LIVRE IV, CHAPITRE VII
offre le saint sacrifice de la messe",^Jésiis-Clirist intercède et prie pour tous ceux qui l'oUVent et pour qui il est oû'ert.
Cette considérulion est trés-pieuse , et à mon sens très-véritable ; car Toffice et la fonction du prêtre étant de prier et d'intercéder pour son peuple , uous devons être très-certainement persuadés que Jésus-Christ, qui est véritablement notre prêtre et notre avocat, qui en exerce véritablement et actuellement la charge , et qui fait toutes choses avec une souveraine perfection , accomplit excellemment toutes les fonctions de son souverain sacerdoce , non seulement en offrant le sacrifice pour ceux qui le présentent particulièrement , on pour qui il est présenté , mais encore en faisant pour eux l'office d'intercesseur et d'avocat, pour leur obtenir de son père les choses qu'ils lui demandent , et qui leur conviennent pour leur salut et pour la gloire de Dieu. Ce que l'apôtre semble marquer assez clairement dans son épître aux Hébreux , où , parlant du sacerdoce éternel du Fils de Dieu, '\\ dit : C'est pourquoi il peut toujours sauver ceux qui s'approchent de Dieu par son entremise, étant toujours vivant pour intercéder pour nous. A quoi il ajoute immédiatement : Car il était bien raisonnable que nous eussions un pontife comme celui-ci, saint, sans tache .^ séparé des pécheurs^ etc. (1); OÙ il paraît évidemment que saint Paul a joint au sacerdoce de Jésus-Christ , l'office d'intercéder et de prier pour nous, comme étant une fonction essentielle; de sorte que ce divin Sauveur, qui est notre grand et souverain prêtre, ne peut exercer parfaitement son sacerdoce , sans prier et intercéder pour son peuple , et particulièrement pour ceux en considération desquels il offre son sacrifice. C'est le sentiment et la pensée du vénérable Denis le Chartreux sur celte parole de l'apôtre : // est à la, droite de Dieu .^ où il intercède pour nous (2).
Saint Laurent Justinien assure aussi la même chose en cestermes : « Lorsque Jésus-Christ est immolé sur l'autel , ce divin rédempteur pousse lui-même des cris pour nous vers son Père , et expose à ses yeux les plaies de son sacré corps , afin de garantir les hommes par son intercession du supplice éternel qu'ils ont mérité par leurs péchés (3). » Ce qui étant ainsi, comme je le liens pour certain , on ne
(1) Unde et salvave in ppipetuuni potest accedentes per semetipsum ad Deum, semper vivens ad inteipellandiim pio nobis; talis enini decebal ut nobis esset ponlifex , etc. {Hebr. 7. 25. 26.)
(2) Qui eliara interpellât pio nohis. {Rovi. 8.34.)
(3; Cum in altaii Clivistus immoialur, clamât idem vedemptov ad Patrem , cor-
peut douter que ce ne soit encore une chose souverainement avantageuse et cligne de toute vénération d'avoir Jésus-Glu ist même pour intercesseur et pour avocat dans ce divin sacrifice. Car si nous estimons d'ordinaire, et avec beaucoup 'de raison, que c'est un grand avanti^ge d'avoir quelque personne sainte et vertueuse qui prie pour nous dans nos besoins , avec combien plus de raison ne devons-nous pas estimer que c'en est un sans comparaison plus grand d'avoir le Fils unique de Dieu même pour avocat et pour intercesseur auprès du Père éternel ? Et c'est ce qui confirme parfaitement ce que nous avons avancé, que le saint sacrifice de la messe est un moyen très-efficace pour obtenir de Dieu tout ce que nous lui demandons dans nos besoins.
Cette même considération prouve encore et explique suffisamment ce que l'on a entrepris de montrer dans ce chapitre , qui est que le seul et unique sacrifice de la nouvelle alliance contient en vertu et par éminence tous les anciens sacrifices, et opère dans les âmes tous les effets qu'ils signifiaient et qui se trouvent présentement tous réunis en lui seul. Ce que le même saint a encore exprimé et confirmé par ces courtes^ mais élégantes paroles: « Vous voyez clairement qu'on ne peut offrir à Dieu un plus agréable sacrifice que celui du corps et du sang de Jésus-Christ , soit pour le louer et l'honorer à l'égal de ce qu'il est , soit pour lui rendre de dignes actions de grâces pour ses bienfaits continuels , soit pour obtenir le pardon des péchés, ou enfin pour mériter de participer à sa gloire dans l'éternité (1).