‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 156 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV

est ici tous les jours sacrifié par une immolation non sanglante ; la même hostie qui a été immolée sur le Calvaire Tétant encore sur les autels de l'Eglise catholique par le même sacrificateur agissant en la personne des prêtres , et n'y ayant différence entre ces deux sacrifices qu'en la manière de l'offrande. » C'est pour cela qu'il est appelé dans l'Ecriture (ps. 109) le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech ; car il ne serait pas bien nommé Père éternel , s'il s'était contenté d'offrir seulement une fois le sacrifice ; mais son sacerdoce est éternel selon l'ordre de Melchisédech , en ce que , par l'entremise et en la personne des prêtres , il offre et offrira sans cesse jusqu'à la fin des siècles , à son Père , par le sacrifice non sanglant de l'eucharistie , son corps et son sang sous les accidens du pain et du vin. Et pour parler plus proprement, il est lui-même le principal prêtre, et quoique nous soyons appelés prêtres , et que nous le soyons en effet , nous n'agissons néanmoins que comme ses substituts et ses instrumens. Nous ne sommes pas ses successeurs dans le sacerdoce , mais seulement ses ministres pour offrir le sacrifice en son nom ; et pour lui, il est le seul et le principal sacrificateur.

Cette vérité donne beaucoup d'éclaircissement à un passage de saint Paul qui paraît assez difficile. C'est dans son épîlre aux Hébreux , où il dit : Il y a eu autrefois successivement plusieurs preires^ parce que la mort les empêchait de fctre toujours. Mais comme celui-ci demeure éternellement, il possède un sacerdoce éternel (1) ; car cela ne veut dire autre chose , sinon que dans l'ancienne loi c'était une nécessité qu'il y eût plusieurs prêtres , parce qu'étant des hommes faibles et mortels , le sacerdoce n'aurait pu demeurer longtemps , s'ils n'eussent pas succédé les uns aux autres ; au lieu que dans la loi évangélique où nous avons pour prêtre éternel Jésus- Christ , cfui vit et demeure pour toujours , il n'est point nécessaire qu'il y en ait plus d'un , comme il n'y a en effet que lui seul qui célèbre les saints mystères et offre le divin sacrifice comme cause principale et par sa propre autorité.

Ainsi la différence que l'Apôtre met entre les prêtres de l'ancienne loi et ceux de la nouvelle, est qu'autrefois les eiifans qui entraient dans le sacerdoce en la place de leurs pères n'étaient pas leurs miniitres,

(1) Et alii qiiidem pliires facti snnt sncerdotfs , ideiico qiiod morte proliiberenlur pennancie • hic anteai eo quod inaneat in œlernum , senipilernuin liabet sacerdolium. {Hebr. 7. 23.)

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mais leurs successeurs clans cette dignité , et qu'ils l'exerçaient avec la même autorité que leurs prédécesseurs ; au lieu que dans la loi de l'Evangile, Jésus-Christ est le principal prêtre qui offre toujours actuellement le sacrifice , en quelque lieu et en quelque temps que ce soit qu'on l'offre ; et tous les autres qui portent le nom de prêtres, et qui en exercent les fonctions , ne le font pas en leur propre nom , ni avec la même autorité que Jésus-Christ , ni comme ses successeurs , mais seulement comme ses instrumens et ses ministres.

C'est dans celte vue que le saint concile de Trente , dans l'endroit que nous avons déjà marqué , dit : Que quelque grand pécheur que soit un prêtre, son indignité ne peut rien diminuer de la valeur et de l'efficacité du sacrifice, parce que cela se règle et se mesure par la dignité de celui qui l'offre comme cause principale , et non par celle de l'instrument. Ce qui se peut aisément entendre par cette comparaison : Si la piété d'un prince le porte à faire une grande aumône , et qu'il l'envoie par un de ses gens qui soit un méchant et un impie, l'aumône de ce prince n'a pas pour cela moins de vertu et de mérite, parce que cela répond à la disposition de vertu et de piété qui est en celui qui la donne principalement, quoique par une main étrangère. De même aussi , quelque grands pécheurs que soient les prêtres , ils ne peuvent pas affaiblir ni diminuer la vertu des sacremens, parce qu'ils ne sont que des instrumens et des ministres qui les célèbrent et les dispensent au nom et en la personne de Jésus-Christ notre Sauveur.

II. Que c'est un des excellens privilèges de la nouvelle loi d'avoir Jésus-Christ seul pour son principal prêtre. Tout ce que nous avons dit étant bien considéré , on voit que c'est un des plus excellens avantages des sacrés mystères de la nouvelle alliance d'avoir pour principal et souverain prêtre Jésus-Christ , qui les consacre lui-même et les accomplit. Ce que l'Apôtre exprime avec beaucoup de poids et de gravité , lorsqu il dit : Car il était hi^n raisonnable que nous eus^ sions un pontife comme celui-ci^ saint, innocent , sans tache , séparé des pécheurs , et plus élevé que les deux. Car la loi établit pour pontifes des hommes faibles; mais la parole de Dieu , confirmée par le serment qu'il a fait depuis la loi , établit pour pontife le Fils qui est saint et parfait pour jamais (1). Que toutes VOS créatures vous louent

(1) Talis ^niin deceLat ut nobis esset pontifex , sanctus , innocens , impollutus , segregatus a peccatoi ibus , et excelsior cœlis factus. Lex eiiiiii hointnes constituit saceidotes infimiilatein habeiites ; sermo autem juiisjurandi, qui post legeiu est, filium in œlcrnum peifectum. {Hebr. 7. 26.)

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