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C'EST L'HOMME DE LA DOCTRINE

Ce sont les doctrines qui forment la société, qui la consolident ou l'altèrent.. . Écoutons l'homme de Dieu ! Il parle et il nous apprend, non à mesurer les cieux, à sonder les abîmes, à parcourir des mers nouvelles qu'aucun siècle n'avait connues, mais à connaître Dieu et à savoir ce que nous sommes.

Que de merveilles, dit saint Chrysostome, sa céleste doctrine fait passer sous mes yeux! Elle me transporte aux premiers jours du monde, elle me fait assister au conseil de la création, elle me montre l'homme sortant des mains de Dieu, couronné d'honneur et de gloire, et tout à coup déchu de ce sublime état par le crime de son orgueil. Elle m'explique le paradoxe de mes penchants si opposés, et me développe tous les

mystères de mon être; elle nie révèle le secret, de ma grandeur et de ma faiblesse; et, m'expliquant cette corruption qui vit en moi et les nobles élans qui me portent à la vertu, elle accorde parfaitement et la bonté de Dieu et le spectacle de ma misère; elle relève mes espérances par la réparation de l'homme, et, par le don d'un Rédempteur, elle me garantit mon immortalité.

Tout ce que Dieu est par rapport à moi, et tout ce que je suis par rapport à lui, les titres de sa souveraineté et ceux de ma dépendance, tout ce que je puis attendre de ses grâces ou tout ce que je puis craindre de ses vengeances, enfin, mon origine et ma destinée, ma fin et mes devoirs, la vertu que je dois suivre, le terme où je dois aspirer, tout est par elle décidé avec certitude.

Ce n'est pas sans doute que cette doctrine si lumineuse, ainsi que parle le prophète, n'ait aussi ses ténèbres et ses saintes obscurités : Sicut lenebrœ ejus9 ità et lumen ejus (1). Et pourquoi ne les aurait-elle pas? Pourquoi le livre de la loi n'offrirait-il pas ses mystères comme le livre de la nature? Pourquoi Dieu serait-il moins incompréhensible dans sa parole que dans ses opérations? dans ses lois que dans la création de l'univers? Mais, d'une part, si les difficultés déconcertent ma raison, de l'autre elles concourent à produire la vertu.

(1) Ps.cxxxvm, 12.

En effet, quand les mystères ne feraient que répandre sur la loi sainte je ne sais quel voile auguste qui la mette à l'abri de notre orgueil et de notre inconstance, et une majesté vénérable qui la distingue évidemment de tous les ouvrages des hommes, je ne pourrais que bénir la souveraine autorité qui me commande de les croire. Le mystère de la Trinité qu'est-ii pour moi? qu'un plus grand sujet d'adoration et de respect. Le mystère de l'Eucharistie, qu'un plus grand sujet de pureté et d'innocence? Le mystère de la grâce, qu'un plus grand sujet de crainte et de salutaire frayeur ? Qu'il est donc beau, ce code de doctrine tout plein de vérité, de sagesse et de fruits prospères ! Il n'y a pas un mois qu'un bon pasteur est au milieu de sa paroisse que déjà l'on s'aperçoit qu'il y sème la doctrine du ciel, qu'il y répand les maximes de l'Évangile et qu'il y fonde les usages de la sainteté. Aimezvous les uns les autres, assistez -vous mutuellement... Soyez chastes et purs... fuyez les mauvais discours... Soyez justes et probes... heureux le peuple qui s'entend évangéliser de la sorte! Avec ces doctrines la paroisse sera florissante, les familles vertueuses et les paroissiens bons, fidèles. La société en sera affermie, ses liens resserrés, ses membres sacrés.

Oui, ce bon pasteur, c'est l'homme de la doctrine; mais c'est, aussi l'homme de la morale.

Oui, il prêche la morale et il en donne des leçons en chaire, au confessionnal, en conversant. Il explique' la loi du Seigneur qui est immaculée et qui convertit les

INSTALLATION d'un CURÉ DANS SA PAROISSE 291

âmes : Lex Domini immaculata convertens animas (\), il grave dans les cœurs cette divine morale et en fait la ligne du devoir et de la conduite de tous ses paroissiens.

