‹ Devoirs des prêtresChapitre 34 sur 54 · DE LA PECCAMÏN0S1TÉ DE LA TIÉDEUR ET D'OU SE TIRE-T-EULE · texte numérisé non relu

DE LA PECCAMÏN0S1TÉ DE LA TIÉDEUR ET D'OU SE TIRE-T-EULE

1° La tiédeur a le caractère spécial de peccaminosité qui soulevait le cœur de Dieu par ses torpeurs indignes; Dieu soulève aussi le cœur du tiède dans ses rapports avec lui. La tiédeur dégoûte Dieu jusqu'à le faire vomir, et Dieu dégoûte le tiède par ses exigences» Le religieux tiède était fait pour former comme la substance de Dieu même par ses vertus, par sa sainteté, par son union avec Dieu jusqu'à ce qu'il fût déifié, car il y fût arrivé. C'était même ainsi dans le temps de sa première ferveur. Mais il a mieux aimé forcer le Seigneur à l'arracher du fond de ses entrailles, où, mangé par lui, il ne faisait qu'un avec lui, et à le vomir de sa bouche avec des efforts inouïs. Vous voyez cette indigne réciprocité. Dieu, qui est la sainteté même, ne peut être uni au tiède d'une union intime, et le tiède ne veut pas s'unir à Dieu. Il s'oppose à sa gloire en ne l'honorant pas dignement et avec ferveur, comme son créateur } comme son Père, comme son bienfaiteur et comme son maître.

Mais, direz-vous, il est en grâce et ne commet point de péché mortel !

Il ne faut pas, dans les actions, examiner si c'est mortel ou non, il faut considérer si c'est d'une plus grande perfection, si cela plaît à Dieu davantage ou si cela le contriste même légèrement, Est-ce une

marque d'amour de Dieu d'en agir ainsi avec lui? Est-ce péché mortel, est-ce péché véniel? C'est péché, c'est assez! Offense d'une majesté infinie, d'une grandeur infinie, d'une beauté infinie, par une créature finie ; arrêtez ! n'allez pas au delà. Qui supporte un enfant qui dit : À la vérité j'aime mon père ; mais, à l'exception de blessures mortelles et de la mort , toutes les injures que je pourrai, tous les chagrins qu'il est en mon pouvoir de lui causer, je le ferai sans respect et sans chagrin, librement : je me soucie fort peu de lui plaire plus ou moins; pourvu qu'il ne me prive pas de mon héritage ou qu'il ne me punisse pas de mort, cela suffit.

Raisonner ainsi est une indignité. Or le tiède raisonne ainsi. J'aime Dieu, semble-t-il dire, j'aime Dieu, je ne voudrais pas l'offenser mortellement et le détruire, car le péché mortel détruit Dieu.. . cela se comprend... mais l'injure que lui font mes négligences, mes omissions, mes exercices malfaits, ma dissipation, mes mensonges qui blessent sa vérité, cela m'inquiète peu... son bon plaisir, sa sainte volonté dans les choses petites à mes yeux, je ne m'en soucie pas; pourvu que je ne sois pas privé de son bien, le ciel, et que je ne meure pas pour l'éternité, c'est assez. Un courtisan raisonnerait-il ainsi pour son prince? craindrait-on seulement de le blesser à mort ? ou bien si l'on craindrait de lui faire le moindre déplaisir ? Un coup d'œil. . . un geste... une manifestation de sa volonté... comme l'on court pour l'exécuter ! Et Dieu ! c'est ainsi qu'on

l'aime! c'est ainsi qu'on veut lui plaire! Ah! plutôt c'est ainsi qu'on le contriste! Et cependant, dit-il, qu'ai-je dû faire à ce religieux, à ce prêtre, que je n'aie pas fait? Je l'ai amené ici, je l'ai nourri, je l'ai porté quand il ne pouvait marcher... je l'ai comblé de mes bienfaits... et puis maintenant il n'a aucune attention pour me plaire, pour aller au-devant de mes volontés et les accomplir !

Oh ! qu'est faible la foi du tiède ! comme elle est diminuée! Qu'est Dieu pour lui? Est-ce ainsi qu'il doit être aimé, qu'il doit être adoré? Béate sumus, Israël, quia quœ Deo placent, manifesta simt nobis(ï). Obliti enïm estis Deum qui nutrivit vos, et contristastis nutricem vestram (2), nutrivi enimillos cum jucunditate : dimisi autem illos cum fletu et lucta (3).

Qui timent Dominum, inquirent -quœ beneplacita sunt ci : et qui diligunt eam, replebuntur lege ipsius (4).

Qui timent Dominum, prœparabunt corda sua, et in conspectu illins sanctificabunt animas suas (5) .

|° La tiédeur est énorme, parce qu'elle est opposée à notre avancement spirituel... le char ne peut rouler, la tiédeur est le plus fort bâton dans les roues... au contraire elle le retarde, elle l'annihile. .. ennemie du progrès... c'est une demi-mort... la plus funeste, c'est une léthargie... Ascensiones in corde disposuit (ô), ibunt de virtute in virtuîem (7). Voilà l'ouvrage de Dieu : ibunt, ils iront, c'est le mouvement, c'est la vie... la

(1) Barueh., iv, 4. —(2) Ibid., 8. — (3) lbid., 11. — (4) Eccli., 11, 19. — (5) Ibid., 20. — (G) Ps. lxxxiii, G. — (7) lbid., 8.

tiédeur au contraire fait descendre, fait tomber... avec elle pas un seul pas en avant,.. cvest au contraire un poids qui vous arrête et vous empêche de gravir la montagne de perfection . . ;

Le tiède est pesé et trouvé 'trop léger. ., Mane, Thecel, Phares.

3° Opposée au cours de la Providence quelle interrompt et qu'elle change sur nous, Dieu voulait faire de ce religieux et de ce prêtre un grand saint., . il avait pour cela proposé ses grâces, organisé ses desseins... mais la tiédeur vient tout déranger et tout désordonner... elle arrête... elle change tout... rien de ce qui devait se faire ne se fera..t

4° Opposée au ciel... Car : Nemo mittens inanum ad aratrum et respiciens rétro, aptus est regno Dei (1) ... La tiédeur mine les âmes en les poussant à commettre une multitude de péchés véniels ou à s'arrêter et ne rien faire; c'est le champ des paresseux : Transivi per agrum pigri et vineam stulti : et ecce totum replcvcrant urtktè , et operuerunt super ficiem ejus spinœ (2)... Eu tarissant les grâces, les lumières, les inspirations... arrêtant et coupant court les restes de ferveur, détruisant le courage pour résister; alors le tiède ne peut se tenir en l'air, il tombe au mortel et le ciel est perdu.. . Non est aptus regno Dei.,. Il n'est pas apte... parce qu'il n*a pas l'amour ardent : Amor per animas... c'est le pied de l'âme avec lequel elle marche. .. ou plutôt elle > court : Cursus vacare nequi t.... elle ne se repose pas...

(1) Luc, ix, 62. — (2) ProY., xxiv, 30.

toujours active, toujours agitée... en action pour plaire à Dieu... mais il ne l'a pas et il est perdu !

Trois témoignages sont portés sur la peccaminosité de la tiédeur : le témoignage de Dieu, des Saints, de la Raison.

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