RESPECT DANS ^ADMINISTRATION DE TOUS LES SACREMENTS
Le Baptême, sacrement de la régénération spi-4 rituelle. Prière avant d'en commencer les cérémonies. Puis quelle gravité doit les accompagner en présence du parrain, de la marraine, de la
sage-femme et du clerc ! Comme le prêtre doit bien prononcer toutes les paroles, et non les balbutier ! surtout les paroles sacramentelles ! Et après avoir terminé, faire sa courte action de grâces en remerciant Dieu du nouveau chrétien.
L'Eucharistie, c'est Jésus-Christ lui-même : pour l'administrer, il faut une pureté d'âme, une rectitude d'intention selon le grand dessein de Jésus-Christ lui-même. Nous avons dit comment il fallait manier ie saint ciboire.
La Pénitence, ah ! quelle élévation à Dieu avant que d'entrer au sacré tribunal ! Et puis comment s'y comporter avec le pénitent, la pénitente? Quelle douceur! quels encouragements à leur donner ! Les avis divers qui conviennent à leur état et à leur position; ne faisant rien et ne disant rien à la légère; sortant du confessionnal grave et remerciant le Seigneur.
L'Extrême-Onction. Ici il faut agir avec grande douceur, exhorter le malade avec beaucoup de circonspection, se prêter à toutes ses infirmités, à tous ses mouvements, et lui faire les saintes onctions avec une lenteur respectueuse et un grand esprit de foi qui paraîtra sur tout l'extérieur du prêtre.
Le Mariage est un sacrement bien profané. Le prêtre a besoin dans son administration de toute sa gravité et de toute son attention.
RESPECT POUR LA MESSE , POUR LA PAROLE DE DIEU ET POUR LES PRÊTRES QUI SONT SACRÉS.
Sainte Messe. Ce n'est pas ici Abraham qui va offrir son fils sur la montagne; mais c'est le prêtre qui va offrir Jésus-Christ sur le Calvaire pour continuer la rédemption. Comment s'y préparer? La grande affaire que de continuer la rédemption! Cette idée, bien méditée, pourrait être une belle préparation.
Comment le prêtre p!e foi se revêt-il des ornements et prononce-t-il les prières concomitantes? Entre-t-il dans le sens de ces admirables prières? Puis, comment marche-t-il pour aller à l'autel? Introibo ad altare Dei; c'est l'autel de Dieu : ad Deimi qui lœtificat juventutem meam. S'il est jeune, c'est consolant : si la jeunesse est passée, il entre dans les sérieuses pensées de l'éternité...
Comment célèbre- t-il? Comment fait-il les cérémonies et les signes de croix, soit sur lui, soit sur le calice, l'hostie et les oblata? Combien de temps reste-t-il pour dire la messe? Sans entrer dans les controverses sur le temps de la messe, je dis qu'il faut bien faire et bien dire; or, pour bien faire et bien dire, il faut de dix-huit à vingt-cinq minutes. Je donne ce laps de sept minutes pour la lenteur et la volubilité de la prononciation. Si un prêtre
reste une demi-heure, c'est trop pour les fidèles, quoique peut-être ce n'est pas trop pour sa piété. Maintenant, comment quittera-t-il l'autel? Comme le prêtre Zacharie : Cognoverunt qubd visionem vidisset in templo. Et ipse erat innuensillis, etpermansit mutas (1), comme s'il venait d'avoir une vision et qu'il en gardât encore l'éblouissement. 11 fait signe à ceux qui lui parlent, mais il reste muet jusqu'après son action de grâces. Ceci ne s'applique pas à ces prêtres étourdis et légers qui, à peine rentrés à la sacristie, entretiennent la conversation comme sur une place publique, et Dieu sait quelle conversation! Voilà une langue qui vient de toucher le corps et le sang d'un Dieu, et qui se répand en discours insignifiants ou profanes! Corrigez-vous donc, et édifiez votre entourage de sacristie autant que vous avez pu le scandaliser. C'est l'usage de faire au moins un quart d'heure d'action de grâces. Ah! que c'est un temps bien employé ! Aux pieds de Jésus, que ne mérite pas, que ne gagne pas le bon prêtre ? Quelle consolation, quelle douceur pour toute la journée d'avoir bien remercié notre bon Sauveur! Quelle assistance l'on a droit d'en attendre !
Quel respect pour la parole de Dieu! Comment et où la recueille-t-il ? Comment la prépare-t-il
(1) Luc, î, 22,
pour qu'elle ne soit pas mêlée avec l'alliage humain? Comment la donne-t-il? Quels sont ses sermons? Sont-ils adressés à l'auditoire avec ce ton pénétré, cette onction, cette véritable éloquence qui sort du cœur : Pectas est quod disertos facit (1). Comme je ne fais pas ici une rhétorique sacrée, je m'en tiens là ; l'on voit ce que je veux dire.
Quel respect pour les prêtres ses confrères, pour les évêques et surtout celui du diocèse? N'en parle-t-il pas à la légère? Ne les nomme-t-ilpas tous de noms que l'on peut regarder comme injurieux? La familiarité engendre le mépris, aussi bien parmi les prêtres que parmi les laïques. De là les tutoiements, les brusqueries, les injures et souvent les médisances. Est-ce là du respect pour ses confrères? Trouvez-vous là de la charité ? L'on passera en revue les défauts de son évêque, de son caractère, de son administration : l'on s'élèvera contre lui et l'on s'excitera à la rébellion. Ah! quel malheur! qui pourra en voir terminer à jamais toutes les suites? Le défaut de respect pour l'évêque est un plus grand péché, comme vous le comprenez ; car le péché s'accroît à proportion de la hauteur du caractère sacré dont est revêtue la personne critiquée.
(1) Quintilien.
De la routine comme obstacle au respect dû aux
choses saintes.
Ici la routine est la faculté ou plutôt la facilité acquise d'exercer le ministère sacerdotal, plus par une longue habitude que par le secours de l'étude et des règles. Un routinier est donc un homme sans principes, sans règles, sans esprit de foi, sans solidité et sans vertu. Par la routine, le démon exerce d'effroyables ravages: il déshonore le sanctuaire, affaiblit l'Eglise de Dieu, perd les prêtres, scandalise les peuples, ouvre l'enfer à un grand nombre.
Le prêtre routinier est incorrigible, par conséquent désespéré.
îl n'y aurait qu'un moyen de se corriger, ce serait d'aller en retraite et là d'examiner, d'accord avec son directeur, ce terrible défaut, de l'attaquer de front par toutes les armes possibles pour s'en débarrasser. Mais je suppose encore les résolutions prises et l'hydre abattue. Le prêtre, sortant de retraite, trouve, sur la porte du séminaire, le démon delà routine : draco stetit (\) , le voilà debout, stetit, que fait-il là? stetit ante mulierem; il est dressé devant une femme. Quelle est cette femme? C'est le séminaire, cette sainte maison qui*, pen-
(1) Apoc, xn, 4.
dant la retraite pastorale, a été en travail d'enfant, qui a crié et qui a été tourmentée pour enfanter : Mulier amicta sole et in utero habens, clamabat parturiens, et cruciabatur ut pariât. Elle devait enfanter des résolutions, des moyens puissants de quitter la routine, un bon règlement : quœ erat paritura... et peperit filium masculum, et elle a enfanté un enfant mâle, fort, vigoureux, c'est ce nouveau règlement; mais le démon est là pour dévorer le fils de cette illustre femme : Ut ciim peperisset, filium ejus devoraret, ces fameuses résolutions... Espérons que rectums omne s gentes... et raptus ad Deum, et ad thronum ejus (1). Vraiment, si la routine n'est pas reprise après la retraite, ce prêtre gouverne en maître sa paroisse ; un jour il sera enlevé vers Dieu et assis sur son trône. Si, au contraire, il reprend la routine, il est perdu,
L'infâme routine est un chancre qui ronge le sacerdoce, le poison des actions, la fièvre qui enlève la force et la beauté, la précipitation qui détruit la gravité, le défaut d'attention qui enlève la perfection et le mérite, l'impureté d'intention qui anéantit la charité, la familiarise avec les choses saintes qui enlève à la longue tout le respect qu'on leur doit.
