2) Les mêmes.
Or l'ordre de la nature, c'est le moindre, puisqu'il est composé de biens créés. QueDieudans sa bonté en donne un peu plus ou un peu moins, c'est égal. Quelquefois il retire à ses amis les biens créés ou bien il en donne avec abondance, par ces deux moyens il va également à ses fins. Je puis donc considérer l'homme ou le prêtre enfant de Dieu, ami de Jésus-Christ, montant vers lui au centre du cercle, l'adorant, l'aimant de tout son cœur, le servant avec fidélité et le Seigneur le chargeant de ses biens et de ses bénédictions, inordinenaturœ. Ainsi il lui adonné de l'esprit, un cœur charmant, un corps magnifiquement orné de ses sens et de ses facultés, il lui a envoyé des richesses, une aisance, l'a fait monter aux honneurs^ lui a donné des joies et des satisfactions, une santé florissante, c'est ce qu'avait Job dans sa prospérité mais, à un bien autre degré. Ensuite il le dépouille, l'appauvrit, le plonge dans la douleur, et le couche sur un fumier ; dans les deux états Dieu a ses desseins et il y fait marcher sa créature.
Le saint prêtre le prie et lui demande pour lui et pour ceux dont il est chargé les biens spirituels ; c'est alors que les cieux s'ouvrent et versent sur lui des torrents de lumière, de sagesse, de suavité et de délices ; c'est alors qu'il est revêtu de puissance et qu'il en a autant que Jésus-Christ,
dont il est le ministre, qu'il l'exerce quand il veut et comme il veut, qu'il ouvre et ferme le ciel à volonté, qu'il en fait descendre les rosées, qu'il puise dans les trésors divins, et qu'en un mot il est un autre Jésus-Christ, sacerdos aller Christus. En réalité le sacerdoce n'est que la puissance de Dieu rendue visible sur terre dans la personne du prêtre.
0 ordre de la grâce, que tu es riche et charmant ! C'est dans toi que nous commençons l'ordre de la gloire et c'est par ton secours que nous arrivons à la béatitude : Gratta nihil aliud est quàm quœdam inchoatio gloriœ in nobis auœilium, quo indiget homo ad beatitudinem consequendam (1). Yousen prodiguez les biens et les faveurs, ô mon Dieu, à vos ministres fidèles ! Celui qui est bon puisera la grâce aux sources du Seigneur : Qui bonus esthauriet gratiam à Domino (2) ; gratiam et gloriam da bit Dominus (3). Le Seigneur donnera la grâce et la gloire tellement que nous n'aurons qu'à puiser dans sa plénitude et nous aurons grâce sur grâce, des moissons de grâces :Et de plenitudine ejus nos omnes accepimus y et gratiam progratia (4), toujours de nouvelles grâces ajoutées aux anciennes, si l'on en tire profit.
(1) Saint Thomas, Secundo, secundœ, qust. xxni, art. 3.— (2)Prov., xn, 2. —(3) Ps., lxxxiu, J2. -(4; Jean, 1, 16,
Et quel bienfait que la grâce! Elle nous est donnée, dit saint Augustin, pour que la loi s'accomplisse, que la nature soit délivrée et que le péché cesse de dominer, pour que nous voulions le bien, qu'elle commence sans nous et qu'elle achève avec notre coopération : Gratta ad hoc datur, ut lex cornpleatur, at natura liberetur et peccatum non domine, tur ; ut velimus, sine nobis operatur incipiens, quod volentibus cooperatur perficiens (1). La grâce nous aide dans les quatre branches de notre destinée à accomplir la loi. Sans la grâce la loi ne peut qu'être violée. La grâce délivre la nature de ses faiblesses et de sa corruption ; elle la fortifie et lui donne la liberté des enfants de Dieu. Avec elle le règne du péché est abattu, et nous voulons le bien et elle le fait avec nous pour nous charger de vertus et de mérites et nous conduire à la gloire.
Ces mystères de grâces s'accomplissent au saint autel, en chaire, au tribunal de la pénitence, dans l'oraison, le matin, dans la lecture spirituelle, le soir. Dieu attend le prêtre : celui-ci se présente à lui, le Seigneur l'accueille, ses yeux se reposent avec délices sur lui : Propè est Dominus omnibus invocantibus eum (2) ; le Seigneur est si près, qu'il le touche ; alors il lui donne tout ce qu'il désire, se remet entre ses mains, fait sa volonté, exauce sa
(1) De Graliâ et Libero Arbitrio. — (2) Ps. cxuv, 18.
prière et le sauve avec les siens : Voluntatem timenliumse faciet, et deprecationem eorum exaudiet : et salvos faciet eos (1).
