LIVRE IV, CHAPITRE I
Que dans les mille deux cent quatre-vingt-dix jours, c'est-à-dire dans les trois ans et demi que durera le règne de rantéchrist, le sacrifice perpétuel sera ôté de lEglise, et qu'il fera mettre son idole dans le temple afin qu'il y soit seul adoré en la place de Dieu. Ce que le prophète répète encore en ces termes : // a ôté le sacrifice perpétuel et a ren~ versé le sanctuaire ; et c'est à cause des péchés que ce pouvoir lui a été doîiné contre le sacrifice perpétuel (1). De sorte que la malice que le démon exercera alors contre l'Eglise par l'antéchrist est celle même que les hérétiques emploient aujourd'hui contre elle pour exécuter le détestable dessein qu'il a d ôier à l'Eglise son très-saint sacriHce, et de lui faire une infiniié d'autres maux, dont le plus redoutable est l'ingratitude dans laquelle il tâche de faire tomber le peuple chrétien qui a reçu des grâces et des bienfaits de Dieu qui surpassent infiniment tous ceux qu'il a jamais faits à tous les autres peuples de la terre , afin de le rendre en même temps le plus criminel de tous ; comme le remarque excellemment le saint et vénérable abbé de Cluni par ces paroles : « Ceux qui s'efforcent d'ôter à l'Eglise le sacrifice de Jésus-Christ, ne tendent, suivant l'inspiration du diable , qu'à rendre ce peuple que Dieu a comblé de ses plus grands bienfaits, le plus ingrat de tous, et le moins soigneux de lui rendre le culte et l'honneur qui lui sont dus (2). » Mais comme ce n'est pas notre dessein d'entrer ici en dispute avec ces hérétiques, et qu'il suffit d'exposer aux yeux des fidèles l'extravagance de leurs erreurs, afin qu'ils s'en donnent de garde , laissons-les à part comme des fous et des insensés, et revenons à notre sujet.
Tous les catholiques doivent tenir comme un principe et une vérité fondamentale de la rehgion chrétienne et catholique , que l'Eglise a un propre , véritable et très-excellent sacrifice, qu'elle offre au Dieu éternel par les mains de ses prêtres, comme minisires de Jésus- Christ, qui est le grand-prêtre et le souverain pontife. C'est ce que l'Eglise , au sacré concile de Trente , a décidé comme une vérité de foi , fondée sur la tradition des apôtres et sur la doctrine des saints pères. « Si quelqu'un dit que le sacrifice , que l'on offre à la messe
(1) Tnlit juge sacrificium , et ejecit locum sanctificationis ejus : robur autein datum est ei contra juge sacrificium propter peccata (I>ara. 8. 11.)
(2) Qui ab Ecclesia Christi sacrificium tollere conantur, hoc tentant, dœmone suggerente, ut gens illa, qnse pluribus est aDeo cumulata beneficiis , minus grata illi sit , niinoremquc cuUum et honoreiu illi exhibeat. {Petr.,Cltm. in tract, cori' ira Petr. Brusian.)
n'est pas un véritable et propre sacrifice ou que Toffrir n'est autre chose que nous donner la chair de Jésus-Christ à manger, qu'il soit anathème (1). » De sorte que la messe que nous célébrons est le trèssaint et l'unique sacrifice de la nouvelle alliance , que Jésus-Christ institua lui-même, non pas lorsqu'il fut immolé comme une victime sainte sur l'autel de la croix , parce qu'alors , encore qu'il s'offrît lui-même , il fut néanmoins sacrifié d'une manière sanglante et cruelle ; et ce sacrifice ne se devait faire qu'une seule fois , parce que la mort de ce divin libérateur satisfaisait pleinement à la divine justice pour les péchés des hommes; mais avant que de mourir, la veille de sa passion , lorsqu'il offrit lui-même à Dieu son Père son propre corps et son propre sang d'une manière mystique et non sanglante, sous les espèces du pain et du vin , et que, les donnant à ses disciples comme sacrement et comme une nourriture spirituelle , il les ordonna prêtres , et leur commanda de faire ce qu'il avait fait devant eux , et de donner la même puissance à leurs successeurs , afin de continuer ce même sacrifice jusqu'à la fin des siècles. Sur quoi on voit établies , comme sur un fondement inébranlable , ces deux vérités : l'une , qu'il y a dans l'Église chrétienne et catholique un propre et véritable sacrifice ; et l'autre , que ce sacrifice est le seul et unique que l'on offre à la messe , dont nous allons représenter dans ce traité toutes les excellences.