Elle est d'autant plus dangereuse et séductrice,
(1) Apoc, xn, 4.
qu'elle est agréable aux sens qu'elle ne gêne pas ; elle est facile, sans étude et sans fatigue; elle est courte, prompte, et avec elle vous êtes bientôt délivré. Mais, opposée à l'esprit humain qui veut des règles de raison, opposée à l'esprit du sacerdoce qu'elle avilit et dégrade, à la modestie cléricale qu'elle change en forfanterie , à la piété vraie qu'elle détruit, à la pratique religieuse qu'elle dépouille de son caractère et.de ses charmes : voilà la routine. Le prêtre n'a pas à redouter de plus cruel ennemi.
Saint Paul l'a caractérisée quand il a dit : Sacerdos quotidie ministrans , et easdem sœpe offerens hostias, qnœ nunquam possunt auferre peccata (1). Comprenez-vous la stérilité de son ministère ? La routine est corrosive.
Veut-on entendre les saints Pères ? Âssueta vilescunt ; les choses que l'on fait par coutume deviennent viles. C'est saint Augustin qui le dit.
Et saint Jérôme (2) : Nos nihil laudabimus, nisi quod proprium et spontaneum est; non vero quod fit per assuetudinem et longum habitum. Le spontané, voilà ce qui est louable. Mais ce qui se fait par habitude et routine est bien loin d'être louable. Comme vous voyez, saint Jérôme, dans ses déserts, redoutait la routine et parlait contre elle.
(1) Hébr., x, 11. — (2) Ad Eustochium, page 475, ligne 14.
Pierre de Blois : Per habitum, serib non recogitat sacerdos et fîdes sua minuitur per quotidiana. Par la routine, le prêtre ne réfléchit pas sérieusement, et sa foi se diminue et finit par se perdre dans les exercices routiniers quotidiens.
0 exécrable routine, fatale routine, la cause de tous les maux du prêtre ! Mère du relâchement et des vieilles habitudes, rouille du zèle, marâtre de la ferveur et de la foi, ruine des vertus, nourrice des vices, abomination de la désolation dans le lieu saint! Avec toi, il n'y a plus de respect pour les choses saintes, il n'y a plus d'attachement au devoir, il n'y a plus d'amour de Dieu, et j'ose ajouter ce dernier mot qui est terrible : il n'y a point de salut.
De la constance du prêtre dans la vertu.
Esto firmus in via Domini, (1) soyez constant dans la vertu.
C'est pour le prêtre que l'Esprit-Saint a dit cette parole; car c'est à lui d'être constant dans la vertu, il en comprend mieux les motifs, il en sent mieux les conséquences et il en est plus heureux réellement que tout autre.
Oh! la belle vie que la vie de constance dans la vertu! C'est l'uniformité de la sainteté et l'im-
(1) Bccli., v, 12.
mutabilité du devoir rèiiipli. Par cette fermeté, le prêtre, ne déviant pas, devient semblable à Dieu : Ego Dominus et non mutor (1), je ne change pas... pas plus que Dieu... Dieu ne change pas à mon égard, et moi je ne change pas à son égard. Il est toujours bon, miséricordieux, saint; et moi, je serai toujours aimant, vertueux, docile à ses inspirations, fidèle observateur de sa loi et de ses conseils. Par ce moyen, le prêtre cesse d'être homme avec les faiblesses humaines et se transforme en Dieu, d'autant mieux que cette vie vertueuse sans défaillance est le mode de se revêtir de Jésus- Christ et de le porter partout.
11 est des prêtres qui ne paraissent pas fort remarquables en vertus, prises séparément et Tune après l'autre. Ainsi, ils ne perceront pas d'une manière éclatante en humilité, en douceur, en patience, en obéissance, en sagesse et en prudence. Mais, si vous considérez l'ensemble de leur vie constan e dans toutes les vertus sans jamais se démentir, vous, les verrez des héros et vous les admirerez comme des martyrs... martyrs de l'Evangile.
Car voici le principe de l'Evangile : Regnum cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud (2). La violence, la violence... il faut se faire violence... Ce prêtre l'a compris qui, depuis son ordination
(1) Malachie, m, 6. — (2) Matth., xi, 12.
au sacerdoce, s'est fait violence à chaque instant pendant 50, 60, 70 ans, qui a été pour lui une vie de martyre. 11 s'est vaincu, dompté, assoupli aux mouvements de Dieu et de sa grâce, ayant brisé la nature. Lutte contre son caractère comme François de Sales ; lutte contre les passions de la chair et les voluptés du corps, comme le grand Paul ; lutte contre l'attachement aux honneurs, comme Ignace de Loyola; lutte contre l'attachement aux biens et aux richesses, comme François d'Assise; lutte contre les délicatesses de la vie, comme François deBorgia. C'est la lutte contre toute lavieetà chaque moment les armes en main : violenti rapiunt illud... Lutte avec soi-même, lutte avec les paroissiens, lutte avec sa parenté, lutte avec ses serviteurs et servantes, lutte avec ses ennemis et même avec ses amis... lutte dans la jeunesse, lutte en âge mûr, lutte dans la vieillesse; les luttes peuvent changer de caractère, mais elles sont toujours, et demandent pour le triomphe toute l'énergie du valeureux combattant.
Cette vie est un long martyre. 11 y a trois sortes de martyre : le martyre qui consiste à donner sa vie pour Jésus-Christ et la foi catholique; ce martyre détruit tous les péchés et rend ami de Dieu. Il y a le martyre de la vie religieuse, qui est dans l'émission des vœux; cette émission lave
et purifie entièrement le religieux. Et enfin il y a le martyre de la constance dans la vertu qui fait de son sujet un ange, toujours agréable à Dieu et sans péché. Ici les péchés véniels, délibérés déplaisant à Dieu, le blessant, sont comme impossibles, car à chaque instant ils sont rachetés et effacés par la violence évangéliqueetles actions de la vie. Le péché mortel est encore moins possible; d'ailleurs, existât-il, il ne peut persévérer. C'est l'avis de la haute théologie mystique.
Il lui arrive sur la terre par vertu ce qui arrive aux saints dans le ciel par récompense : Ceux-ci montent toujours et ils iront en augmentant leur bonheur pendant toute l'éternité : Qui ascendit super omnes cœlos (1). Jésus monte sur tous les cieux et les saints aussi, car les membres suivent la tête. Or il y a beaucoup de cieux : saint Paul monta au troisième; plusieurs pensent qu'il y en a douze; mais les saints n'ont point de relâche, ils montent constamment. Et lui va toujours croissant en vertus, en abnégation, en crucifiement, en humilité, en martyre, à chaque instant. S'il meurt âgé, quelle somme de mérite acquis ! S'il meurt jeune , consummatus in brevi eooplevit tempora multa (2), dies pleni invenientur in eis (3) ; il est jeune et l'on dit de lui : Mortuus est in senectute
(1) Ephés., îv, 10. — (2) Sagesse, îv, 13. — (3) Ps. lxxh, 10.
bonâyplenuii dierum, etdivitâs, et gloria (i); pléiade jours pour le ciel, plein de richesses pour la fortune céleste et plein de gloire pour l'éternité. Mais ceci, ce sont les harmonies de l'échelle du temps et de l'échelle de l'éternité. Ici-bas ces héros montaient d'échelon en échelon : Ibunt de virtute in virtutem(%)\ là-haut ils montent de gloire en gloire; c'est l'échelle de l'éternité, ce sont les harmonies du ciel conquis par la vertu : Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo : sicut et ego viciy et sedi cum Pâtre meo in throno ejus (3). C'est toute la hauteur de la grandeur humaine, le dessein de Tordre divin, la combinaison de Dieu, la balance du souverain juge, le thermomètre delà vie sacerdotale.
Quelle est V excellence de cette vie?
Pour le prêtre, la vie constante en vertu est marquée à quatre grands caractères : elle est évangélique> elle est apostolique, elle est pastorale et sainte.
Elle est évangélique.
Toutes les privations, les abnégations, ce renoncement à soi-même, ce portement de croix, ces violence, ces luttes, cette guerre intestine, ces triomphes sur la volupté, ces lauriers remportés
(J) I Parai., xxix, 28. — (2) Ps. lxxxiii, 8. — (3) Apoc, ut, 21.
sur la nature pour donner le dessus à la grâce, cette fuite du monde, ce n'est pas assez dire, ce mépris du monde, cette tempérance et frugalité, cette pénitence continue, c'est évangélique. Voyons :
Tune Jésus dixit discipulis suis : Si quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam, et sequaturme (1).
