RESPECT POUR LES CHOSES SAINTES
L'homme de Dieu est saint, disent nos saintes Ecritures : Vir Dei sanctus est (1), et il traite saintement les choses saintes. Je suis le Seigneur, tel est mon nom, je réclame ma gloire et je ne la donnerai pas à un autre : Ego Dominus, hoc est nomen meum : gloriam meam alteri non dabo (2). Cette gloire est en Dieu et clans les choses qui tiennent à Dieu, il la veut pour lui et par tout ce qui tient à lui. Le Seigneur mérite-t-il la gloire, l'attention, le respect, le dévouement et la dévotion ?
(1) IV Rois, iv, 9. — (2) Isaïe, xlii, 8.
Raisoîis de ce respect.
Ces raisons se tirent du côté de Dieu, du côté du prochain et du côté du prêtre.
Du coté de Dieu. Les choses sacrées sont les choses de Dieu ; elles ne sont appelées sacrées que parce qu'elles sont consacrées à son service; le prêtre doit avoir le même respect pour elles que pour Dieu lui-même. Ainsi l'autel, dans l'idée du prêtre animé de l'esprit de foi, c'est l'autel de Dieu , la chaire, c'est la chaire de Dieu ; le confessionnal, c'est le confessionnal de Dieu; le calice, c'est le calice de Dieu; l'église, c'est la maison de Dieu et la porte du ciel : Domus Dei et porta cœli (1). En méditant ces idées, quel respect animera le prêtre pour les choses de Dieu 1
Du coté du prochain. Ce respect doit, non-seulement être intérieur, car le prêtre agit avec conviction, mais il doit être encore extérieur et paraître pour l'édification publique. Ainsi l'on remarquera ce respect du saint prêtre dans ses allures et ses mouvements; dans ses inclinations et génuflexions, dans son maintien à l'église, à l'autel, en chaire, dans l'administration des sacrements. Il édifiera les fidèles qui le verront et qui diront : C'est un ange, c'est un saint. Quand il parlera, il parlera comme s'étant inspiré au
(1) Genèse, xxvm, 17.
ciel, et son langage tiendra des ardeurs du séraphin; en l'entendant, Ton dira comme la femme de l'Evangile : Beatus venter qui te portavit et libéra quœ suœisti (1),
Du coté du prêtre lui-même. Ce respect nous sanctifie, nous honore, nous grandit. En remplissant ce devoir, nous remplissons un grand devoir, par conséquent nous nous sanctifions. Nous nous identifions avec Dieu et les choses de Dieu, nous le touchons lui-même de nos propres mains sans trop nous familiariser, et nous devenons de petits dieux par le contact du grand Dieu. L'honneur que nous en remportons paraît aux yeux des peuples qui nous en bénissent, nous en savent gré et nous en rendent gloire : tandis qu'ils méprisent le prêtre sans respect pour les choses saintes. 11 est gravé dans la nature humaine que les choses saintes doivent être traitées saintement : Sancta sancte tractanda. Le prêtre connu pour avoir ce respect grandit aux yeux de la foule et dans l'opinion publique, qui le vénère comme l'homme de Dieu et déjà comme le citoyen du ciel.
Quel sera ce respect du prêtre pour les choses saintes et où paraîtra-t-il ?
A l'église d'abord.
Saint Ambroise dit : « C'est particulière-
(1) Luc, xi, 27.
ment au prêtre qu'il appartient de parer le temple de Dieu avec toute la bienséance convenable; en sorte que la beauté de ses ornements donne même de l'éclat à la cour du Seigneur : Maxime sacerdoti convertit omare Dei lemplum décore congruo, ut etiam hoc cultu aula Domini resplendeat (1 ) . » Voilà du respect pour l'église. Nous ne parlons ici que de parer une église, nous ne parlons pas de la réparer et à plus forte raison de la rebâtir. Ce n'est pas l'affaire du prêtre. Mais combien de prêtres se mettent dans leurs torts en laissant leur église dans un état d'indécence et de malpropreté manifeste, a\Uel délabré, chandeliers rompus, marchepied usé et dégoûtant, * linges pourris ou dévorés, ustensiles du culte
rouilles et disloqués Ceci est l'affaire de leur
zèle : Zelùs domus tuœ comedit me, et opprobria eœprobrantium iibi ceciderunt super me (2) : parce que le zèle de votre maison m'a dévoré, les opprobres de ceux qui vous ont outragé sont tombés sur moi.
