‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 172 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VII

« Reconnaissez , mes frères , et inférez de là par «ne considération certaine , combien l'hostie sacrée que nous offrons sur l'autel est puissante pour rompre tous les liens du cœur, puisqu'étant oflerte pour une personne absente , même sans qu'elle le sache , elle a néanmoins le pouvoir de rompre les chaînes dont son corps est lié (1), »

Les saints assurent la même chose dans les anciennes liturgies , comme on peut le voir dans celle que l'apôtre saint Jacques a luimême ordonnée en ces termes : « Nous vous offrons cette sainte et innocente victime, afin que tous les péchés que nous avons commis nous soient ôtés , et que l'oblation de ce divin sacrifice vous soit tellement agréable , qu'elle nous rende dignes de la vie éternelle (2). » Et saint Basile dit dans celle qu'il a instituée : « Afin que vous receviez ce sacrifice en satisfaction pour nos péchés et pour l'ignorance du peuple (3). » Saint Chrysostôme, dans celle qu'il a composée : « Rendez-nous dignes de vous offrir des dons, et spécialement ce sacrifice pour nos péchés , et de trouver grâce devant vous (4). » Et nous disons encore tous les jours au canon de la messe , que nous offrons ce sacrifice pour la rédemption de nos âmes. Ce qui fait voir avec combien d'excellence et de perfection notre sacrifice est propi'' tiatoire pour les péchés.

IV. Que la messe est un sacrifice très-efficace pour obtenir de Dieiù toutes les grâces que nous lui demandons. Quant à la quatrième raison qui oblige les hommes à offrir des sacrifices à Dieu, qui est pour obtenir de lui les biens et les grâces dont nous avons besoin , il est clair et constant que celui de la messe est le plus puissant et le plus efficace qui ait jamais été offert pour celte fin, et qu'en cela il surpasse infiniment tous les anciens sacrifices ; car si en sacrifiant un agneau ou un bélier , ou quelque autre animal (ce qui était trèsordinaire dans la vieille loi), c'était un moyen efficace pour obtenir ce qu'on demandait à la divine Majesté, quelle puissance et quelle

(1) Hinc ergo , fratres carissimi , ceita consideiatione colligite : oblata a nobis sacra hostia , quantum in nobis solvere valeat ligatuiam cordis , si , oblata ab altero,potuit in altère , ctiam ignorante , solvere vinciila corporis. (Greg., ibid.)

(2) Ut ea deleantur peccata qnse admisimus, et ut tibi grato et divine sacriQcio oblato , digni habeamur vita ieterna.

(3) Ut hoc sacrificium fiât acceptabile pro peccatis nostris et pro populi ignorantia.

(4) Fac nos dignos offerre tibi dona et sacrificium spéciale pro nostris peccatisj et preesta ut inveaiamus gratiara in conspectu tuo.

3Ci8 DE LA «lESSË.

efficacité n'aura pas roblation que nous lui faisons de son propre Fils et du trésor de ses méiites? il n'y a point de proportion ni de comparaison entre les anciens sacrifices et celui des chrétiens.

Si la seule volonté que le saint patriarche Abraham eut d'immoler son fils à Dieu fut si agréable à sa divine Majesté, qu'il lui promit même avec serment de le combler de ses faveurs et de ses bénédictions, lui et toute sa postérité, quels biens et quelles faveurs ne fera-t-il pas à ceux qui lui offrent réellement en sacrifice son propre et unique Fils? que pourront-ils lui demander qu'il ne leur accorde pas volontiers en vertu de cette divine oblation? Nous pouvons dire ici avec raison ces paroles de l'apôtre : S'il na pas épargné son propre Fils y et s'il l'a livré à la mort pour nous tous, que ne nous donnera-t-il point après nous l'avoir donné (1) ?

C'est une chose très-certaine que le saint sacrifice de la messe est un moyen très-efficace pour obtenir de Dieu tout ce que nous lui demanderons. C'est pourquoi l'usage de la sainte Eglise a toujours été de célébrer la messe pour demander à Dieu la paix , la prospérité, la santé et d'autres semblables biens, tant du corps que de l'esprit. Cette vérité étant si certaine et si solidement établie parmi les vrais chrétiens, il n'est pas nécessaire de nous y arrêter davantage.

Je veux seulement rapporter ici une savante et pieuse considération que fait sur ce sujet un docte et grave théologien (Suar. , tom. 3, disp. 76, sect. 2), et qui est très -conforme à la vraie théologie et à la sainte Ecriture; c'est qu'encore (|ue Jésus -Christ notre rédempteur, qui est maintenant dans le ciel, ne soit plus en état de mériter ni de satisfaire de nouveau pour les hommes, il est néanmoins toujours en étal de prier et d'intercéder pour eux, comme il le fait véritablement selon ce témoignage de saint Paul : // est à la droite de Dieu, oit il intercède pour nous (2). El dans son épître aux Hébreux : Il est entré dans le ciel même, afin de se présenter maintenant pour nous devant la face de Dieu (3). Et^ l'apôtre saint Jean ajoute : Nous avons pour avocat envers le Père Jésus -Christ qui est juste (4). Ce qui a fait dire à cet auteur qu'on peut croire^ comme une chose très-probable et vraisemblable , que , toutes les fois qu'on

(d) Qui propiio Glio suo non pepercit , sed pio nobis ouinibus tradidit illiim, quoraodo non cum illo oninia nobis donabit ? {Rom. S. 32.)

(2) Qui eliam interpellât pro nobis. {Rom. 8. 34.)

(3) Ut appareat nunc vultni Dei pro nobis. {Hcb. 9. 2'!.)

(4) Advocatuiu liabeinus apud Palrem Jesuuj Clnistuinjuslum. (1 Joann, %. %.)

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