Dicebat autem ad omnes : Si quis vult post me venirey abneget semetipsum, et tollat crucem suam quotidie, et sequalur me (2). Remarquez bien ce mot quotidie; il faut porter sa croix non pas un jour, une fois, dix fois, mais chaque jour : quotidie, pendant sa vie tout entière. Voilà l'excellence d'une vie ainsi passée dans les croix.
Militia est vitahominis super terram(3).
Labora sicut bonus miles Christi Jesu (4). Il faut combattre comme un vaillant soldat de Jésus- Christ.
Qui certat in agone, non coronatur nisi légitime certaverit (5).
Teipsum castum custodi (6).
Traditus gratiœ (7).
Vœ mundo à scandalis (8).
Pœnitentiam agite (9).
Facite ergo fructus dignos pœnitentiœ (10).
(1) Matth., xvi, 24. — (2) Luc, îx, 23. — (3) Job, vu, 1. — (4) II Tim., n, 3. — (5) Ibid., 5. - (6) ITim., v, 22. — (7) Actes, xv, 40. — (8) Matth., xvm,7. - (9) Ibid., m, 2. — (10) Luc, m, 8.
24 DEVOIRS 1ÎES PRÊTRES
Si pœnitentiam non egeritis, omnes similiter peribitis (1).
Appliquez au prêtre constant dans la vertu tous les oracles évangéliques, et vous le trouverez les pratiquant tous. Ah! la belle vie! à quel point elle est évangélique.
Cette vie est apostolique,
La vie de l'ouvrier apostolique est dure et mortifiée. Son emploi est comparé à celui des vignerons : lie et vos in vineam meam (2) ; à celui des pêcheurs : Faciam vos fieri piscatores hominum (3) ; à celui des chasseurs : Mittam venatores, et venabuntur eos de omni monte (A) ; à celui des pasteurs : Pasce oves (5),pascile gregem (6). Ce sont tous métiers des plus pénibles. Il faut souffrir la chaleur du soleil et le poids du travail, planter, transplanter, arracher sans cesse; il faut jeter les filets et ne point se lasser d'être des jours et des nuits entières sans rien prendre; il faut suivre la proie au travers des forêts et des buissons; il faut veiller de jour et de nuit, afin qtie le loup n'emporte aucune brebis ; courir après celles qui s'égarent, jusqu'à ce qu'on les ait retrouvées ; et, avec tant de peine, vivre très-frugalement.
Si donc un ouvrier évangélique veut satisfaire
(1) Luc, xiii, 5. - (2) Matth., nx, 4. - (3) Ibid., iv, 19. - (4) Jcrcmie, xvi, 1G. — (5) Jean, xxi. 17. — (G) I Pierre, v, il.
pleinement à ses devoirs, il faut qu'il soit à tout : prédications, confessions, missions, directions, catéchismes; il ne doit rien refuser et ne considérer ni ce qui est pénible ou humiliant, ni ce qui ne l'est pas, ni s'inquiéter s'il sera bien ou mal logé, nourri, accommodé, couché, etc. Il faut qu'il soit à tous : aux petits comme aux grands, aux pauvres comme aux riches, aux malades, aux moribonds comme à ceux qui sont en santé et qu'il n'y a aucun danger d'approcher ; qu'il soit toujours prêt à aller, en hiver comme en été, de nuit comme de jour, si on l'appelle... prêta quitter les repas et les compagnies, les récréations les plus agréables, les sociétésles plus attachantes... Pour faire tout cela, et de bonne grâce, faut-il quelque chose de moins qu'une très-grande mortification?
C'est ainsi que vivait Notre-Seigneur. Point de lit pour se coucher, pas un endroit pour reposer sa tête : Non habet ubi caput reclinet (l); point de repas préparés, du pain d'orge et quelques poissons ; voilà sa meilleure nourriture. C'est loin de notre confortable d'aujourd'hui. Les apôtres étaient ainsi, et leur vie semblable à celle de leur Maître. Ils étaient souvent rebutés, injuriés, calomniés, moqués, battus, fouettés, et vous savez dans quelles dispositions ils souffraient tous ces affreux traite-
(1) Mattli., vin, 20.
ments : Et Mi quidem ibant gaudentes à conspectu concilii, quoniam digni habiti sunt pro nomine Jesu conlumeliam pâli. Omni autem die non cessabant, in templo et circa domos docentes, et evangelizantes Christum Jesum (1). C'est ce que fait l'apôtre constant dans la vertu. 11 est injurié, baffoué, quelquefois traîné devant les tribunaux; l'on s'en prend à sa réputation, on le calomnie, on l'offense en sa présence, il s'en réjouit... Ah! il est digne de souffrir pour Jésus. Comme les apôtres, il continue son ministère, ne se laissant point intimider par les hommes.
Quelle vie apostolique!
Mais elle est encore pastorale.
Or la vie pastorale a ses mortifications et ses croix.
Elle a d'abord une bonne partie de celles que nous venons de mentionner. Puis, c'est un train quotidien et monotone, surtout aujourd'hui qu'elle est si stérile et que les curés font si peu de chose.
C'est un esclavage, une dépendance, une dette générale.
C'est un esclavage parfaitement exprimé par l'apôtre : Me omnium servum feci (2) ; j'étais libre et
(1) Actes, v, 41, 42. - (2) I Cor., îx, 19.
je me suis fait l'esclave de tous pour les gagner ; esclave et dépendant de tous, de gens les plus déraisonnables et les plus exigeants qu'il y ait, les plus grossiers et les plus robustes ; eh bien ! il faut que le pasteur marche à la remorque de pecus superbum. Si j'affecte de dire ce mot, c'est que je ne le trouve pas mal placé.
Le ministère pastoral est une dette générale ; voyons-la encore caractérisée parle grand apôtre: Grœcis ac Barbaris, sapientibus et insipientibus débiter sum (1); débiteur de tous, des Grecs, c'est-àdire des savants et gens polis; des barbares, c'est-àdire des ignorants et grossiers... des sages et des insensés, tous ont le droit de l'appeler, de le déranger, "de lui demander les secours spirituels à toutes les heures. Ne sont-ce pas-là des peines infinies, et n'est-ce pas une vie humainement troublée?
A la vérité, le curé a un lit, il a un, dîner servi, il a une cure; mais au milieu de tout cela que de sacrifices! que de mortifications ! Voilà un malade dans la paroisse ; il faut le soigner et se priver pour lui, il faut se mortifier pour lui et sa conversion ; c'est ce que les saints pasteurs n'omettent jamais. Ils joignent à la mortification la prière: ainsi, pour la conversion d'un paroissien, surtout
(1) Rom., i, 14.
bien malade, le curé fait une grande mortification et des prières, il dit la sainte messe, etc.; les curés qui n'agissent pas ainsi, qu'ils sachent qu'ils manquende zèle, de ferveur et des industries de la foi.
Cette vie est sainte.
Cette vie dure, cette vie parfaite, cette vie si pure, est une vie sainte. C'est donc une vie surhumaine, une vie que l'on ne peut mener que par les grandes forces de la grâce. La répression des passions, le redressement des penchants, la rectitude des inclinations, les opérations évangéliques pendant une vie entière ; voilà de la sainteté'.
Mais quelle sera sa récompense ?
Ici-bas, il cueillera beaucoup de fruits dans le jardin du zèle et il fera une abondante moisson : Messis quidenc multa (1). Il moissonnera selon qu'il aura semé : Quœ seminaverit homo, hœc et metet (2) ; il a grandement semé pendant une longue vie si sainte ; donc, il récoltera bien abondamment. De plus, il a semé dans les bénédictions et il moissonnera des bénédictions : Qui seminat in benedictionibusy de benedictionibus et metet (3). Voilà la plus belle moisson de la terre : pécheurs convertis, ignorants instruits, jeunesse formée, parents chrétiens, de-
(1) Matth., îx. 37. — (2) Galates, vi, 8. — (3) II Cor., ix, 6.
voirs reconnus et pratiqués, vertus fondées, piété en honneur, le chemin du ciel suivi.
