‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 144 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

Texcellence du sacrifice qui est tous les jours offert sur les autels de l'Eglise catholique par les prêtres de Jésus-Christ.

Mais il faut avant toute chose poser ce principe et cette vérité fondamentale : Qu'il y a dans l'Eglisechrétienne un sacrifice qui lui est propre et particulier qu'elle offre à Dieu. Cela est si clair et si certain qu'on n'en peut douter en nulle manière , à moins d'avoir perdu la raison et le jugement, comme il paraît en effet que lont perdu les hérétiques de ce temps, qui, par une folle et téméraire obstination, se sont attachés à cette erreur et à cette impertinente rêverie , de prétendre que lEglise des chrétiens n'a point de sacrifice propre et véritable ; ce qui est très-évidemment contraire , non seulement à l'ancienne tradition et à l'autorité des saints pères et des saints docteurs de l'Eglise , aux décrets des sacrés conciles et aux témoignages incontestables que les saintes Ecritures en rendent d'une manière si claire et si distincte , qu'il est impossible de les entendre autrement, mais encore à toute droite raison. Car si c'est une chose essentielle et nécessaire à tout état bien réglé , d'avoir une manière de sacrifice qui lui soit propre et particulière pour honorer Dieu , comme l'ont reconnu et assuré les philosophes même gentils , dont nous avons rapporté les témoignages dans le premier traité ; et s'il n'y a jamais eu en effet de peuple si barbare, qui, ayant quelque connaissance , ou vraie ou fausse de la divinité, ne lui ait offert quelque sorte de sacrifice particulier pour l'honorer ^ ainsi qu'il a été encore montré au même traité ; est-ce une pensée qui puisse tomber dans un esprit bien sain que Jésus-Christ veuille que l'Eglise dont il est le chef invisible , et qui est l'état du monde le plus parfait , soit néanmoins imparfaite et défectueuse en une chose si importante et si essentielle? Et n'est-ce pas aussi une vérité claire et constante par la lumière même de la raison , et dont tous les théologiens sont d'accord avec saint Thomas (2, 2, q. 85, art. 1), qu'il est de droit naturel d'offrir des sacrifices à Dieu? Pour quelle raison notre divin libérateur aurait-il donc voulu priver ses fidèles de ce droit, puisque c'est encore une vérité infaillible de la théologie , que la grâce , bien loin de détruire la nature , la rend au contraire plus parfaite et plus excellente?

Chacun voit encore assez clairement que la loi, le sacerdoce et le sacrifice sont trois choses qui sont tellement jointes et liées ensemble, que tout ce qu'il y a de changement ou de nouveauté dans l'une se doit aussi trouver dans les autres , comme l'apôtre le prouve efficacement par ces paroles : Or le sacerdoce étant changé, il faut

nécessairement que la loi soU'aussi changée (1). Il est doïic'cîair aussi que Jésus-Christ, ayant changé la loi ancienne en une autre loi toute nouvelle et plus excellente, et l'ancien sacerdoce en un sacerdoce nouveau, et sans comparaison plus parfait, il a dû avec la même proportion instituer un sacrifice en la place des anciens qui fût d'autant plus parfait et plus excellent que la nouvelle loi surpasse infiniment en perfction et en excellence la loi des anciens. Ajoutez à cela qu'étant certain qu'il y a des prêtres dans la loi de TEvangile (ce que les hérétiques mêmes ne peuvent nier, quelque mauvais sens qu'ils tâchent d'y donner), il faut nécessairement qu'il y ait aussi un sacrifice qu'ils puissent offrir , parce qu'autrement il serait inutile qu'il y eût des prêtres. On peut raisonner de même de l'autel; car s'il est indubitable que l'Eglise chrétienne a ses autels , comme saint Paul l'assure expressément (JïeZ^r., J3, et i Cor., 10), et après lui le canon des apôtres et [;énéralement tous les saints , c'est une conséquence certaine qu'il y doit donc avoir aussi un sacrifice à offrir, puisque c'est pour cette seule fin qu'on dresse des autels et que l'autel et le sacrifice sont deux choses qui ont un rapport si nécessaire entre elles, que l'une ne peut être que pour Tautre.

C'est ce qui fait voir combien l'erreur de ces malheureux hérétiques est étrange et contraire à toute bonne et droite raison, et qu'elle ne pouvait entrer que dans des esprits que l'obstination, la malice , l'aveuglement et l'infidélité font tomber d'une erreur dans une autre plus grande et plus honteuse. Et en cela ils font bien voir qu'ils sont comme les ministres du diable , qui se sert de leur entremise pour faire à l'Eglise tout le mal qu'il peut. Ce maudit esprit sait assez que le plus grand outrage qu'il peut lui faire est d'empêcher ou d'abolir la célébration du sacré mystère de l'autel , comme il l'a en effet aboli et exterminé des provinces où régnent ces erreurs et cette doctrine si pernicieuse et si détestable des derniers siècles.

C'est aussi ce qui nous les doit faire envisager comme les précurseurs de l'antéchrist, dont les saints docteurs assurent communément que la première et principale chose qu'il doit faire contre l'Eglise, sera de défendre, sous de très-rigoureuses peines, l'usage du trèssaint sacrifice de l'autel. Et c'est à cela même que plusieurs saints et graves auteurs rapportent ce que dit Daniel dans sa prophétie (2) ;

(1) Translato sacerdotio , necesse est ut et legis translatio fiât. (Hebr. 7. 12.)

(2) Irenœus , lib, 5, cap. Zô^Bilar. et Auth,, op. imp. sup. Matth., 24 i Ifaniel, 42. 11.

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