Vous rappelez-vous, vénérés confrères, que tout cela vous soit arrivé? vous rappelez-vouséle jour, le moment, l'heure ? Ne vous êtes-vous pas éloignés de Dieu? Au lieu d'aller au centre, n'avezvous pas couru à la circonférence ? Vous pleurez et vous parlez de vos années d'égarements ! Qu'a fait pour vous la grâce ? Ses yeux se sont attachés sur vous, et Dieu est allé vous rechercher et il vous a ramenés et édifiés, plantés et non arrachés : Et ponam oculos meos super eos. Et reducam eos, et œdificabo eos et non destruam, etplantabo et non evellam. Je leur donnerai un cœur, pour qu'ils sachent que je suis le Seigneur : Et dabo eis cor ut sciant quia ego sum Dominas ; et vous l'avez reçu, ce bon cœur, et vous avez aimé celui qui vous l'a donné, vous avez protesté de votre attachement et vous êtes redevenu son peuple et son frère et lui votre Dieu, votre Père, votre Maître, parce que vous êtes reloumés à lui de tout votre cœur : Et erunt mihi in populum, et ego ero eis in Deum : quia rêver tentur ad me in Mo corde suo (2).
Alors Enfants, Amis, Disciples, Ministres, Lieutenants, Dispensateurs. Filii et hœredes (3), les en-
(1) Ps. cxliv, 19. — (2) Jérémie, xxiv, 6, 7. — (3) Rom., vm, 17.
fants de Dieu et ses héritiers, ses amis, Jam nondicam vos servos, sed amicos (1). Comment traite-t-on ses amis, en Dieu. En Dieu ! le comprenons nous? Alors tout est infini dans le traitement : la tendresse, les caresses, les dons, les allures, les manières... Amicos, amicos! Disciples : Vere discipuli (2). Ah ! disciples d'un tel maître! Ministres, lieutenants, dispensateurs : Sic nos eœistimet homo ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei (3). Ce n'est plus ici ministres d'un roi de la terre ni dispensateurs des biens de ce royaume ; mais ministres de Jésus-Christ... dispensateurs, des mystères du salut... Lieutenants : Pro Christo ergo legatione fungimur (A). Je tiens la place de Jésus-Christ à l'autel, en chaire, au confessionnal chez moi, devant le peuple, près des malades... Jésus-Christ dit : Où je suis, il y sera, je veux toujours être avec lui : Ubi sum ego, illic, et minister meus erit (5) .
Avec de pareilles dispositions pour le prêtre fidèle, Jésus-Christ va ouvrir tous les trésors de l'ordre de la grâce et il va lui donner des lumières infinies, une sagesse infinie, une joie infinie, une force infinie contre les ennemis du salut, toutes les richesses des sacrements et les secours
(l) Jean, xv, 15. —(2) Jean, tui, 31. -(3)1 Cor., îv, 1, - (4)11 Cor. v, 20. —(5) Jean, xu, 26.
JUSTICE DE D1EI I9â
de la grâce, le bonheur et les délices de la vertu, la sainteté du bon prêtre.
Mais, o Dieu ! vous traitez trop bien vos amis : Nimis honorificati sunt amicitui, Deus (1). Vous leur donnez trop de grâces, trop de vertu et trop de puissance : Nimis confortât us est principatus eorum (2). Vous vous révélez à eux, vous vous unissez à eux, vous vous incorporez même et vous ne faites plus qu'un esprit avec eux : Qui adhœret Domino, unus spiritus est (3).
Je rougis et je dis : Mes crimes sont trop grands î Dimittuntur (A).
Il me reste de mauvaises habitudes ! Ambula corùm me et esto perfectus "(5).
Oh ! que je suis faible ! Ego cro tecum, virorum fortissime (0) .
v Je suis un serviteur inutile dans voire vigne, ô mon Dieu ! Euge, serve bone et fidelis... Super mnUa te constitua m, intra in gaudium Domini tut (7).