Mais les joies de la bonne conscience, la paix de l'âme, la redondance du sentiment d'avoir bien fait : quelle magnificence de récompenses pour ce monde ! Ce n'est pas la paix qui surpasse tout sentiment : Pax Dei quœ exsuper at omnem sen~ sum (1); ce n'est pas simplement non plus la paix et la miséricorde qui reviennent à ceux qui ont très-bien suivi leur règlemeent : Et quicumque régulant secuti fuerint, paœ super illos, et misericordia, et super Israël Dei (2) : mais c'est l'abondance de la paix, ce sont des fleuves de paix, des torrents inondants de douceurs et de consolations : Utinam attendisses mandata mea, facta fuisset sicut flwnen pax tua, et justitia tua sicut gurgites maris (3) ! Abundantia pacis (4); l'esprit de Dieu, qui est un esprit de paix, est sur lui comme un torrent inondant : Spiritus ejus velut torrens inundans (5), Canticum erit vobis (6), il chantera environné de joie : Lœtitia cordis (7), et sa voix prendra un retentissant écho jusqu'à la montagne de Dieu au fort d'Israël : In montem Domini ad fortem Israël (8).
Je n'ose dire qu'il jouira de l'estime des hom-
(I) Philip., îv, 7. — (2) Galates, vi, 16. — (3) Isaïe, xlviii. 18. — (4) Ps. lxxi, 7. — (5) Isaïe, xxx, 28. — (6) lbid., 28. — (7) Ibid. — (8) Ibid.
mes, c'est si peu de chose. Il paraîtra cependant avec gloire dans leur société, et souvent sa parole sera pour eux un oracle.
Et les récompenses de là-haut.
Nous ne pouvons faire ici qu'ouvrir les saintes Ecritures et parler leur langage , car de nousmêmes nous ne savons rien.
Qui ad justitiam erudiunt multos, quasi stellœ in perpétuas œternitates (1) : Ceux qui auront instruit le peuple brilleront comme des étoiles dans toutes les éternités. Or combien ce bon pasteur en a instruit dans ses avis, dans ses catéchismes, dans ses instructions en chaire, au confessional, dans les maisons, dans maintes circonstances qui lui paraissaient opportunes ? Quelle splendeur sera la sienne ! Plus grande que celle des sept soleils.
Imbriabuntur ab ubertate domûs tuœ : et torrente voluptatis tuœ potabis eos (2). Quel bonheur! d'autant plus grand que apud te est fons vitœ et in lumine tuo videbimus lumen.
Ego aulem in justitiâ apparebo conspectui tuo : satiabor cùm apparuerit gloria tua (3) . Je serai rassasié : satiabor lorsque je serai, ô mon Dieu, plongé dans votre gloire, comme dans un océan où je nagerai et où je me dilaterai, en disant : Laissons-
(1) Daniel, ?:-i, 3. — (2) Ps. xxxv, 9. — (3) Ps. xvi, 15.
nous aller, goûtons et buvons à longs traits aux sources des divines joies. Satiabor in œternum; voilà mon bonheur ! Ah ! je reconnais et je confesse qu'il ne m'a rien coûté, si je le mets en comparaison avec mes petits sacrifices. Satiabor, ah ! satiabor et pour toujours ! ! !
Gloriosa dicta sunt de te,civitas Dei(l). 0 Jérusalem, quêtes parvis son beaux! qu'elle est ravissante, cettemultitu de qui remplit ton enceinte! C'est là que sont montés nos pères et nos maîtres ; c'est là que les apôtres se sont assis comme des juges sur des sièges. Et nous aussi nous irons les retrouver après avoir vaincu et être restés fermes dans la vertu et l'observance de la loi : In domum Domini ibimns (2).
La passion dominante.
Persequar inimicos meos, et conteram : et non convertur donec consumam eos (3). A l'égard de la passion dominante, je poursuivrai mes ennemis et je les broierai : je ne m'arrêterai que quand ils seront vaincus et anéantis.
Les passions sont* des mouvements de l'âme qui lui donnent des forces pour faire et souffrir de grandes choses : quand elles sont réglées , et qu'elles se portent aux objets permis, elles sont
(1) Ps„ lxxxvi, 3. — (2J Pi., cxxi, 1. - (3) II Rois, xxu, 38.
utiles; mais, quand elles sortent des bornes, ce sont des domestiques séditieux et cruels. Si l'homme ne les tient toujours enchaînées, elles le dominent; si elles ne sont ses esclaves, il faut nécessairement qu'il soit leur victime.
Les passions sont de Dieu; l'excès où elles se portent est du péché du premier homme. L'ouvrage était pur et saint quand il sortit des mains du Créateur; mais vous savez comme il fut corrompu, et, depuis ce temps, les passions mal réglées engendrent tous nos malheurs.
Il en est une de passion dont il faut saisir le caractère, c'est la passion dominante; ensuite, nous en chercherons les marques et les suites; puis nous en indiquerons les remèdes.
Son caractère.
Il faut bien remarquer que nous avons tous en nous le germe de toutes les passions ; mais en chacun de nous il y en a une qui domine les autres, qui forme comme le fond de notre être.
Dans l'un, c'est une vivacité qui s'irrite de la moindre contradiction : pour la plus légère opposition, on s'échauffe, on s'aigrit, on s'échappe en termes de mépris, en dénominations injurieuses. Tel aurait été saint François de Sales s'il eût suivi l'impétuosité de son caractère; mais la piété,
qu'il suça avec le lait, lui servit à corriger ce penchant d'une nature violente et fougueuse. A l'école de la sainte Vierge, si pleine de bonté, de douceur, de clémence, il apprit tellement à maîtriser sa colère, que dans les circonstances les plus critiques on ne remarqua jamais en lui le plus léger signe d'impatience, mais toujours une égalité d'âme et de douceur inaltérable.
Dans un autre, c'est l'orgueil qui prend mille formes différentes : tantôt il se montre ouvertement, il veut toujours s'élever, toujours être distingué des autres ; il ne rêve qu'honneurs, qu'emplois éclatants, que succès et triomphes en tout genre; tantôt plus timide et plus couvert, il se cache lui-même sous une modestie apparente; maisensuite il paraît tel qu'il est, ou bien il nourrit dans son cœur des dépits secrets, des ennuis qui le rongent. Qu'on ait l'air de l'oublier, de lui préférer les autres, l'orgueil s'irrite. Qu'on paraisse le louer, l'estimer, l'admirer, il s'enfle d'une manière aussi ridicule qu'elle est digne de compassion. Saint François Xavier aurait été la victime de cette funeste passion si saint Ignace ne lui eût appris moins à la détruire qu'à la tourner vers le Seigneur; et cet orgueil, cette ambition, s'étant changée en zèle, donna à l'Eglise l'apôtre des Indes et du Japon.
Dans un troisième, c'est un fond d'indolence et de paresse, un état d'engourdissement et de léthargie. On ne sait rien, on n'est capable de rien : les jours, les semaines, les mois, peut-être les années, se passent, sans qu'on soit avancé d'un pas, toujours projetant et n'exécutant jamais, commençant toujours, "sans jamais rien finir.
A proprement parler, disent les moralistes, il n'y a que deux passions : l'amour et la haine, tout se rapporte là. Ou vous aimez ou vous détestez. Si vous aimez avec excès, c'est la passion déréglée. Si vous détestez aussi à l'excès, c'est le désordre de la passion. L'une de ces passions peut être notre passion dominante.
Combien d'autres passions dominantes, dont le détail nous mènerait trop loin ! Un flux de paroles qui ne sait point s'arrêter ; une malignité qui déchire sans cesse le prochain ; un commencement de sordide avarice ; une vanité puérile et ridicule pour les avantages les plus faibles ; un penchant au mensonge et à la duplicité...
