LIVRE III, CHAPITRE V
produisant les affections, dit saint François de Sales , il faut imiter lindustrieuse abeille qui s'attache à la nfiême fleur, tandis qu'elle y trouve la matière qui lui convient , mais qui vole de celle-là sur une autre , dès qu'elle ne trouve plus sur la première les sucs propres à composer son miel.
Lespritbien convaincu par les réflexions, et le cœur enflammé par les affections, il ne sera pas difficile de former de bonnes résolutions, de se déterminer à un nouveau genre de vie , et de se décider pour tel et tel moyen de se corriger de ses fautes, d'acquérir les vertus de l'état , d'accomplir enfin tout ce que loraison a fait connaîlre que Dieu demande de nous; car voilà ce qu'on entend par les bonnes résolutions, une forte détermination d'éviter tout ce qui est nuisible, et d'embrasser tout ce qui est utile au salut : c'est principalement des résolutions que dépend le fruit de l'oraison. Voici les règles qu'il faut observer dans les résolutions , si l'on veut qu'elles soient utiles. Premièrement , il ne faut pas en faire un grand nombre, ce serait le moyen de n'en exécuter aucune; une ou deux suffisent, pourvu qu'on soit fidèle à les mettre en pi-aiiciue. Secondement , ces résolutions ne doivent point être vagues, générales et indéterminées, comme cellesci: Je ne veux plus pécher; je veux aimer Dieu de tout mon cœur et le servir fiâèlement. De telles résolutions sont presque toujours sans fruit; pour les rendre pratiques , il faut les particulariser , et , pour ainsi dire, les appropriera nos besoins, à nos défauts, à notre péché dominant, à noire passion favorite et chérie ; avoir égard surtout à y bien spécifier les circonstances de temps , de lieu , de personnes ; à prévoir les occasions elles obstacles qui pourraient s'opposer à l'exécution de ses promesses, disant, par exemple: Je renonce à tel péché, duquel je suis sujet ; pour n'y plus retonihcr ,je ne verrai plus cette personne qui m'y porte ou qui en est l'occasion ; je n'iraiplus dans cette compagnie, dans cette maison qui exposent mon innocence ; si je m'y trouve par surprise ou par nécessité , je m!' en retirerai ; du moins, je prendrai telles ou telles précautions pour m'y conserver , etc. Si je suis assez in fidèle pour retomber dans ce péché, ou me jeter dans l'occasion de le commettre, je ferai telle pénitence , etc. 3° Il sera bon , pendant la journée, de se rappeler de temps en temps ce qu'on aura promis à Dieu le matin dans la méditation , afin d'être fidèle à le pratiquer, 4° On peut, il convient môme de faire la môme résolution dans toutes les méditations , jusqu'à ce qu'on soit enfin parvenu à l'exécuter et à la mettre en pratique. '6° 11 est bon d'écrire ce qui a le plus tou-
ché dans l'oraison et les résoliilions qu'on y a prises ; cette pratique est mile , surtout dans les retraites ; et lorsqu'elle est recommandée par le directeur. On relit toujours utilement les résolutions qui furent formées dans la ferveur de la méditation.
m. Be la conclusion de la méditation. Elle consiste dans les trois ou quatre actes suivans ; 1° remercier Dieu avec humilité des bonnes pensées qu'il nous a données pendant la méditation , et des grâces qu'il nous a faites ; 2° lui demander pardon des fautes, né{jligences et lâchetés que Ton y a commises ; 3° s'y rappeler les résolutions qu'on y a prises, et les offrir à Notre Seigneur, afin qu'il lui plaise d'y donner sa bénédiction et nous les faire mettre en pratique; enfin demander à Dieu, par les mérites de Jésus-Christ , la fidélité à les exécuter, et prier la sainte Vierge, notre bon ange et les saints que nous avons choisis pour nos protecteurs , de nous obtenir cette grâce. Il faut avoir soin de conserver , pendant le jour, les senlimens que le Seigneur a bien voulu nous donner pendant l'oraison , et prendre garde de les perdre en s'appliquant avec trop d'ardeur, d'empressement et de contention, aux affaires et aux autres emplois de sa charge. A cet avis , j'en ajouterai quelques autres sur les défauts plus ordinaires où l'on tombe par rapport à l'oraison, et sur les difficultés qui s'y rencontrent pour celui qui veut la bien faire.
l** On veut se persuader qu'on ne peut faire la méditation, qu'on a l'esprit trop vif ou trop distrait pour pouvoir s'y appliquer: c'est une erreur. Nous l'avons déjà dit , en réfléchissant sur elles-mêmes, les personnes qui raisonnent ainsi verront que leur prétendue vivacité ne les empêche pas de penser des heures entières , sans interruption et sans distraction, à mille bagatelles, ou même à des choses sérieuses qui les intéressent; pourquoi donc ne penseraient-elles pas quelques momens à ce qui regarde leur sanctification et leur salut ? Qui les empêchera, avec toute leur prétendue vivacité, de se tenir avec respect devant la majesté de Dieu , de s'humilier devant elle , de reconnaître leur faiblesse et leur néant, et de lui protester qu'elles ne veulent rien faire qui puisse l'offenser? De tels senlimens , joints à une volonté sincère de se sanctifier , leur tiendraient lieu de méditation. Autre défaut où l'on tombe dans l'oraison : on donne tout ou presque tout aux raisonnemens et à de sèches spéculations , et on ne donne rien ou presque rien aux sentimens et aux affections. On ne fait pas attention que , s'il est nécessaire de convaincre l'esprit par la réflexion, il est bien plus nécessaire encore d'émouvoirle coeur par des