LIVRE IV, CQAPITRE III
telle , et pour la joie particulière qu'ils ont de voir la gloire et les actions de grâces que l'Eglise rend à Dieu sur la terre et dans le ciel par ce saint sacrifice.
Les affaires que le prêtre traite avec Dieu dans cette ambassade sont les plus grandes et les plus importantes qu'il y ait et qu'il y puisse jamais avoir dans le inonde. Car il s'y agit de reconnaître l'hommage et la soumission que toutes les créatures doivent à leur créateur, et le souverain pouvoir que la majesté de ce même Seigneur a sur elles , de lui payer un grand tribut , et de lui ofl'rir un trèsriche présent pour lui en témoigner leur reconnaissance, de lui rendre des actions de grâces comme à l'auteur de tous les biens, d'obtenir le pardon de toutes les offenses qu'elles ont commises contre lui , de lui demander de grandes grâces , des secours et des remèdes pour tous leurs besoins, et surtout la grâce chrétienne qui leur doit acquérir la gloire et le bonheur éternel , qui sont sans doute et sans contredit les choses les plus importantes qu'il y puisse avoir au monde.
On peut inférer de là combien est grande l'autorité d'un prêtre , lorsqu'il est à l'autel ; combien la dignité de la personne qu'il y représente est sublime et relevée , et combien les affaires qu'il y traite avec Dieu même sont graves et importantes, puisqu'il y est comme choisi et établi pour procurer le bien commun de tout le genre humain , ou plutôt comme le père commun de tout le monde , selon cette parole de saint Chrysostôme : « Un prêtre est comme un père commun de tout le monde ; c'est pour(|uoi il est juste qu'il ait soin de tous, et qu'à l'exemple de Dieu dont il tient la place^ il pourvoie à tous leurs besoins (1). »
Le même saint dit dans un autre endroit : « Que le prêtre est comme un médiateur entre Dieu et la nature humaine , qu'il reçoij de Dieu les grâces qu'il accorde aux hommes pour les leur dispenser, qu'il lui présente nos vœux et nos prières , qu'il le réconcilie avec lui lorsqu'il est irrité , et qu'il nous relire de ses mains redoutables quand nous l'avons offensé (2). » Et saint Jérôme {sup. Mala. , \ )
(1) Quasi coniniunis quidam tolius orbis pater est sacevdos; dignum igitur est ut omnium curam agat , omnil)usque provideat , sicul et Deus ciijus fungitur vice. (Chrys. liom. 6. sitp. 1 Tim. 2.)
(2) Ilaque médius stat saccrdos inter Deum et nnluiam ImiManam, illinc venientia bénéficia ad nos defeiens , et nostras peliliones illiic jinefercns : Doiuinum iratum leconcilians ulrique nalura; , nos qui olïendimus eiipiensex illiusmaiiibus. (Hom. 5. in c. 6. Is.)
ajoute que le prêtre est appelé l'ange du Seigneur, parce qu'il est établi pour exercer comme la fonction de messager ou d'ambassadeur des hommes envers Dieu pour lui présenter leurs requêtes , et de Dieu envers les hommes pour leur en rapporler la réponse et pour leur apprendre les ordres de sa volonté. Ce que saint Laurent Justinien confirme lorsqu'il dit , dans un sermon qu'il a fait du corps de Jésus-Christ : « Qu'un prêtre qui célèbre le saint mystère fait l'office de médiateur ; et qu'ainsi il doit être l'intercesseur de tous ceux qui ont péché (3). »
Et l'apôtre saint Paul s'attribue aussi à lui-même cette qualité, et à tous les prêtres en sa personne : Nous faisons donc , dit-il , la charge d'ambassadeur pour Jésus-Christ (2). Il a été comme le chef de l'ambassade , et établi comme intercesseur et médiateur pour obtenir aux hommes le pardon de leurs offenses , et toutes les autres grâces qui leur étaient nécessaires ; et maintenant les prêtres exercent la même charge en son nom. Chacun d'eux est à l'autel comme entre Dieu et nous , pour entretenir la paix que Jésus-Christ a négociée, portant au ciel les prières des hommes, et rapportant aux hommes les grâces et les bénédictions du ciel. Il y est comme l'ange du grand conseil , qui présente à Dieu nos nécessités et les mouvemens de notre piété, et nous annonce l'heureuse nouvelle de la miséricorde qui nous est accordée en sa faveur.
C'est pour celte raison, selon les saints docteurs , que le grandprêtre de l'ancienne alliance , qui était la figure des prêtres de Jésus- Christ, portait sur ses vêtemens sacerdotaux comme une représentalion de tout le monde. Et le Saint-Esprit même le dit clairement dans le livre de la Sagesse par ces paroles : Car tout le monde était représenté par la robe sacerdotale dont il était revêtu (3). Ce que saint Jérôme et la glose ordinaire expliquent en celte manière : « Les quatre choses qui se voyaient dans la robe du grand-pontife nous marquent les quatre élémens qui enferment tout le monde. Le lin représentait la terre , dit saint Jérôme, parce qu'il en vient ; la pourpre , la mer^ parce qu'elle est tirée d'un poisson ; l'hyacinthe , l'air , et l'écarlate, le feu , à cause de la ressemblance de la couleur. La tiare qui cou- Ci) Sacerdos duni célébrât , mediatoris gerit officinm, propterea delinquenlium omnium débet esse precator. {Laurent. Justin, in servi, de Cliristi corp.)
(2) Pro Clnisto evgo leualione fiingimiir. (2 Cor. 5. 20.)
(3) In veste euim podcris, qiiam habebat , totus eiat orbis terravum. {Sup, 28. 14.)