Mais d'autres disent que l'on peut réduire tout cela à deux passions mères des autres. L'orgueil qui rapporte tout à soi, et la sensualité ou la paresse qui ne veut se gêner en rien. De ces deux passions, soyez-en sûr, il y en a une qui domine en nous, et peut-être que l'autre n'est pas sans y
exercer quelque empire. Cette passion dominante, nous pouvons la regarder comme notre plus mortel ennemi. Oh ! qu'il nous importe de la combattre ! Mais pour cela il faut la connaître. Demandez cette précieuse connaissance par vos prières, dans une retraite ecclésiastique que vous ferez, dans une confession générale... Implorez les lumières de l'Esprit- Saint, le secours de Marie. Dites vous à vous-même, avec la Bouche d'or: « Je sais, à n'en pouvoir douter, que mon ennemi le plus dangereux, le plus rusé, le plus cruel, est caché dans mon cœur ; oh! si je pouvais le connaître, avec quelles armes je lui ferais la guerre ! »
Voici quelques marques pour aider à découvrir la passion dominante.
Marques et suites funestes de la passion dominante.
C'est 1° celle qui est la source la plus ordinaire de tous les autres péchés. La reconnaissez-vous?... Parlons plus clairement encore ; 2° celle qui trouble davantage le repos de votre âme, et vous cause plus de remords ; 3° celle qui est la matière la plus ordinaire de vos confessions. Si ces marques ne suffisent pas, j'en ajoute une quatrième, faites-y attention : c'est le défaut le plus cher à votre cœur; qu'on attaque les autres, vous n'y êtes pas trop sensible; mais toucher à celui-ci, à ce favori, à ce
36 DEVOIRS DES TRÊTRES
bien-aimé, c'est vous toucher à la prunelle de l'œil. Voilà la passion dominante, voilà l'ennemi, et l'ennemi le plus digne de votre exécration. Après l'avoir connu, il faut le détester, et pour le détester une seule réflexion suffit. Fensez-y bien, si vous avez le malheur de vous perdre, cette pensée me fait frémir, c'est votre défaut dominant qui vous damnera.
En effet, c'est l'endroit faible de votre âme : il y a là une brèche à la muraille, et, si la place est prise un jour, c'est par là que le démon s'en rendra maître; comme, aussi, si vous fortifiez cet endroit, si vous y faites bonne garde, vous tiendrez bon et vous triompherez. Si vous terrassez le Goliath, tous les autres Philistins seront vaincus et prendront la fuite : Videntes autem PhilistUm, qubd mortuus esset fortissimus eorum, fugerunt (1). C'est la tête; or, la tête tombée, il n'y a plus de corps.
Triste état que celui d'une âme qui laisse régner la passion dominante! Les péchés y entrent de toutes parts, elle les multiplie tous les jours, elle ne craint plus les crimes qui l'inondent. De là l'affaiblissement progressif des forces de l'âme, la tyrannie de l'habitude ; les ténèbres qui vont tous les jours croissant; souvent, hélas! pour dernier résultat, l'impénitence et la réprobation. Heureux
(1) 1 Rois, xvii, 51.
et sages ceux qui prennent le parti de combattre cet ennemi funeste!
Courage, vénéré confrère! quand je vous supposerais esclave depuis longtemps de la passion dominante la plus impérieuse, la plus tyrannique, songez que les grâces sont plus abondantes que les difficultés, les secours plus puissants que les ennemis.
Remèdes à la passion dominante.
1° Il faut contre elle une généreuse résolution. Les demi-vertus, les demi-justices, les demi-volonlés, peuvent bien arrêter pour quelque temps la fougue des passions; mais jamais elles ne donneront une véritable victoire, et bientôt la passion dominante, prenant le dessus, exercera d'une manière tyrannique son cruel empire sur nos âmes : Dixi, nunc cœpi : hœc muiatio dexterœ Eœcelsi (1) : Juravi, et statui cusiodire judicia justitiœ tuœ (2). C'est décidé, voilà ce que je ferai. Je ne verrai plus jamais cette personne... je donnerai telles aumônes... je ferai telles œuvres... je m'humilierai de telle manière... et je ne craindrai pas... Non erubesco Evangelium (3). Me changer, c'est ma gloire et la gloire de Dieu.
2° La sainte habitude de l'examen, et surtout
(1) Ps., lxxi, 11. — (2) Ps., cxvm, 106. — (3) Rom., 1, J6.
38 DEVOIRS DES rRÊIRES
de l'examen particulier. Le fondement posé, c'est la forte résolution, l'examen arrive pourvoir, pour suivre de près et délibérer sur tous les moyens à prendre. Ce retour quotidien sur soi-même dispose l'homme à se précautionner sur les fautes .qu'il a commises le jour précédent. Cette obligation qu'il s'est imposée volontairement de se rendre compte de toutes ses pensées le rend plus vigilant et plus attentif sur le mal qu'il doit éviter, et sur le bien qu'il doit pratiquer. Ce retour salutaire acquerra une nouvelle efficacité si, à l'exemple de ce roi de Syrie dont parle l'Ecriture sainte qui, près de livrer bataille au roi d'Israël, ordonna à tous ses officiers de ne combattre contre qui que ce fût, soit soldats, soit capitaine, mais de diriger tous leurs traits contre le seul Achab : Rex autem Syriœ prœceperat principibus... dicens... Non pugnabitis contra minorent et majorent quempiam, nisi contra regem Israël sokim (1), si, dis-je, à son exemple, vous ordonnez à toutes les puissances de votre âme de réunir toutes leurs forces contre le vice qui est en vous comme le roi de tous les autres.
3° Ajoutez encore une confiance filiale en Marie, et vous serez vainqueur. Car la sainte Vierge, pour votre bonheur etla gloire de son Fils, vous aidera puissamment à combattre votre vice dominant. Dell) III Rois, xxii, 31.
mandez-lui cette grâce tous les jours sans manquer... Récitez ces litanies ou autres prières à son honneur, dites la sainte messe à sa louange...
4° Communiez à cette intention. Vous savez qu'une des grandes fins de la sainte communion, c'est l'extirpation des vices et l'acquisition des vertus. Par ce moyen, extirpez le vice de la passion dominante et remplacez-le par la vertu contraire. Jésus-Christ vous aidera; ayez confiance malgré les puissantes difficultés que vous pourriez rencontrer, car il a vaincu le monde : Conftdete, ego vici mundum (1).
5° Enfin, invoquez Jésus-Christ sur la croix et faites le chemin de la croix. Jésus-Christ a attaché à sa croix tous les vices et il y a sanctionné toutes les vertus. 0 instrument sacré, je vous porterai, je vous baiserai,, je vous vénérerai et je vous pratiquerai dans la voie royale à l'intention de détruire ma passion dominante !
Je ne pouvais pas indiquer moins clecinq moyens à cause des cinq pierres limpides du torrent dont David s'est servi ou se proposait de servir pour tuer le fier Goliath : Elegit sibi quinque limpidissimos lapides de torrente, et misit eos in peram pasloralem (2). David ne compte pas sur sa force pour entrer en lutte avec Goliath, mais sur la protection
(1) Jean, xvi, 33. — (2) 1, Rois, xvn, 40.
du Seigneur. C'est pourquoi il ne s'avance pas contre Goliath avec le grand sabre de Saùl, mais il prend une des pierres, l'ajuste à sa fronde, tire et étend mort le Philistin. 11 n'en fallut qu'une, il y en eut encore quatre de reste. Un moyen bien employé contre la passion peut bien la vaincre ; mais, si ce moyen ne suffit pas, il en reste encore quatre. Pourquoi ces pierres si bien polies ? Parce qu'elles sont durcies et qu'elles glissent mieux. Nos moyens employés doivent être polis de simplicité et de force pour avoir leur puissance et leur vertu. En les employant dans la fronde du zèle de notre sanctification : Infixus est lapis in fronte ejus, et cecidit in faciem suam super terram (1), notre Goliath tombe mort, et nous chantons notre délivrance.
Ah ! ce combat que je commande, cette lutte que je désire qui s'engage, est bien nécessaire aux prêtres. Car s'ils ne vainquent pas cette passion dominante, comment par leurs vertus soutiendrontils l'Eglise et pourront-ils devenir les lumières pures du sanctuaire? Si vous avez la racine des vices, elle poussera, et vous serez tous vicieux. Coupez, coupez, arrachez cette racine, détruisez ce dominateur et faites régner en sa place la vertu dominatrice; et c'est assez, dit saint Jérôme,
(1) I Rois, xvn, 49.
car quand on en a une, on les a toutes : Unam habens, omnes habet.
l'étude.
