LES PENSÉES DE VOTRE ESPRIT
Ce n'est pas que les pensées par elles-mêmes puissent altérer notre pureté, si le cœur ne les commande ou ne les adopte ; ce n'est qu'au cœur que notre innocence est confiée, elle ne se peut perdre que de son consentement. Or combien est-il de ces pensées qui sont concentrées, que le Saint-Esprit appelle perverses et qui nous pervertissent en effet, qui nous séparent de Dieu et nous font encourir sa disgrâce : Perversœ cogitationes
(l)Prov., iv, 23.
séparant à Deo (1) ; elles ne sont pas toujours libres en elles-mêmes, nous ne les appelons pas à dessein de nous en entretenir ; mais elles le sont dans leur cœur, elles le sont par notre négligence à prévenir et à éviter mille choses qui les occasionnent, dans notre négligence à les repousser avec force et avec vigueur; elles le sont dans les regards curieux et indiscrets qui les font naître, elles le sont dans les familiarités trop grandes, qui les nourrissent et les entretiennent ; dans les lectures hardies, téméraires et profanes qui les gravent dans la mémoire et les y rendent, en quelque sorte, ineffaçables. Ah ! que de chutes honteuses et déplorables qui n'ont point eu d'autres principes que les pensées négligées et faiblement combattues! Etqu'on ne dise pas que ces sortes de pensées ne font aucune fâcheuse impression sur le cœur. Quand la chose serait aussi vraie qu'elle est fausse, on aurait tort de se tranquilliser, ce serait exposer sa pureté; or exposer cette vertu, c'est la perdre : Qui amat periculum, in Mo peribit (2).
PRESQUE RIEN DE i/lMAGINATION.
L'on n'ignore pas ses dérèglements et combien elle est funeste à la pureté. Sans elle, il n'y aurait pas d'objets dangereux, on pourrait les regarder tous indifféremment, même les plus obscènes. C'est elle qui les rend présents, lors même qu'ils sont fort éloignés; qui les réalise quoiqu'ils n'existent pas, et
(l) Sagesse., i, 3. — (2) Eecîi., m, 27.
qui leur fait faire sur le cœur des impressions aussi vives et aussi funestes que s'ils existaient vraiment. Il n'est pas de désordre dans lequel on ne puisse tomber et dans lequel on ne tombe en effet quand on néglige de veiller sur elle, de la régler et d'en arrêter les écarts. Qu'il en coûte pour être chaste! que d'efforts à faire 1 que de choses à s'interdire ! que de précautions à prendre ! Enfin, que d'ennemis à combattre et à vaincre ! Notre chair en est un des plus dangereux et des plus opiniâtres.