Mais grande et sublime destinée de l'Évangile ! il laisse aux politiqnes le soin d'arranger la forme extérieure de la société, et se réserve un plus bel ouvrage : celui qu'aucun sage de l'univers n'a jamais pu entreprendre et n'a jamais tenté, c'est-à-dire la force d'enchaîner les passions, de conquérir les volontés et de placer au milieu de nous son trône et son royaume : fiègnum Dei intrà vos est (2).

Les mœurs et la vertu ne se raisonnent pas, elles s'inspirent : irez -vous donc, avec vos arguments subtils et vos magnifiques sentences, sommer les passions de fléchir et la cupidité de se rendre? Que nous importent tous les beaux traités de morale? avons-nous donc besoin de tant de discussions pour nous apprendre que la vertu seule est aimable, et que les passions sont honteuses? II ne s'agit point de convaincre l'esprit, mais de parler au cœur ; de condamner nos désordres, mais de les guérir : de conserver nos vices, mais de nous apprendre à les vaincre ; de nous conseiller de ne pas suivre le torrent, mais de nous en donner la force; de nous apprendre à fuir les plaisirs, mais de nous affranchir de la triste nécessité de les aimer; de me prêcher la patience, mais de m' élever au-dessus de mes maux^

(1) Ps. xvm, 8. — (2) Luc, xvu, 21 .

de vanter ta nio léralion, unis de rempli r le vide immense qui tourmente mon cœur.

Pauvre sagesse humaine , tu ne fais rien de tout cela : tu me dis qu'il faut me suffire à moi-même, mais tu me laisses tout mon néant et toute ma faiblesse; tu me montres les sacrifices, niais où sont les dédommagements? Tu me découvres tout au plus mes devoirs, mais que me sert de les connaître si je ne puis les pratiquer? Ah ! je me tourne donc vers la loi de mon divin maître : je trouve, non la stérile censure de mes vices, mais le prompt remède à mes maux ; non une doctrine qui m'invite simplement, mais une grâce toute-puissante qui me porte et qui me soutient, qui m'aplanit la route du devoir, qui pénètre jusqu'à la source de ma corruption, qui sait en même temps condamner mes passions et les affaiblir, qui fixe mon inconstance dans le bien, qui me met en main le glaive à deux tranchants qui doit servir à me combattre, qui me détache de la terre en m'élevant au-dessus de tout ce qui passe, qui m'apprend à souffrir en donnant un prix à mes peines, qui porte dans mon cœur le sentiment de l'infini, qui élève mon âme à la mesure de l'éternité, qui me fait mépriser les faux biens en portant mes désirs vers la région des biens futurs, qui me déprend efficacement des faux charmes des créatures, en imprimant bien avant dans mon cœur qu'elles ne sont pas mon Dieu.

Mais cette excellente morale est si simple, elle s'adresse à l'humanité entière : elle embrasse tous les âges

comme tous les états; le peuple le plus borné, l'enfant le plus tendre, la comprennent comme les plus grands génies. Ecoutez ! « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu » de tout votre ccrur, de tout votre esprit et de toutes » vos forces : Vous aimerez votre prochain comme » vous-même. » Voilà cette parole simple et lumineuse qui d'un seul trait développe toute la morale, cette maxime sensible et populaire que toute l'enflure de la raison ne saurait remplacer. Jésus-Christ apprend à l'homme tout ce qu'il peut concevoir de plus grand et pratiquer de plus sublime : Tu aimeras : diliges (1) ! Qui? Dieu : ah !... ton prochain .. c'est tout !

Vénérés Confrères et grand Pasteur , quelle est donc cette loi que vous allez prêcher ici? Cette admirable morale, qui ne ressemble en rien à aucune morale ; qui n'a rien emprunté des autres et de laquelle toutes les autres ont emprunté ; qui a dit tout ce qu'on n'avait jamais dit et mieux que tout ce qui était dit ; cette morale qui met autant de vertus dans l'âme que de lumière dans l'esprit ; cette morale si douce, que l'âme la plus faible n'en peut jamais être découragée... à portée des moindres enfants par sa simplicité, supérieure aux plus grands génies par sa sublimité ; si populaire qu'ilest impossible de ne pas la comprendre; si haute, qu'on ne peut trop la méditer ; où tout est pour le pauvre et le malheureux... Bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui souffrent per-

(1) Matth., xxii, 37-39.

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sédition... Venez à moi ! vous tous qui êtes affligés et je vous soulagerai !...-

Prosternons-nous devant cette morale, elle est divine. Et c'est vous qui la prêcherez, homme de Dieu !

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