Voilà, ô prodige de bonté ! Voilà l'ordre d'entrer dans la joie de son maître, c'est-à-dire dans sa gloire : Intra in gaudium. Et c'est Tordre de la gloire qui s'ouvre devant lui, après avoir été préparé par l'ordre de la grâce. Mais qu'en disons-nous? Tous les biens lui sont donnés. Ego ostendam omne bonum tibi (8). Et c'est ma gloire. Tu as trouvé grâce devant moi, et je te connais par ton nom : ïnvenisti gratiam coràm me, et teipsum
(1) Ps, cxxxvm, 17. — (2) Ibid. —(3) 1 Cor., vi, 17.— (4) Mare, n, 5. — (5) Gènes., xvu, i. — (6) Juges, vi, 12. —(7) Matth., xxv, 21. — (8) Exode, xxxui, 19.
noci ex nommé (1). Je t'ai appelé par ton nom... je t'ai attendu... cherché, accueilli, je t'ai embrassé et serré sur mon cœur, ton cœur a palpité d'amour pour moi. .. j'ai répété ton nom, je t'ai dit : Mon ami ! Je t'ai entendu répondre : Tu sois quia amo te (2), amore langueo (3). Alors j'ai dit : J'ai pitié de qui je veux et je suis clément envers qui me plaît : Miserebor cui roluero, et démens ero in quem mihi placuerit [h) .
Vénérés Confrères, voilà votre histoire. Elle retentit encore si doucement à vos oreilles, la douce voix du Seigneur qui prononce votre nom et qui parle à l'oreille. .. Quel secret ? Secretum mihi (5) . . . Le voici5 ce secret : Ego ero mer ces tua magna nimis (6). S'il en est ainsi sur la terre, que sera-ce dans le ciel, grand Dieu ! Quels torrents de délices ! Torrente voluptatis tnœ potabiseos (7). Les biens, les perfections, les jouissances, y seront tous à l'excès : Cum infinito excessu (8). Et à â' excès infini... Qaipotestcapere, capiat (9) . C'est pourquoi saint Paul a chanté dans son extase : Ocultis non vidit, nec anris audwit, nec in cor hominis ascendit quœ prœparavit Deus his qui diligunt illum (10). L'on vous disait, avec certains docteurs, que la lumière des prêtres élus, la science, l'amour, la beauté, la gloire, les jouissances et la béatitude, tous les biens sont centuplés, ce n'est pas assez dire, puisque c'est à l'infini. Car pour le prêtre, montez plus haut : Ascende
(I) Exod., xxxm, 17. — (2) Jean, xxi, 15.-— (3) Cant., n>5. — (4) Exode, xxxiii, 19. — (5) lsaïe, xxiv, 16. — (6) Genèse, xv, 1 . — (7) Ps. xxxv, 9. — (8) Lessius, de la Bonté de Dien, n° 2, FormaUta\ — (9) Matth., xix, 12. — (10) I Cor., h, 9.
JUSTICE DE Dit l 1*KJ
ruperiùs (i) ; et si vous pouvez entrer dans les puissances du Seigneur : Introibo in potentias Domini (2) , voyez-les se développer à l'infini pour la gloire du piètre apôtre, du prêtre saint, du prêtre alter Christus (3).
Et cela pendant l'éternité tout entière. Tout se dilate de la part de Dieu pour ses ministres : son esprit, pour lui trouver des jouissances, et cet esprit est infini ; son cœur, pour l'aimer encore plus, et ce cœur est infini ; sa puissance et sa bonté, pour le combler de délices et le plonger dans un océan de bonheur, et cette puissance et cette bonté sont infinies, tellement que c'est une bonté infinie à la disposition d'une puissance infinie qui s'exerce sur une âme qui vivra toujours. Et toujours la voix de fange crie : Ascende superiùs : Montez plus haut, encore, encore ! Ce n'est pas assez ... et ainsi pendant les siècles des siècles : In sœcula sœculorum. Et ils se promènent au nom du Seigneur et dans le sein de Dieu pendant l'éternité et au delà : Nos autem ambulabimus in nomine Domini Dei nostriin œternum et ultra (li) . Et le Prophète, aiguisant son génie pour faire comprendre les redoublements de félicité sur ces grands élus, s'écrie : Regnabit Dominas super eos in monte Sion, ex hoc nunc et usque in œternum (5). Et à chaque instant, si l'on peut ainsi parler, la béatitude s'accroît, et ce sont deux règnes unis en un seul : car Dieu règne et le saint prêtre règne avec lui.
(1) Luc, xiv, 10. — (2) Ps, lxx, 16. — (3) Saint Léon. -~(4) Michée iv, 5. — (ô)Ibid., T.
SECOND POINT