Sans le péché d'Adam, nous aurions la science infuse, par conséquent, nous serions quittes d'étudier. Mais, notre intelligence ayant été détériorée et obscurcie par la primitive prévarication, nous sommes condamnés à étudier, à travailler intellectuellement pour acquérir la connaissance nécessaire à notre état.
L'étude est nécessaire au prêtre, et pour lui et pour ceux qu'il est chargé d'instruire. Pour lui, qui ne peut développer son intelligence que par l'étude. Il étudie par lai-même et par ses maîtres. De là l'institution des collèges, lycées, séminaires petits et grands où il s'instruit et où il reçoit les instructions cléricales pour ceux qu'il est chargé d'instruire. Car comment instruire les autres, si on ne l'est pas soi-même? Comment leur apprendre la loi du Seigneur, si on l'ignore? Aussi, le prophète Malachie (l) : Lex veritatis fuit in ore ejus, et iniquiias non est inventa in labiis ejus : in pace et in œquitate ambulavit mecum, et multos avertit ab ini~ quitate. Labia enim sacerdotis cnstodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus : quia angélus Domini
\i\ Cap. ii, 6, 7.
exercituum est (1). Angélus prœparabit viam anie faciem meam.
La loi de vérité fat dans sa bouche : Lex ventatisfuit in ore ejus.,. Un des plus grands poètes français (2) avait dit : La libre vérité fut mon unique étude, et un autre (3) : La loi de Jésus-Christ fait toute me n étude.
L'iniquité n'est pas sur mes lèvres : car les lèvres du prêtre garderont la science, et c'est à sa bouche sacrée que l'on demandera la loi, car il est l'ange du Dieu des armées, et cet ange préparera les voies devant le Seigneur en apprenant la science de Dieu et en développant la prophétie. Comme vous voyez, le prêtre, pour les autres, doit être instruit.
De plus, quel déshonneur pour le Dieu de toute lumière et de toute science, que son ministre soit plongé dans les ténèbres de l'ignorance ! Quoi ! j'aurai en toi un ministre qui ne sait ni m'honorer, ni me faire honorer! Un courtisan qui me loue chaque jour par la récitation des psaumes, un médiateur qui me prie sans savoir ce qu'il dit (4) : Ipsi pastores ignoraverunt intelligentiam. Un ambassadeur qui ne sait pas présenter les affaires dont il est chargé, et qui ne les comprend même pas ! Je n'aurai pour me représenter qu'un homme stupide
(J) Maiachie, m, 1. — (2) Boileau. — (3) L'abbé Têtu. — (4) lsaïe,
semblable aux animaux ! Car le prêtre qui n'étudie jamais arrive à ce point. Quel intérêt avais-je de t'établir le gardien de mes saintes Ecritures, de t'inculquer si fort la nécessité de les méditer : Non recédai volumen legis hujus ab ore tuo ; sed meditaberis in eo diebus ac noctibus (1), ut cuslodias et facias omnia quœ scripia sunt in eo : tune diriges viam tuaniy et intelliges eam; de t'y faire trouver la lumière la plus claire pour te conduire : Lucerna pedibus meis verbum tuum, et lumen semitis meis (2) ; les armes les plus puissantes pour te défendre : Galeam salutis assumite, et gladium spiritûs, quod est verbum Dei (3); les délices les plus chastes pour te nourrir : Comede volumen istud, et est mel duce (4) ; un trésor pour t'enrichir, la clef et la source de tous les biens, si tu ne les ouvres pas, si tu ne daignes pas même les regarder?
A quoi bon dire aux peuples de recourir à toi dans leurs doutes ? Si difficile et ambiguum apud te judicium esse perspexeris... venies ad sacerdotes... et faciès quodeumque dixerint qui prœsunt loco quem elegerit Dominus, et docuerint te, juxta legem ejus, sequens que sentemtiam eorum^ nec declinabis ad dex teram neque ad sinistram (5). A quoi bon leur dire de t'interroger sur ma loi, s'ils trouvent en toi un
(1) Josuc, i, 8. — (2) Ps. cxvni, 105. — (3) Ephés., vi, 17. — (4) Ezéch., , m, 3. — (5) Deut., xvn, 8,9, 10, 11.
guide qui ne sait pas même quelle route il doit tenir lui-même, un maître qui n'est pas seulement disciple, un tronc inutile, une idole sans yeux et sans langue? 0 pastor et idolum (1)! Ah! je ne veux point, dit le Seigneur, de prêtres ignorants; ils ne méritent pas seulement d'en porter le nom, je ne les reconnais pas pour être à moi : Nunquàm nom vos (2).
Il est donc nécessaire à un prêtre de s'instruire par l'étude. Cette nécessité est encore plus urgente aujourd'hui qu'en tout autre temps. Car les sciences sont plus en vogue que jamais, et, si un curé est considéré comme un ignorant, son ministère est paralysé. 11 doit donc s'efforcer d'acquérir les connaissances nécessaires et utiles au parfait accomplissement de tous ses devoirs. Mais les lumières, les connaissances, dépendent de vous, ô Seigneur, comme les rayons dépendent du soleil. Sans soleil, point de rayons de lumière; sans Dieu, point de science : il est le Dieu des sciences et il les renferme toutes : Deus scientiarum Dominus est (3) ; elles ne peuvent sortir que de lui plus ou moins directement. Àh ! comme il faut le prier et les lui demander !
La science soulève le prêtre de terre et le porte au ciel. Là, il contemple Dieu dans son essence et
(1) Zach., xi, 17. — (2) Matth., vu, 23. — (3) I Rois, n, 3.
dans sa nature. Il est ravi. Il voit l'adorable trinité, et, sans pénétrer ce mystère, sa haute théologie lui en fait découvrir les beautés et les excellences, et il prononce hardiment qu'il a des rapports nécessaires non-seulement avec l'humanité, mais avec la morale publique et la société. Il voit les diverses hiérarchies des anges et des saints, la sainte Vierge, cette femme modèle du genre humain, l'emportant sur tous. Il descend en extase et suspendu dans les airs ; il voit l'astre du jour et l'admire ; il attend que les ombres de la nuit aient enveloppé le monde: alors, immobile, il regarde le firmament orné de la lune et des étoiles brillantes, et il s'écrie : Quàm dilecta tabernacula tua, Domine virtutum ; concupiseit et déficit anima mea in atria Domini ! Cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum. Que vos tentes sont belles, ô mon Dieu, mon âme est ravie 1 Mon cœur et ma chair se spiritualisent, tressaillent au Dieu vivant. Beali qui habitant in domo tua, Domine; in sœcula sœculorum laudabunt te,.. Quia melior est dies una in atriis tuis super millia (1). Heureux, heureux ceux qui habitent dans votre maison, ils vous loueront dans les siècles des siècles. Ah ! un jour passé chez vous vaut mieux que mille partout ailleurs. Il voit les mondes, étudie leurs dis-
(1) Ps., Lxxxui, 2, 3, 5, II.
tances, apprend à connaître leurs grands balancements, développe leurs mouvements en tous sens et fait ses calculs. 0 Dieu, maître de tout ; souverain harmonieux du ciel et de la terre, je t'adore dans tes incompréhensibilités et dans les abîmes insondables de ta majesté et de ta puissance!
La science, guide aussi fidèle que rapide, conduit l'homme de pays en pays, de royaume en royaume, elle lui en découvre les lois, les mœurs, la religion, le gouvernement; il revient chargé des dépouilles de l'Orient et de l'Occident ; et, joignant les richesses étrangères à ses propres trésors, il semble que la science lui ait appris à rendre toutes les nations tributaires de sa doctrine.
Dédaignant les bornes des temps, comme celles des lieux, on dirait qu'elle l'a fait vivre longtemps avant sa naissance. Sa préexistence était déjà une vie. Tous les sages de l'antiquité ont pensé, ont parlé, ont agi pour lui, ou plutôt il a vécu avec eux, il a entendu leurs leçons, il a été témoin de leurs grands exemples. Plus attentif encore à exprimer leurs mœurs qu'à admirer leurs lumières, quels aiguillons ne laissent-elles pas dans son esprit? Quelle sainte jalousie leurs actions n'allument-elles pas dans son cœur? Quel désir d'imiter leurs vertus? Si l'homme a étudié dans une pure intention, c'est ainsi; alors vivant dans
son siècle, il résume tous les siècles. Il les «onnrît, prend dans chacun ce qu'il y a de bon et se fait son trésor. Comme la science grand u l'homme et la porte pour y arriver, c'est l'étude ! Jamais le prêtre surtout n'étudiera trop. Mais
Quelles sont les conditions de l'étude ?
