‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 112 sur 331 · LIVRE III , CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE V

raies et particulières pour régler sa vie conformément aux'réflexions qu'on a faites sur le sujet proposé. L'oraison mentale est composée de trois parties , savoir : de la préparation , de ce qu'on appelle le corps de l'oraison et de la conclusion. Nous allons les décrire en peu de mots, et les parcourir rapidement.

I, Pour bien faire la méditation, il faut s'y préparer. Préparez votre âme avant l'oraison, dit le sage (1) ; s'y présenter sans cette précaution, c'est vouloir tenter Dieu (2). Mais quelle doit être cette préparation? Il en faut distinguer ici de deux sortes : la préparation éloignée et la préparation prochaine. Celle-là consiste premièrement dans un grand recueillement, dans un dégagement universel de tous les soins et de tous les embarras du siècle ; la méditation demande un esprit et un cœur libres de tout trouble et de toute passion , pour pouvoir s'appliquer uniquement , entièrement et sans dissipation , à la considération des grands objets qu'elle propose : elle veut surtout une grande pureté de cœur, un entier éloignementdu péché et de tout ce qui pourrait y conduire , des intentions pures, des passions mortifiées; toutes ces dispositions étant absolument nécessaires à celui qui médite pour attirer et fixer sur lui les lumières et les grâces du ciel dont il a besoin. Si je vois le péché dans mon cœur, dit le prophète, Dieu n'écoutera point, Dieu n'exaucera point ma prière (3). Aussi l'apôtre saint Jacques exhorte ceux qui veulent s'approcher de Dieu par l'oraison , de s'en approcher avec un cœur et des mains pures , ou du moins de s'efforcer à les purifier par la pénitence (4). Porter à l'oraison un cœur encore attaché à la créature et au péché , c'est mettre obstacle aux lumières que Dieu voulait communiquer et aux grâces qu'il voulait répandre.

La préparation dont nous parlons renferme encore l'attention à bien choisir les sujets de son oraison. Il faut s'attacher à ceux qui sont convenables à ses besoins , à ses dispositions et à l'état de son âme. Les ecclésiastiques pouvant être considérés et comme chrétiens et comme ministres des autels , il y a pour eux deux sortes de sujets de méditations , dont les uns sont communs à tous les fidèles , et les autres sont propres à l'état saint qu'ils ont embrassé. Comme chré-

(1) Ante oralionem pvaeparaanininm tuam. (EccH. c. 8. v. 23.)

(2) Etnoli esse quasi hoino qui tentât Deuni. {Ibid.)

(3) Iniquitatem si aspexi in coide meo , non exaudiet Dominas. (Psaïin. 65.)

(4) Appropinquate Deo el appropinqnabit \obis; çraundate uianus, puiificate corda. {Jac, c. 4= v, 8.)

21^ OBLIGATIONS D'ktAT DÎT S.VC'.ETIDOCE.

tiens , les sujets qu'ils peuvent prendre pour méditer, sont les perfections de Dieu , sa toute-puissance , sa bonté , sa justice , ses miséricordes , sa providence , etc. ; les mystères de la vie et de la passion de Notre Seigneur, sa résurrection , etc. ; toutes les vertus chrétiennes pour les pratiquer, tous les vices et les péchés pour lesf éviter, etc.

Comme ecclésiastiques ou comme prêtres, les sujets qu'ils doivent' principalement œ.éditer, sont la grandeur et l'excellence de leur état ; une vocation divine à cet état , les marques et les caractères de celte' vocation , les vues qu'on doit se proposer, et celles qu'on doit écarter en y entrant ; les devoirs et les obligations attachées à cet état ,. et les dangers qui en sont inséparables ; la sainteté que doivent'avoii" les ecclésiastiques , et les caractères propres de malice et d'énormité qu'aurait en eux le péché , s'ils avaient le malheur de s'y abandonner, les fins dernières des ecclésiastiques, la mort, le jugement, l'enfer, tout ce que ces grands objets ont d'effrayant pour eux, encore plus que pour les chrétiens du commun ; les vices particuliers que les ecclésiastiques doivent éviter avec plus de soin : l'inconti nence, l'esprit d'intérêt, l'intempérance, l'oisiveté et l'ambition ; lafuite du monde, l'amour de la retraite et du travail; toutes les vertus que recommande saint Paul aux ecclésiastiques dans ses épîtres à Tiie et à Timolhée; la chasteté , la sobriété , la charité , le zèle et la prière , etc. ; toutes les fondions attachées aux ordres qu'on a reçus, afin de les bien remplir ; l'office divin pour le bien réciter ; le> saint sacrifice de la messe , pour le bien célébrer ou pour y bien assister \ l'hubit ecclésiastique pour le toujours porter ; l'esprit ecclésiastique pour le conserver ; les sacremens de l'Eglise , pour les bien; recevoir et pour les bien administrer ; enfin le compte terrible qu'on aura à rendre des talens , des emplois et des bénéfices dont on aura été pourvu. Sur toutes ces matières , et sur une infinité d'autres , que de sujets de réfléchir, de s'humilier et de trembler !

Ce n'est pas assez au reste , pour une méditation utile , d'en brei> choisir le sujet ; il faut de plus savoir le préparer, le digérer et ledisposer de loin ; pour cet effet , il faut le lire ou l'écouter attentivement dès le soir ; il faut encore le repasser le matin dans son esprit ^ on doit s'appliquer particulièrement à considérer d'avance quels ont été , par rapport au sujet proposé , les sentimens , les discours ou les. actions du Fils de Dieu. Il faut prévoir encore quels actes on produira. dans les différentes parties de l'oraison , à quelles affections ou %^

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