CHAPITRE IV
Que la messe est une vive et parfaite représentation de tous les mystères de Jésus- Christ , qui s'y renouvellent eflectivemenl et d'une manière mystérieuse.
On peut encore définir la messe en cette manière : La messe est une vive et parfaite représentation de tous les mystères de Jésus- Christ notre divin libérateur, de son incarnation et de sa naissance , de toute sa très-sainte vie , de sa passion et de sa mort , de sa glorieuse résurrection et de son admirable ascension. Tout cela y est représenté d'une manière si vive , si propre et si parfaite , que Jésus- Christ y est lui-même réellement présent en sa propre personne , et opérant par lui-même ces divins et souverains mystères. Ce qui rend ce sacrifice digne de toute vénération et de toute l'attention de notre âme.
I. Que Jésus-Christ est le seul grand et souverain prêtre de la nouvelle alliance. Pour mieux entendre cette vérité, il faut remarquer ici que c'est une maxime incontestable en théologie , que notre Sauveur est le seul souverain et principal prêtre qui opère réellement proprement et ellicacement par lui-même l'ellèt de tous les sacremens.,De sorte qu'encore que dans le baptême le prêtre dise : Je te baptise , c'est néanmoins Jésus-Christ qui , comme cause principale et efliciente , lave l'dme et la purifie des taches du péché. De même , dans la confession, encore que le prêtre prononce ces paroles : Je vous absous , c'est encore Jésus-Christ même qui absout et qui délie le pécheur par le ministère du prêtre , et par le moyen de celte ac-
tion sacramentelle; et plus particulièrement encore dans l'auguste et adorable mystère de l'eucliaristic , c'est Jésus-Christ qui opère et qui accomplit cette conversion et celte transsubstantiation merveilleuse du pain en son corps et du vin en son sang, le prêtre n'étant que l'instrument et le ministre qui prononce les paroles de la consécration, au nom et en la personne du même Jésus-Clirist. C'est pourquoi, en prenant le pain pour le consacrer, il dit , parlant de ce divin Sauveur : Il prit le pain entre ses mains saintes et vénérables (1); et, quoiqu'il dise en le consacrant : C'est là mon corps, et c'est là mon sang^ le pain et le vin ne sont pas pour cela changés au corps et au sang du prêtre , mais au corps et au sang de Jésus-Christ.
C'est pour cela que les saints docteurs assurent expressément que c'est Jésus-Christ qui opère par lui-môme ces divins mystères , et qui offre ce sacrifice par les mains et par le ministère du prêtre. C'est ainsi qu'en parle saint Jean-Chrysostôme. « Ce n'est pas la puissance des hommes , dit-il, qui agit sur ces choses que l'on offre sur le saint autel ; Jésus-Christ qui opéra autrefois ces merveilles dans la cène qu'il fit avec ses apôtres , est le même qui les opère encore maintenant. Nous tenons ici la place de ses officiers et de ses ministres ; mais c'est lui-même qui sanctifie ces offrandes , et qui les change en son corps et en son sang (2). » Et un peu après : « Aussi vous autres laïques , lorsque vous voyez le prêtre à l'autel offrant à Dieu l'oblation samte , ne pensez pas que ce soit le prêtre qui la lui offre , mais que c'est Jésus-Christ même qui étend visiblement sa main pour offrir ce sacrifice à Dieu son Père (3). « Et saint Ambroise : « Jésus- Christ est maintenant offert dans notre sacrifice comme homme et comme souffrant, et il s'y offre lui-même comme prêtre pour effacer nos péchés (4). ^
C'est ce que l'Eglise , au sacré concile de Trente , a décidé comme une vérité de foi : « Le même Jésus Christ, dit ce concile {sess. 22, c. 2), qui a été une fois offert sur la croix d'une manière sanglante ,
(1) Accepit panem in sancfas ac venerabiles manus suas. r (2) Non sunt hiinianœ virtiitis opéra liœc ; qui tuac illa fecil in illa cœna , ifleni ea nunc quoqiie facit, nos niinislroiuin tanUini tenenius locunii qui veio sauctificat ea et iinrniital, ipse est. (Chri/s. hmn. 83 in JMatth.) «
(3) Tu vero, laice . cuni videris sacerdoteni ofîerenlem , ne existimes ipsuni hoc facientem , sed Chrisli mnnuni invisibiliter extensam. (Ihid.)
(4) Nunc Clu-istus olferliir quasi lionio , quasi recipiens passioncm ; et olleit seipse quasi sacerUos utpeccata nostra dimitlat. {Amhr., lib, 1 de offic, cap. 48.)