Saint Bernard les assigne en trois mots : Quo studio? Quo ordine? Quo fine?
Quo studio? A quelle étude le prêtre doit-il se livrer?
Le prêtre doit se livrer à l'étude de son état. Or l'étude de l'état ecclésiastique, c'est la sainte Ecriture, la théologie et l'ascétisme.
1° La sainte Ecriture.
Scrutarnini scripturas, quia vos putatis in ipsis vitam œternam habere (1). Scrutez la Bible, c'est le plus beau et le meilleur de tous les livres. Le plus beau, car il contient toutes les beautés et en tout genre. Le meilleur, il nous donne absolument toute science. Science de Dieu et de ses perfections, sciences morales et sociales, la science du devoir et de la vertu. Saint Ambroise appelle la Bible la livre des prêtres : Liber sacerdotalis . Saint Augustin l'appelle le cœur de Dieu : Cor Dei> et saint Grégoire une belle lettre que Dieu a envoyée du ciel aux hommes : Epistolœ quœdam omnipotentis Dei.
(1) Jean, v, 39.
Ainsi, quand vous. lisez la Bible, vous lisez une lettre qui vous vient du ciel.
Les saints Pères s'épuisent à louer l'Ecriture sainte. C'est la mère des fidèles, c'est la lampe qui nous éclaire, c'est la sagesse sortie de la bouche du Très-Haut, c'est la maîtresse et la reine da toutes les sagesses et de toutes les doctrines, c'est la nourrice des anges, la gloire des apôtres, la confiance des patriarches, l'espérance des prophètes, la couronne des martyrs, la réfection du religieux, l'occupation des évêques et des prêtres, le principe et le commencement des enfants, la consommation des parfaits, la lumière des veuves, la beauté des mariés, la bonne foi du négociant, la direction du pénitent, la résurrection des morts, la protection des vivants, la splendeur du monde. Sans elle, la philosophie n'a rien de constant, la théologie rien de solide, la science rien de parfait. Sans elle, les chaires seraient muettes, les disputes vaines } la prédication sans grâce et sans vérités, l'éloquence fade et insipide. Elle surpasse toutes les autres sciences en dignité et autorité, en certitude absolue, en biens immenses qu'elle renferme et en profondeur. « Si l'Ecriture, dit saint Grégoire le Grand, renferme des mystères capables d'exercer les plus éclairés, elle contient aussi des vérités simples, propres à nourrir les humbles et
les moins savants; elle porte à l'extérieur de quoi allaiter les enfants et, dans ses plus sécrété replis, de quoi saisir d'admiration les esprits les plus sublimes. Semblable à un fleuve dont les eaux sont si basses en certains endroits, qu'un agneau pourrait y passer, et en d'autres si profondes, qu'un éléphant y nagerait, Dieu a su les proportionner aux besoins detous, et tous sans exception peuvent y puiser avec avantage et d'immenses richesses. » Puisque c'est ainsi, qu'y a-t-il de plus respectable et de plus sacré que ce livre qui n'est pas le' livre d'un peuple, le livre d'un siècle ou d'une contrée, mais qui est le livre de tous les temps et de tous les lieux, parce qu'il n'est pas le livre d'un homme, mais le livre de Dieu ? Oh! lorsque, après avoir parcouru les livres des hommes, las de tant de sécheresse et d'aridité, j'en viens à ce livre de Dieu, et qu'approchant mes lèvres de ces pages sacrées, j'aspire le souffle de vie et de fécondité qui les anime et les pénètre, non, ce n'est pas avec l'esprit d'un homme que converse mon âme, ce n'est pas sur les traces d'une pensée humaine que je colle ma bouche ; il a passé dans tout cela quelque chose de plus que les souvenirs de Matthieu, le génie de Paul, le cœur de Jean. A travers toutes ces fidélités du souvenir, toutes ces illuminations du génie, toutes ces effusions du
cœur, il s'échappe de ce livre une vertu secrète qui subjugue l'âme , qui la touche , la remue ; les hommes ne parlent pas avec cette simplicité magique, leur âme ne rend pas de tels sons, une flamme si ardente et si pure n'embrase pas leur cœur, ne soulève par leur poitrine. Dieu a passé par là : on y sent son esprit, sa chaleur, sa vie. Il y a l'écho de sa parole, le reflet de sa lumière, l'empreinte de son doigt. Donc, à genoux devant cette Bible, car la Bible est une chose sainte, sacrée : l'humanité est là, dans ce livre, avec sa doctrine, son histoire ; et puis Dieu, lui aussi, est là avec sa lumière, sa vérité et son amour. La Bible est le livre de Dieu qui, tous les jours, doit être étudié par les hommes de Dieu.
La Bible est un livre, mais non pas un livre fait de main d'homme, c'est un livre inspiré par Dieu; il y a plus que des idées humaines : l'idée divine s'y réfléchit, s'y incarne, s'y revêt de mille couleurs diverses, s'y joue sous toutes les formes. La doctrine qui s'y trouve n'est pas une conception humaine, mais une révélation divine. Doctrine qu'aucun homme n'a conçue, qui n'est pas le fruit des réflexions d'un sage, de l'expérience d'un peuple, du travail d'un siècle, qui jaillit du sein de l'éternelle vérité, qui est descendue du ciel pour enseigner à la terre ce que l'œil de l'homme n'a pas
vu, ce que son oreille n'a pas entendu, ce que son cœur n'a pas compris. L'Ecriture nous ouvre le sein de Dieu, nous dévoile les profondeurs de l'homme, l'énigme de son origine, les mystères de sa destinée.
La Bible n'est pas seulement un livre inspiré, elle est de plus un code de lois divines. 0 code admirable, code de Dieu! A cause de tous les grands caractères de la Bible, il faut que l'esprit de Dieu, qui l'a inspirée, se répande sur l'Eglise, l'anime, la pénètre; il faut que ce souffle céleste qui agita autrefois ces lyres inspirées, qui remua ces lèvres frémissantes d'ivresse prophétique, passe de la Bible à l'Eglise, afin que l'Eglise, prenant la Bible entre ses mains, prête à cette lettre morte la vie de la parole, que cette parole vivante aille réveiller les échos de la voix divine endormis dans ces pages, et qu'ainsi, ressuscitant cette fille du ciel de son sommeil de mort, elle la présente à toutes les générations dans sa ravissante beauté et ses immortelles splendeurs.
Appliquez-vous donc à l'étude des Ecritures in spirées par l'esprit de science et d'amour. Remplis des solides instructions de la sagesse, elles perfectionnent votre âme en éclairant votre entendement. Ne vous bornez pas à les lire rapidement, comme les livres profanes ; mais cherchez à démê-
1er leur sens véritable, à découvrir les conseils mystiques qu'elles renferment, à vous pénétrer vivement des maximes de haute théologie qu'on rencontre dans les proverbes et tous les livres des prophètes ; dans celui du saint homme Jo6, et plus spécialement dans Y Evangile et dans les Epîtres des apôtres. La lecture assidue de ces divins livres vous présentera des règles assurées de conduite et pour vous et pour les fidèles ; vous trouverez dans ces ouvrages sacrés une mine précieuse de richesses spirituelles: Omnis Scriptura divinitus inspirata, utilis est ad docendum, ad arguendumf ad corripiendum, ad eru~ diendum in jastitiâ : ut perfectus sit homo Dei, ad omne opus bonum instructus (1).
Il faut que le prêtre lise la Bible avec le désir de s'instruire et de connaître la vérité, qu'il la lise avec un cœur pur, en esprit d'humilité et de prière , avec un souverain respect et tous les jours.
La vérité n'est qu'en Dieu, et c'est en lui qu'il faut la chercher. Or il l'a déposée dans son livre. Il faut donc le lire en l'y cherchant, et on la trouvera. 0 œterna veritas, tu es Deus meuSy tibi suspiro die ac nocte (2).
