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FAIT DE LA PAROISSE

Cette paroisse, vivace de foi chrétienne, sage dans ses conseils, grande dans l'exécution, vient d'ériger un monument : c'est le grand et magnifique cimetière placé dans un local si propice, à l'orient, pour que ses habitants reçoivent à chaque aurore le grand Orient du ciel qui les délivrera et les béatifiera. Je la loue, cette paroisse, dans son zèle, et je l'honore. — Les règles canoniques sont suivies, la terre des morts ne peut être profanée par des usages indécents ni souillée par les animaux et les voyageurs à cause de ses murs d'enceinte. Ce cimetière est un spectacle aux travailleurs des champs et des prés qui, en le voyant, feront de salutaires réflexions. Il vous vénère, ô morts, qui

l'OUR LA BÉNÉDICTION D'UN CIMETIÈRE 381

en avez été les prémices ; reposez tranquilles sous l'égide de la croix : un jour vous vous lèverez à sa lumière éclatante.

CONSÉQUENCES MORALES ET PRATIQUES. SOUVENIRS. CON- SIDÉRATIONS. RÉSOLUTIONS.

Souvenirs,

Voici donc la dernière maison bâtie à peu de frais et devant durer jusqu'à la fin des temps. Ici l'on pourra bientôt contempler parents, amis, voisins, compatriotes, pères, mères, enfants, époux, épouses... Il s'écriera bientôt, cet homme : Voici la chair de ma chair, l'os de mes os : Hoc os ex ossibus meis, et caro de carne meâ (1). Cette chair est morte et la mienne vit encore, mais c'est la même : or, dit saint Paul, personne n'a jamais détesté sa chair : Nemo unquàm carnem saam oclio habuit (2). Je dois donc me souvenir de mon père, de ma mère, de mon épouse.

Vous avez de vos morts quelques souvenirs, comme un meuble, un anneau, un habit, un livre, un instrument, un crucifix, des cheveux... je vous en félicite : Eh ! avec quel respect vous les portez, vous les baisez, vous les conservez, vous les honorez ! Mais le corps, le corps saint, le corps christianisé, le corps divinisé, si j'ose le dire, de ce père, de cette mère, de cette femme, de cet époux, n'est-il pas infiniment plus précieux que

(1) Genèse, n, 23.— (2) Ephés., v, 29.

ces ornements ? Ce corps ressuscitera, et les jrnements non ; ce corps spiritualisé vivra au ciel éternellement avec l'âme, et vous pourriez l'oublier ! Non, non, pas plus que l'âme.

Je vous dis : Souvenir, et j'insiste. Car l'ingratitude est un vice odieux toujours accompagné de châtiment. Quoi ! vous avez hérité, et c'est bien. La mémoire de vos proches a péri avec le son, dit David : Periit memoria eorum cum sonitu (1). Non, le souvenir doit vivre éternellement. Il y a, chrétiens ingrats, destruction pour vous si vous oubliez, car l'homme ne vit que de souvenirs.

J'insiste, pourquoi? Parce que le souvenir de la personne rappelle des qualités, des vertus, sa mort....

Considérations,

La première considération résume la devise de notre temps.

Écoutez saint Paul : Nous savons que toute nature gémit et enfante jusqu'aujourd'hui; elle ne fait pas seulement que gémir et enfanter, elle souffre, elle a une souffrance qui lui a été donnée contre la vanité, et toute nature, quelle qu'elle soit, un jour sera délivrée de la servitude et de la corruption pour servir à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu (2) : c'est donc ici seulement que nous trouverons la vraie liberté ou, pour mieux dire, la préparation à la liberté. Soyons

(1) Ps. IX, 7. — (2) Rom.,,"vm, 22.

donc saints, et nous serons libres après nos gémissements, nos vanités et nos souffrances de cette vie.

Égalité. Ici tout le monde est égal. Le roi et le berger, le riche et le pauvre, le savant et l'ignorant, le bourgeois et le paysan sont égaux. Même terre, même fosse, mêmes cérémonies, mêmes prières. « L'indigent » de l'Évangile, en exhalant son dernier soupir, de- » vient soudain un être auguste et sacré. À peine le » mendiant qui languissait à nos portes, objet de nos » dégoûts et de nos mépris, a-t-il quitté cette vie, que » la religion nous force à nous incliner devant lui. Ce » mendiant vient de monter à un trône céleste... Le » grand nom de chrétien met tout de niveau dans la » mort. » (Chateaubriand.)

Une seule chose produit l'inégalité à la mort et au jugement; ce sont les œuvres. Un riche et un pauvre sont devant Dieu; ces titres-là n'existent plus. Mais ce qui existe, ce sont les œuvres. Le pauvre a fait de bonnes œuvres : sauvé. Le riche, de mauvaises : damné. J'entends une voix du ciel qui dit : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, leurs œuvres les suivent : Beati mortui qui in Domino moriuntur. . . opéra enim illorum sequuntur illos (1).

Fraternité. A la mort et après la mort, frères. Prier en frères, pardonner en frères, aimer en frères, soulager en frères

Je viendrai ici., quand? Je n'en sais rien., demain... hieràeux, aujourd'huiàmoiilM^m, tibi hodie (2) . . .

(1) Apoc, xiv, 13. — (2) Eccli., xxxvui, 23.

Vanité des vanités, tout est vanité. .. ô honneurs, vous êtes pure vanité; voici votre terme, ô richesses!... ô plaisirs! La jeunesse la plus florissante à côté de la vieillesse décrépite. . . la santé la mieux affermie à côté de langueurs et de maladies continuelles... O vanité ! Qu'y a-t-il de solide? rien. Qu'y a-t-il de durable? rien... Qu'est-ce que la vie? une ombre...

J'ornerai mon corps de saintes habitudes et de vertus, et non de vanités....

Oh! les bonnes leçons que nous donne la mort ! Bonum est, ô mors, judicium tuum (1). Si nous en profitions, nous serions les plus sages des hommes.

Résolutions.

lre Résolution. Prier pour vos défunts... Misereniiiii meî) miseremini meî, saltem vos, amici mei, quia manus Domini tetigit me (2) . . .

2e. Faire administrer vos parents...

3e. Vous préparer à la mort par la pensée, les vertus et la sainteté d'une vie vraie, préparation à une sainte mort.

(i) Eccli., xli, 3/— (2) Job, xix, 21.

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