‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 148 sur 331 · LIVRE ÏV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE ÏV, CHAPITRE II

se sont servis de ce nom de messe , et que dès leur temps il était en usage dans l'Eglise.

Saint Alexandre YI, pape après saint Pierre, dit, dans une lettre circulaire qu'il écrivit à tous les fidèles en l'année 121, qu'on doit toujours joindre à la solennité des messes la lecture de la passion du Seigneur, afin de la célébrer en même temps avec la consécration de son corps et de son sang(l). Saint Tliéiespliore, successeur du même saint Alexandre, et martyr, écrit aussi à tous les fidèles ces propres paroles : « Les messes se doivent célébrer depuis la troi-sième heure du jour; parce que c'est à cette heure-là que le Seigneur a été crucifié, et que nous lisons que le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres ; » et il ordonne , dans la même lettre , que Ton récite à la messe le Cantique des anges , et qu'au jour de la nativité de Notre Seigneur on célèbre trois messes (2). Tout cela avait été ordonné dans le premier siècle deFEglise ; ainsi il y a presojue seize cents ans que le nom de messe y est en usage , et depuis tout ce temps les saints pères, et les saints docteurs de TEglise, et les saints conciles s'en sont toujours servis. Félix, premier pape de ce nom , ordonne ;, dans sa seconde lettre, que l'on célèbre des messes en mémoire des saints martyrs. Saint Evaris^e veut que la consécration des églises se fasse par le saint sacrifice de la messe. Et saint Higinie ordonne la même chose dans les Décrétales. Saint Cyprien , saint Ambroise , saint Augustin, saint Grégoire et saint Léon, pape, se servent souvent du même nom de messe , aussi bien que les saints conciles de Carihage, de Milève, et de plusieurs autres (3).

IL Supposons donc comme une vérité fondamentale , certaine et indubitable, que le nom de messe est très-ancien , et est venu par tradition des apôtres mêmes, il est à propos d'en expliquer l'origine et la signification, parce que c'est de là que nous tirerons la lumière

(1) Inter missarum solemnia semper passio Doiiiiiii niiscentla est , ut ejus cujus corpus et sanguis conficitur, passio celebietm-. {S. Aléa;, ep. 1.)

(2) Missœ ab liora diei tevtia suntcelebranclaj, quia ea hora Dominas crucifixHS

est, et super apostolos Spiritus Sanctus descendisse legitur utiu niissa liymnus

angelicus dicatnr, et très niissae in nativitate Doniini celebïealuv. {Thelesph in ep. ad omnes Christi fidèles.)

(3) Feliv , ep. 2; Can. omnes de cons., dist. 1; Cyprian, , ep. ad Cecil. ; Jmhos., m. 1, epist. 33: Grey., lib. 1 , ep. H, et lib. 4, ep. 10 ^ Léo , epist. 81; concil. Cart. 2, can. 3; Cart., 4 cun, 4; Milev., can. 42; Fasente , can. 3 et 4, Atjathense , can, 21 et 47.

et la clarté nécessaires pour bien entendre la nature et les excellences de la messe. Je laisse à part plusieurs sionilicalions de ce mot, qui ne sont pas fort importantes , pour en rapporter seulement deux qui ont beaucoup de poids et d'autorité , et qui lui ont été données par des auteurs dont Teslime et la réputation sont très-grandes dans toute TEglise.

La première est que le nom de messe , Mlssa^ vient du verbe latin mitto , qui signifie envoyer , parce que dans le saint sacrifice de la messe le Père éternel nous envoie son Fils unique , afin que nous le puissions offrir comme une victime sainte (1) ; car comme au commencement il l'avait envoyé afin qu'il se fit homme et qu'il s'offrît lui-même en sacrifice pour les hommes , il l'envoie ici de même, afin qu'il continue le même sacrifice dans son Eglise d'une manière non sanglante par l'immolation mystique et tout amoureuse de son corps et de son sang, sous les symboles du pain et du vin. Et la sainte Eglise qui le reçoit dans cet état , auquel il se réduit entre les mains de ses ministres par la consécration , le renvoie de même au Père éternel , en le lui offrant en sacrifice. C'est la raison que donne saint Thomas de ce nom de messe qui a été imposé à ce saint sacrifice. Il est appelé messe , dit-il, parce le prêtre y envoie ses prières à Dieu par un ange , et le peuple les siennes par le prêtre même ; ou bien parce que Jésus Christ nous y est envoyé de Dieu pour lui être offert comme une hostie pure et agréable à ses yeux. D'où vient qu'à la fin de la messe le diacre, se tournant vers le peuple, le congédie en leur disant -.Allez, elle (l'hostie) est messe, c'est-à-dire l'hosiie est envoyée à Dieu, afin qu'elle lui soit agréable (1). La même interprétation est suivie par Hugue de Saint- Victor ;, par Innocent III , par saint Bonaventure, par Bellarmin et par plusieurs autres graves auteurs (3).

L'autre interprétation du nom de messe , est que c'est un mot hé-

(1) Sicutmisitme vivens Pater. (Joann. 6. 58.)

(2) Piopter hoc missa nominatur, quia sacerdos per angelum preces ad Deiim mittit , et popnlus per sacerdotem , vel quia Christus est hostia nobis missa a Deo, unde et in fine missse diaconus licenciât populum dicens: Ite , missa est, scilicet hostia missa est ad Deura , ut illi sit accepta. {S. Thom. 3 q,, g. 83. art. k, ad 9.)

(3) Huij. de S. Fict., l. 2 de sacr., p.S, c. 14 ; Innoc. ,1. S de myst'missœ , cap. 12; S. Bon., opusc. do viyst. viissœ; Lindan,, Ub, 4; Paiiop, 3 j BeUurm. lib, 1 de miisa , cap. 1.

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