‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 147 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II

ses partisans. Luther, leur chef, a fait exprès un livre qui a pour litre : Qu'on doit abolir la messe. Ce litre marque assez la qualité de l'ouvrage, et l'ouvrage celle de l'auteur; puisque tout ce qu'il y traite ne lend qu'à détruire la chose la plus excellente , la plus sacrée et la plus vénérable qu'il y ait dans la sainte Eglise , et que l'on y voit partoul que le démon l'a si malheureusement séduit et aveuglé , qu'il fait gloire de blasphémer le plus précieux gage que Jésus-Christ nous ait laissé de son amour.

Quoique la fin qu'on s'est proposée dans ce traité ne permette pas qu'on s'engage dans une dispute conleniieuse pour ruiner les fausses subtilités par lesquelles les hérétiques se dérobent à eux-mêmes la connaissance de ce divin mystère , et que cela regarde particulièrement les théologiens scolasiiques qui s'en sont heureusement acquittés dans ces derniers temps : toutefois, afin de confirmer et d'affermir plus solidement les prêtres catholiques dans la foi qu'ils professent , et de leur découvrir l'orgueilleuse impudence des hérétiques , qui se donnent la liberté de dire sans discernement tout ce qui leur vient dans la fantaisie , et de parler toujours avec plus d'arrogance que de vérité , il a semblé juste et à propos d'exposer ici en peu de mots la vérité du fait qui regarde le sacré mystère de l'autel, qu'ils combattent contre la foi de tous les siècles et de l'Eglise universelle.

C'est une vérité constante et appuyée sur une infinité de témoignages des saints pères et des saints docteurs de l'Eglise , et que plusieurs auteurs graves et illustres ont encore prouvée d'une manière invincible et très-efficace , que le très-saint sacrifice de la messe a été institué par Jésus-Christ même , notre divin libérateur, dans la dernière cène qu'il fit avec ses apôtres ; que ce sont les mêmes apôtres qui ont donné à ce divin sacrifice le nom de Messe , et que depuis eux jusqu'aujourd'hui il a toujours été en usage dans la sainte Eglise.

On croit que l'apôtre saint Jacques , que l'Ecriture appelle le frère du Sauveur, parce qu'il était son plus proche parent , et qu'il lui ressemblait beaucoup par le visage et par la sainteté de sa vie , fut le premier qui célébra la sainte messe en présence des autres apôtres, après l'ascension de Jésus-Christ, lorsqu'ils étaient encore tous assemblés dans Jérusalem ; parce qu'encore que saint Pierre fût le chef et le premier de tous , en qualité de souverain pontife , il voulut néanmoins céder cet honneur et celte autorité à saint Jacques,

comme étant l'évéque du lieu et dans sa propre Eg\he , qui a été la première qu'il y ait eu dans le monde.

On tient même que ce fut dans celte sainte salle où le Sauveur avait soupe la dernière fois avec ses apôtres , et où lEsprit-Saint vint depuis descendre sur eux, que tous les saints apôtres et les disciples qu'il y avait alors communièrent à cette messe , et que la sainte Vierge y reçut pour la première fois, dans le divin Sacrement de 1 autel , son Fils immortel et glorieux, qu'elle avait auparavant reçu dans ses chastes entrailles, revêtu d'une chair mortelle. Ce fut le même apôtre saint Jacques qui ordonna la forme et roflice propre pour célébrer la messe , et qui doima à ce saint sacrifice le nom de messe, ainsi que le cardinal Baronius l'assure et le prouve solidement dans ses Annales ecclésiastiques , en parlant de la cène du Seigneur.

Le sixième concile général fait mention de cette messe ou liturgie (Can. 32), composée par l'apôtre saint Jacques, aussi bien que saint Procle , évêque de Constanlinople. Saint Cyrille ( in Cath. myst. 5), successeur de saint Jacques en Tévêché de Jérusalem, donna aussi au saint sacrifice de l'autel le nom de messe , comme l'ayant reçu de son prédécesseur, et en augmenta l'oflice. Saint Clément , pape et martyr, disciple de l'apôtre saint Pierre et son successeur, nommé par lui au souverain pontificat , ordonne, dans une de ses lettres, que les clercs et les prêtres ne fassent rien sans la permission de l'évéque , et surtout : « Qu'ils ne célèbrent point la messe sans son consentement. » El un peu après il répèle en ces termes : « Il n'est point permis de sacrifier ni de célébrer des messes dans d'autres lieux que ceux où l'évéque aura ordonné de le faire (1). »

Abdias, que les apôtres mêmes avaient ordonné évêque de Babylone , ei qui assure quil a vu Jésus-Christ en sa chair, lorsqu'il conversait encore parmi les hommes , rapporte dans son histoire apostolique, que saint Matthieu fut martyrisé au pied de l'autel , lorsqu'il achevait de célébrer les saints mystères et de dire la messe à l'église (2). Ce qui montre évidemment que les apôlres et leurs disciples

(1) Nec niissas célèbrent sine ejus consens».,... in aliis locis sacrificare et missas celebiaie non licet, nisi in liis in quibus pioprius episcopus jusserit. (C/ement, cpist. 3.)

(2) Post nijsteiia Doniini celebrala , etmissam ecclesiee diclam (Àldias, lih. 7, Mst, apost.)

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