Quand on a injurié Notre-Seigneur, quand on l'a outragé lui-même, il a tout toléré et tout pardonné; mais, quand on s'en est pris au temple et que l'on a endommagé la gloire de son Père, il a cessé d'être tolérant et il est devenu un lion pour
(1) Lib. II, de Offwiis, cap. xxi. — (2) Ps. lxyiii, 10.
défendre cette gloire : Nolite facere domum Patris met domum negotiationis (1). Domus mea, domus orationis vocabitur. Vos autem fecistis illam speluncam latronum (2).
Le saint prêtre tient pour vérité certaine que la divine Majesté est sur nos autels et dans nos églises, accompagnée d'une infinité d'anges qui l'adorent et le louent sans cesse. L'Apôtre confirme ce sentiment commun en disant :
Considérez donc que vous ne vous êtes pas maintenant approchés d'une montagne sensible et terrestre ; mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, d'une troupe innombrable d'anges, de l'assemblée des premiers nés qui sont dans le ciel : Non enim accessistis ad tractabilem moniem, et accessibiJem ignem... Sed accessistis ad Sion monlem, et civitatem Dei viventis, Jérusalem cœlestem, et multorum millium Angelorum frequentiam, et Ecclesiam primitivorum^ qui conscripti sunt in cœlis (3).
L'Eglise est donc la demeure ordinaire de Dieu et de toute la cour céleste. Quel respect donc et quelle vénération pour ce saint lieu ! Locus in quo stas, terra sancta est (4). Tremblez, tremblez : Pavete ad sanctuarium meum. Ego Dominus (5).
(J) Jean, h, 16. - (2) Matth., xxi, 13. - (3) Hébr., xn, 18, 22, 23. — (4) Exode, m, 5. — (5) Lévit., xxvi, 2.
Moi, le Seigneur, le maître absolu de tout, qui remplis cette église, qui m'y promène, dans laquelle vous ne pouvez entrer sans me rencontrer, qui y examine tout, jusqu'au moindre détail avec
un œil divinement -scrutateur Comment donc
devez-vous la tenir? En quel état les jours ordinaires ? En quel état les dimanches et fêtes?
Je rapporterai ici, pour l'édification des prêtres, ce qui est ordonné dans les statuts des Chartreux, et s'observe dans toutes les communautés religieuses et ecclésiastiques, touchant la propreté et la netteté des choses qui doivent servir à l'église et aux saints mystères de l'autel. Après le dénombrement de toutes ces choses, et particulièrement * du linge qu'on emploie au saint sacrifice de la messe, on ajoute ces paroles : « Que toutes les choses dont nous avons parlé soient tenues dans une propreté honnête et religieuse, et surtout que le corporal et la palle de l'autel soient toujours très-nels, et qu'on les change autant qu'il en sera besoin, aussi bien que les ornements, tant du prêtre que de l'autel; et nous ordonnons au sacristain de prendre garde à toutes ces choses avec tout le soin et toute la diligence possible, afin qu'il ne paraisse jamais rien de malpropre, de sale ou de déchiré en tout ce qui servira au saint ministère de l'autel. » Les linges doivent
être lavés par les mains des prêtres, et, quand ils sont usés, ils doivent être brûlés et les cendres jetées dans la piscine sacrée. C'est un second statut. J'aime beaucoup les Chartreux, c'est pourquoi j'aime à les citer.
Quel respect pour les choses saintes !
RESPECT POUR LES AUTRES CHOSES SACRÉES. LA SA- CRISTIE, LES ORNEMENTS, VASES SACRÉS, LIVRES, MISSELS, LE BRÉVIAIRE DU PRÊTRE.
