‹ Devoirs des prêtresChapitre 33 sur 54 · SINCÈRE AVEU DE LÀ TIÉDEUR PAR UN ANCIEN PÈRE · texte numérisé non relu

SINCÈRE AVEU DE LÀ TIÉDEUR PAR UN ANCIEN PÈRE

Ce qui me consterne, c'est que je me trouve bien mauvais dans ma communauté en présence de Dieu. Il m'a placé lui-même dans ce lieu de volupté sainte, dans cette maison d'abondance, dans ce paradis de délices, et puis, malheureux et misérable que je suis ! je péris de faim dans l'abondance, je brûle de soif près de la fontaine et je tremble de froid devant le feu : je ne veux donner la main à rien, ni battre coup de mes bras, tant je suis paresseux et tiède. C'est ainsi que je perds le temps que Dieu m'avait donné dans sa bonté pour faire pénitence, pour remporter la victoire, acquérir la grâce et mériter la gloire. Je suis ici comme un monstre parmi les enfants de Dieu; j'ai l'habit du religieux sans en avoir les mœurs. Avec cet extérieur de religieux, je crois que tout est sauvé. J'occupe la terre comme un arbre stérile et comme un vil animal, je consomme plus que je ne profite. Je tiens la place plus élevée d'un autre et je ne supplée l'office de personne ; mais je suis comme un tronc sans feuilles et sans fruits. D'autres me nourrissent du travail de leur» mains, comme leur prébendaire. Je suis comme un

pauvre et un malheureux; je ne représente ni le clerc ni le laïque, car je ne puis ni chanter ni rire, et je ne sais pas travailler, mais je suis l'opprobre des hommes, plus vil qu'une bête, plus infect qu'un cadavre; un chien pourri est plus supportable aux yeux des hommes malgré son infection, que l'âme pécheresse devant Dieu. C'est pourquoi je suis ennuyé de vivre ; j'en rougis, parce que j'avance si peu! Je crains, du moins, parce que je ne suis pas prêt $ cependant j'aime mieux mourir et me jeter entre les bras de la miséricorde de Dieu qui est si bon, que de scandaliser mes frères par une vie tiède et ma mauvaise conduite. Car tout le jour ma honte est contre moi et la confusion couvre ma face lorsque je me vois si lâche pour les exercices, si tardif pour l'office et si paresseux pour le travail des mains. J'en vois d'autres qui assistent à l'office avec tant de courage et de dévotion , qui louent Dieu avec tant de zèle et un si grand respect : et moi, moi je ne puis pleurer tant j'ai le cœur dur ! Je ne puis chanter, je n'aime pas prier, je ne trouve pas de quoi méditer tant est grave la stérilité de mon âme et affreux mon défaut de dévotion.

Malheur à moi ! le Seigneur visite tous ceux qui m'environnent et il ne daigne pas s'approcher de moi. Car j'en vois un qui est très-mortifié, un autre d'une patience admirable , celui-ci d'une humilité profonde et d'une douceur angélique, celui-là plein de miséricorde et de bonté ; tel autre, grand contemplatif, et celui-là qui pénètre les cieux par la ferveur de sa

prière; et beaucoup d'autres qui portent la prééminence des vertus. Je les considère tous et je les vois tous fervents, dévots, unanimes en Jésus-Christ, tous affluents des dons célestes et de la grâce , vraiment .hommes spirituels que Dieu visite et dans lesquels il habite. Je ne trouve rien de cela dans moi, car le Seigneur dans sa colère s'est retiré de son serviteur. De là il arrive que, quand les autres veillent, moi je dors ; quand ils chantent l'office, moi je cours ici et là; quand les autres fuient la société des hommes pour s'entretenir avec le Roi des anges, moi je cherche les colloques des hommes ; quand les autres disent des leçons, je fais des fables, et, quand les autres se jugent eux-mêmes, moi je juge les autres. La vie commune, la discipline commune, l'étude commune, plaisent aux autres, et moi je cherche les angles et les détours. C'est ainsi que, depuis que j'ai pu pécher, je n'ai jamais cessé de pécher et de malfaire. J'ai toujours accumulé péché sur péché, et, quand je n'ai pu pécher par actions, j'ai péché par désir et volonté. 0 tiédeur, infection de ma vie, monument de ma malice,joie de l'enfer !

0 tiédeur! mon poison, ma ciguë, ma ruine, ma dislocation, ma mort!

Bons religieux ! apprenez à mes dépens ce que c'est que la tiédeur avec tous ses venins !

Page 1