LIVRE 111 , CUAPITRE V
livrera, qiielles résolutions on y prendra. C'est bien souvent le défaut de ces préparations , qui fait qu'on ne retire aucun fruit de la méditation. Sans égard à Tavis de l'Esprit saint qui veut qu'on s'y prépare on y va sans aucune disposition ; on s'y présente sans vue , sans désir d'en profiler, sans avoir pensé à se recueillir ou à dégager son esprit de toutes les pensées étrangères et de toutes les afl'aires du siècle ; ou bien on ne s'y propose aucun sujet déterminé , ou l'on ne s'ea propose que de vagues , de spéculatifs ou de trop relevés. Il en coûterait pour préparer un sujet d'oraison, on s'en épargne la peine. De là celte dissipation , cette foule de distractions qui se succèdent les unes aux autres, et qui remplissent tout le temps de l'oraison. N'ayant rien qui la retienne et qui la fixe, l'imagination s'égare ; accablé par la multilude des objets, l'esprit s'évanouit en ses propres pensées ; toute la méditation devient un égarement perpétuel , on en sort sans y avoir rien fait , sans savoir même ce qu'on y était venu faire.
Pour la préparation prochaine , il y a trois choses à faire : premièrement, se mettre en la présence de Dieu par un acte de foi, croyant fermement que Dieu est partout , qu'il est dans le lieu oii nous sommes , qu'il est' plus intimement présent au milieu de nous et dans notre propre cœur, que nous ne sommes nous-mêmes présens à nousmêmes. Cette vue, cette représentation vive de la majesté suprême, présente au dedans de nous et attentive à la manière dont nous nous comportons dans l'oraison , sera pour nous un excellent moyen de la bien faire ; et un motif bien pressant de nous tenir dans le respect et l'attention qui doivent accompagner cette action. Pour y fixer encore mieux notre esprit, il sera bon d'y regarder Dieu , tantôt comme une grande lumière qui éclaire nos esprits et pénèlre nos cœurs ; tantôt comme le Dieu des miséricordes , qui , par une faveur spéciale, veut b en nous admettre et nous soufi'rir à ses pieds pour lui exposer nos besoins, nos faiblesses et nos misères ; tantôt comme un père qui veut s'entretenir familièrement , cœur à cœur avec ses enfans ; tantôt comme un juge souverain qui nous demandera un compte exact de l'action que nous allons faire; tantôt comme le Dieu d'une infinie majesté, assis sur son trône dans le ciel au milieu des anges qui l'environnent , et qui s'abîment de respect eu sa présence.
Dans ces pensées , il faut , et c'est le second acte prescrit pour la préparation prochaine , il faut nous reconnaître indignes de paraître deyani une si redouttible majesté , et de nous entretenir avec elle à
cause de nos péchés ; détester ces mêmes péchés par un acte de contrition parfaite , nous unir à Notre Seigneur Jésus-Christ , prosterné devant son Père pour le prier au nom de tous les hommes ; enfin , nous reconnaissant incapables de nous-mêmes d'avoir la moindre bonne pensée pour le salut , si Dieu ne nous prévient par sa grâce , invoquer les lumières de son Esprit saint, nous abandonnant entièrement à ses divines impressions , désavouant par avance toutes les distractions qui pourraient survenir dans l'oraison.
Pour dernière préparation prochaine , il faut se représenter vivement;, mais doucement, le sujet de la méditation, afin de fixer notre imagination et les autres puissances de notre âme. Si le sujet de la méditation n est pas sensible, mais spirituel , par exemple, si l'on médite sur un mystère , sur une vérité de morale ou de foi , sur une vertu , il faudra se servir de la mémoire et de l'entendement , pour se les représenter et en considérer la grandeur, l'excellence , l'importance, l'utiUté, les avantages , etc. ; ou bien, si c'est dans l'église et devant le saint Sacrement qu'on médite, on peut se mettre aux pieds de Notre Seigneur, comme sa sainte Mère, ses disciples et la Madeleine , pour l'écouter et recueillir, comme de sa bouche avec eux , les vérités saintes dont il veut bien encore aujourd'hui nous instruire dans l'oraison ; nous persuadant que c'est lui qui nous parle, qui nous donne ses leçons, et qui veut bien encore exercer à notre égard , dans l'oraison , les charitables offices de maître , de pasteur, de guide , de conducteur et de sanctificateur.
Si le sujet est sensible , on peut se servir de l'imagination pour se le représenter ; sur la mort , par exemple , on se représentera un malade abandonné des médecins , privé de l'usage de ses sens , étendu sur un lit de douleur, dont il ne sera tiré que pour 'être conduit au tombeau. Sur le jugement , on se retracera l'appareil formidable avec lequel le souverain juge des vivans et des morts viendra leur prononcer la sentence décisive de leurs éternelles destinées. Sur l'enfer, on se transportera en esprit dans ces cachots ténébreux, dans ces gouffres éternels où la justice de Dieu fuit subir aux réprouvés les peines dues à leurs crimes. Sur la naissance de Notre Seigneur, on s'en rappelle les circonstances , l'étable où il naît, la crèche où il est couché , la pauvreté , l'intempérie de la saison qu'il essuie , etc. Sur la passion du Sauveur, on peut le considérer ou dans le jardin des Olives , prosterné la face contre terre , et baigné d'une sueur de sang pour plewreret expier nos péchés , trahi par Judas , et lâche-