Quelques sacristies sont en désordre ; rien n'est à sa place, tout traîne et tout est mêlé : les encensoirs avec les ornements, les linges tombés de leurs crochets, sur des pupitres de messe, les ceintures des enfants et les cingalons du
prêtre pourrissant dans un coin tout est
désordre. Les croisées sont d'une saleté à n'y plus voir, les araignées et la crasse les couvrent; les planchers sont crevassés et les plafonds sont noirs comme le charbon. Personne ne porte respect à cette sacristie ; ni les sacristains, ni les enfants, ni les officiers divers du chœur, ni le curé, ni les paroissiens. L'on y parle comme dans un lieu profane, l'on y entretient des conversations... Ton s'y dispute... Il y a même quelque chose de pis... on s'y livre au crime... 0 murs sacrés ! Vous déposerez au jugement de ce dont
vous avez été témoins. Quel respect donc dans ce lieu sacré et pour ce lieu sacré contigu à la maison de Dieu ! -D'autres peut-être s'en servent pour des usages profanes...
Les ornements, comment sont-ils soignés?
Amicts déchirés, aubes souillées, cingalons rompus, manipules vides, étoles perdues, chasubles mutilées, chapes lacérées. Un grand archevêque visitait une sacristie, et il vit une chape suspendue à un clou et dans un état d'usure et de saleté rebutant. Tout de suite le curé lui demande pardon : « Monsieur le curé, lui dit l'archevêque, savezvous que les évêques ne peuvent accorder que des indulgences de quarante jours ? Ainsi dans quarante jours je repasserai et nous verrons les mutations heureuses que votre zèle aura opérées. — Tout sera réparé, » dit le curé ; et il le fit. Qui est capable d'un tel ministère ? Qui est propre à cela, dit l'Apôtre : Ad hœc quis tàm idoneus (1)? Le curé. S'il ne le fait pas, il est prévaricateur. Or Altissimus odio habet peccatores (2).
Et les vases sacrés! Mimdamini qui fertis vasa Domini (3). Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneur : portez-les avec respect et vénération, c'est dans eux que vous consacrez son sang et c'est d'eux que vous tirez son corps pour le
(i) II Cor., n, 1G. — (2) Eccli., xu, 3. — (3) haïe, lu, 11.
donner aux fidèles. Ce texte regarde évidemment les prêtres, dit saint Grégoire ; combien, dit-il, doivent être purs d'esprit et de corps, ceux qui travaillent à purifier les autres^ et qui portent les vases vivants, qui sont les âmes, pour les rendre dignes d'être les temples éternels du Dieu vivant ! Quantum mundari debent qui ad œternilatis templum vasa viventia portant! Mais les prêtres, considérés comme gardiens des vases matériels, doivent les nettoyer, les décrasser, les rendre splendides. Tels sont les calices, les ciboires, les pyxides et autres. Avec quel respect vous devez vous servir du calice pour la messe, pour l'élévation ! Quelle gravité de maintien, qui exclut absolument toute légèreté ! Avec quel souverain respect vous tirerez du saint tabernacle le ciboire qui renferme les hosties consacrées ! Quelle génuflexion avant et après! Vous le porterez à la hauteur de votre poitrine par vénération et non pas avec nonchalance, ce qui est une grande indécence et un scandale pour ceux qui sont attentifs. Mwidamini, mundamini, ah ! purifiez-vous et soyez grandement purs et saints, qui feriis vasa Domini* Exite, exite, sortez de Babylone, si vous la fréquentez; recedite, retirez-vous de certaines sociétés, ne touchez pas, ne touchez plus ce qui est souillé et ce qui souille : Pollutum nolite tangere ; qu'est
ce qui souille ? Ne le disons pas, mais comprenonsle et évitons-le... pour être dignes de porter les vases du Seigneur : Mundamini qui fertis vasa Domini.
Les livres, rituels, missels, antiphonaires moisis, déchirés, salis, jaunis par l'huile, couverts de cire, perdant leurs feuillets, tant ils ont besoin d'être reliés. Et son bréviaire, l'horloge de son éternité par les heures qu'il récite, ce bréviaire qui devrait être déposé dans une cassette d'argent ou dans un petit tabernacle d'une exquise propreté, il le dépose partout sans discernement, à l'église dans un lieu obscur et malpropre, à la cure, sur un banc gras ou ailleurs. 0 indécence ! je n'ose dire, mépris des choses saintes! Non, il ne méprise pas, mais il est négligent, parce qu'il manque de l'esprit de foi. 0 prêtre î où est donc la vénération que tu dois à Dieu ainsi qu'aux choses de Dieu ?