Il faut lire les saintes Ecritures avec un cœur pur, ou bien vos péchés et peut-être vos crimes
(1) II Tim., m, )G, 17. — (2) Conférences de saint Augustin, liv, VII, chap. x, n° 16.
vous obstrueront l'intelligence et vous ne comprendrez pas. Au reste, Dieu n'a pas coutume de se révéler à ses ennemis. Errât, dit saint Augustin, quisquis putat, veritatem se posse cognoscere^ cùm adkuc ncquiter vivit (1), le prêtre qui vit mal, qui n'a point de mœurs, qui est sans pitié et qui est l'ennemi de son Dieu, ne trouvera pas la vérité en lisant la Bible.
En esprit d'humilité, Dieu déleste les orgueilleux et il ne se montre pas à eux : il leur dérobe sa lumière et sa grâce.
De prière. Demandez et vous recevrez. Priez Dieu qu'il vous éclaire.
Avec un souverain respect. Saint Charles Borromée lisait la Bible tête nue et à genoux. Saint François de Sales était si pénétré de sa lecture, qu'il entrait en extase. Les saints disciples de saint Jérôme avaient été formés par lui à se prosterner à terre et à la baiser avant et après la lecture de quelques chapitres de la Bible. Saint Philippe de Néry la lisait devant le Saint-Sacrement, et disait que là il possédait doublement le Verbe de Dieu et comme Verbe ou parole puisqu'il lisait la parole de Dieu, et comme Verbe incarné et caché dans le tabernacîe, et il se reprochait de ne pas apporter à ce grand devoir double dévotion. Souvent il pleurait
(1) De agone christiano, cap. xiii, n° 14.
amèrement. Un saint prêtre que je connais lit son Evangile au jardin. Pourquoi? Parce qu'il se reproche amèrement de ne pas porter des fruits comme les arbrisseaux du jardin : puis ordinairement des larmes amères sillonnent ses joues.
Fréquemment. Tous les jours, le matin, il faut lire un chapitre de la Bible. La première fois qu'on la lit, il est bon de la lire sans commentaire. Il en est qui commencent par le commencement et qui suivent. D'autres commencent par le prophète Isaïe, le plus savant et le plus sublime des prophètes. D'autres par le livre de Job, le plus hardi et le plus imagé de toute la Bible. Quant au Nouveau Testament, nous n'en parlons pas comme d'une étude, puisque depuis le séminaire nous sommes accoutumés à le lire en esprit d'examen et de dévotion.
Les trésors de ta haute et profonde science
Sont inconnus, Seigneur, aux superbes humains ;
De leur faible raison tous les efforts sont vains,
Leur orgueil fait leur ignorance.
Il faut, pour pénétrer les secrets de ta loi, Captiver son esprit sous le joug de la foi, Et devenir enfant si l'on veut être sage.
Ce n'est que par l'humilité
Qu'on peut dissiper le nuage
Qui nous cache la vérité.
0 mon Dieu
Que grande est la vertu de ta sainte parole,
Et que ses charmes sont puissants !
Dans nos ennuis les plus pressants,
Elle nous flatte et nous console ;
Elle guérit notre langueur, Et sur nos passions fait régner notre cœur,
Malgré toute notre faiblesse ;
Elle calme tous nos désirs, Et souvent au milieu d'une sombre tristesse
Elle nous comble de plaisirs.
Mine d'or. Perle précieuse. De tous les rubis le plus précieux. Lettre du ciel. Don de Dieu. Cadeau des anges. Pain des intelligences. Feu des cœurs. Porte- du ciel. Joie des saints. Science du prêtre : voilà ce qu'est la Bible.
Que dirons-nous des saints Pères et Docteurs de l'Eglise. Nous ne voulons point ici les caractériser, mais nous voulons engager tous les prêtres à les étudier. Pour la morale , saint Chrysostome et saint Grégoire. Pour le dogme, saint Augustin et saint Jérôme. Pour V ascétisme, saint Basile et saint Bernard. Puis les autres, pour toutes graves questions, car vraiment ils ont tout dit. Tirez vos sermons de leur doctrine, et vous aurez une belle et solide doctrine. Comme Charlemagne, faites votre chevet de la Cité de Dieu de saint Augustin. Oh! le bon sommeil!
2° La théologie.
La théologie, c'est la science de Dieu, c'est la
50 DEVOIRS des teêtues
science qui a pour objet les choses divines, les dogmes, la morale, les préceptes religieux, théologie positive, scolastique, morale, mystique. A qui est-ce d'étudier la science de Dieu, des choses de Dieu, des mystères de Dieu, si ce n'est pas au prêtre? La science de la théologie est aussi nécessaire aux prêtres que celle des lois au jurisconsulte et celle des maladies au médecin. Elle est pour eux le flambeau qui dissipe les ténèbres de l'incertitude et du doute. C'est elle qui démêle les subtilités de l'hérésie, en découvre les artifices, apprend à en réfuter les sophismes, et à travers les labyrinthes embarrassés de l'erreur conduit sûrement à la vérité. C'est elle qui rend croyables les mystères, qui dessine les caractères de la religion et en approfondit les vérités. « A l'aide de la théologie, dit saint Augustin, la foi s'engendre dans l'infidèle, elle se conserve dans le fidèle, elle se défend de l'hérésie et se fortifie dans tous les cœurs, pour les soumettre tous à Jésus-Christ. »
Cette théologie, appelée stolastique, a une autre science à sa suite qu'on appelle théologie morale; science aussi nécessaire à un prêtre qu'elle est difficile ; c'est elle qui lui apprend à régler les mœurs, à répondre aux doutes, à résoudre les difficultés, à décider les cas embarrassants, à lever les scrupules, à diriger les consciences, à faire
rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Ars arlium, regimen animarum, dit saint Grégoire; et cet art le prêtre doit l'avoir.
La science ecclésiastique renferme encore la connaissance des canons de l'Eglise, de sa discipline ancienne et nouvelle, de son histoire et enfin celle de toutes les choses qui ont rapport au culte de Dieu, comme le sacrifice, les sacrements, les cérémonies, etc.
Or le prêtre- doit savoir tout cela et l'avoir étudié. Jamais donc il n'étudiera trop la théologie. Lisez tous les jours deux ou trois pages de théologie avec réflexion, et vous n'oublierez pas les principes. Consultez quelques grands théologiens sur les questions les plus difficiles, et vous recevrez de bonnes solutions.
Ce que je dis suppose que l'on a dans sa bibliothèque des livres à lire et des livres à consulter. Quels sont les livres à lire ? Des chefs-d'œuvre et très-courts. Quels sont les livres à consulter? Les grands ouvrages, comme les saints Pères, les grands théologiens, saint Thomas, Suarès,Vasquez, Sanchez, Bonacina, etc. Les abrégés à lire sur la théologie, comme Catechismus ad ordinandos, Alagona, qui a abrégé la Somme de saint Thomas, Bir sembaûm, etc. Si vous prenez le change et que vous lisiez ce qu'il faut consulter et que vous con-
sultiez ce qu'il faut lire, vous perdrez votre temps et vous arriverez à la mort sans rien avoir appris. Parmi nos théologiens actuels, saint Alphonse de Liguori joue un grand rôle, il a de très-bons abrégés de théologie. C'est un savant du premier ordre; il est bon que ses œuvres ornent une bibliothèque ecclésiastique. Nous avons connu des prêtres vénérables, morts même en odeur de sainteté, qui, tous les jours de leur vie, ont étudié la théologie et n'ont guère étudié que cela, connaissant à la perfectien tous les devoirs et les détails de leur ministère. Quels curés ! Comme ils étaient forts et savants en théologie ! Quels directeurs des âmes! Quels confesseurs!
3° V ascétisme.
C'est la science de la vie spirituelle. Oh! qu'elle est aussi nécessaire au prêtre ! Sans elle, comment dirigera-t-il les âmes? Comment formera-t-il les consciences? Comment connaîtra-t-il les voies de Dieu? Etranger au mysticisme, il s'égare et éga~ rera ses disciples. A cette occasion, je dis qu'il faudrait, dans tous les séminaires du monde, un cours réglé de théologie mystique pour former 1 jeunes clercs à la vraie spiritualité; à ce défaut qui est bien grand, il faut substituer une étude sérieuse de la spiritualité ou de l'ascétisme. Pour cela quel s livres à lire ?