LIVRE III , CUAPITRE V
affections, la fin principale de l'oraison étant de porter la volonté au bien et de le lui faire pratiquer.
1° Un des plus {grands obstacles au fruit de l'oraison , c'est je ne sais quel fonds de paresse naiurelle qu'on ne s'efforce point assez de surmonter. On voudrait goûter les douceurs d'un saint commerce avec Dieu, sans qu'il en coûtât ni application ni travail; on voudrait que Dieu nous y parlât et s'y communiquât à nous , sans que de notre part nous fissions rien pour nous mettre en état de l'entendre et de profiter de ses leçons et de ses communications ineffables. Prétention également chimérique et injuste : Jacob n'obtint la victoire et la bénédiction de l'ange qui lui apparut qu'après avoir lutté avec lui une nuit entière ; ce ne sera qu'en combattant la noncîialance et la lâcheté que nous participerons aux bénédictions attachées à l'exercice de l'oraison.
Un autre obstacle, ce sont les distractions : de quelque part qu'elles viennent, elles ne doivent ni nous faire quitter l'oraison ni nous décourager. Si elles nous viennent malgré nous et sans que nous y ayons donné occasion , il ne faut point trop s'opiniàtrer à vouloir les repousser ; le remède est de les souffrir avec patience , de s'en humilier simplement devant Dieu, de recourir à lui promplement^ en lui disant : Ayez pitié de moi. Seigneur^ et rappelez a vous mon esprit. Si nous avons donné occasion à ces distractions par notre dissipation , faute de recueillement , ou pour ne nous être pas mis en la présence de Dieu , il faut lui en demander pardon , regarder ces distractions comme la juste punition de notre négligence , et reprendre sans nous troubler le sujet de notre méditation. Au surplus, il faut demeurer devant Dieu, comme un criminel de le e-majesté divine, qui a perdu le respect devant elle, et qui ne mérite plus que son indignation.
Il faut dire la même chose des sécheresses et des désolations : souvent elles viennent du peu de préparation que nous apportons à la méditation. En ce cas, le remède sera de les regarder comme la juste peine de nos péchés ; puis aller à la source , déraciner le péché de son cœur ; accepter en esprit de pénitence ces désolations et les supporter tant qu'il plaira à Dieu, reconnaissant que l'on mérite bien d'autres châtimens , à cause de ses infidélités passées. D'autres fois, c'est Dieu lui-même qui nous éprouve par ces états de dégoût, de sécheresse et de désolation intérieure : il nous sèvre de toutes les doucevirs deja dévotion clans la méditation, pour nous apprendre à
chercher, dans ce saint exercice, non les consolations, mais le Dieu des consolations. Ce qu'on doit faire en cet état, c'est d'y demeurer avec soumission , d'accepter avec résignation et en esprit de sacrifice la peine qu'on endure ; de s'abandonner absolument et sans réserve aux rigueurs de la justice de Dieu. Souffrir en paix, avec humilité, avec patience et dans un entier abandon de soi-même aux ordres de Dieu, c'est tout ce qu'il demande d'une àme qu'il a mise en cet état, où elle lui est infiniment plus agréable que dans le sein des plus ravissanles consolations. C'e^t alors qu'elle doit dire avec le roi prophète : Je me suis vu, Seigneur, très-souvent devant vous, aussi peu capable qu'une bête de vous offrir des vœux et des hommages di{;nes de vous; je n'ai pas laissé pour cela de me tenir auprès de vous par la prière et de vous demeurer inviulablement attaché par l'amoQr (1).