LIVRE IV, CHAPITRE VllI. 31j
marquer maintenant qiielquesexcellences très-dignes d'occuper toutes les pensées de notre esprit. La première de ses excellences est que la messe est une chose si sainte , si vénérable et si relevée , qu'il n'y en a point dans l'Eglise chrétienne et catholique qui lui soit égale, ni même qui lui puisse être comparée. Aussi les saints et les pères de l'Eglise n'en parlent jamais qu'en des termes élevés et extraordinaires, l'appelant un mystère redoutable, terrible, divin déifique , plein de divinité , souverain , singulier , et lui donnant plusieurs autres semblables noms, dont les saints docteurs se servent fort ordinairement en traitant ce même sujet , sur lequel ils disent aussi plusieurs excellentes choses. Nous en rapporterons ici seulement deux ou trois qui nous ont semblé les plus remarquables. Voici comment en parle le grand saint Chrysostôme :
« Peut-on se figurer qu'on est sur la terre parmi des mortels , lorsqu'on voit le Seigneur immolé , et le prêtre appliqué à cet auguste sacrifice , qui prie pour le peuple qui l'environne , sur lequel il répand des gouttes du sang précieux? n'aurait-on pas sujet de croire qu'on a été transporté dans le ciel , et qu'on voit tout ce qui s'y passe? 0 miracle! ô effet prodigieux de la bonté de Dieu ! celui qui est assis à la droite de son Père est en même temps dans les mains de tout le monde; il se donne à tous ceux qui veulent le recevoir (1), »
Le grand saint Grégoire assure que toutes les t'ois qu'on célèbre les saints mystères de la messe , le ciel s'ouvre , et que tous les chœurs des anges en descendent pour y assister. « Qui est, dit-il , le fidèle qui puisse douter qu'au moment que se fait cette immolation sacrée ; les cieux ne s'entr'ouvent à la voix du prêtre, que durant ce divin mystère de Jésus-Christ les chœurs des anges ne descendent sur les saints autels, et qu'alors il ne se fasse une alliance des choses inférieures avec les supérieures , des terrestres avec les célestes , et des visibles avec les invisibles (2) ? »>
(1) Dura conspicis Dominum imraolatum , sacerdotem sacrificio incumbentem , et tuibam circumfusam pretioso illo sanguine intingi ac iubefieri,eliainne te inler nioilales versai i, atquein terra consisfere censés? an non potius in coelunitransfeiTi, et carnis contagioiiem oninem abjiciens mente pura circumspicis quœ in cœlo sunt? O miraculuni ! o Dei benignitatem ! qiiae cum Paire sursum sedet, in illo ipso teniporis arliculo honiinum nianibus perlraclatur , ac seipsuiu tradit volentibus ipsum excipcre. (Chrys., lih. 3 de saccrd., cap. 4.)
(2) Quis enira fidelium habere diibium possit, in ipsa ininiolationis hora, ad sacerdotis vocena cœlosaperiri, iu iUo Jesu Chrisli lujsleiio angelorum choros
Et en effet, c'est "une vérité solidement appuyée sur la doctrine des saints que les chœurs des anges assistent à l'autel durant tout le temps qu'on y célèbre la sainte messe. Saint Ambroise l'assure dans le livre qu'il a écrit de la dignité des prêtres {lih. 6 , cap. 4), et saint Chrysostôme le confirme par le témoignage de deux saints personnages qui étaient des hommes admirables, à qui Dieu avait accoutumé de révéler plusieurs choses merveilleuses dans des visions. Saint Cyrille rapporte de saint Euthyme, dans la vie qu'il en a écrite, que, durant qu'il célébrait les saints mystères, il avait le bonheur de voir mie multitude innombrable d'anges qui assistaient au saint sacrifice , les uns le servant à l'autel, et les autres étant prosternés par terre, et tous rendant à cette divine hostie de très-profondes adorations. Nous lisons encore , dans les vies de plusieurs autres grands saints , que Dieu les a favorisés de semblables visions ; et c'est ce que l'apôtre même semble nous vouloir faire entendre par la comparaison qu'il fait des mystères de l'ancienne alliance avec ceux de la nouvelle , et de la majesté de Dieu descendant sur la montagne de Sina pour y donner sa loi à son peuple, avec la majesté du même Dieu descendant invisiblement, comme il fait tous les jours sur le saint autel : Considérez , dit-il , q^iic vous ne vous êtes pas maintenant approches d'une montagne sensible et terrestre , d'un feii brûlant , d'un nuage obscur et ténébreux, des tempêtes et des éclairs, du son d'une trompette^ etCj 9nais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion , de la ville du Dieu vivant^ de la Jérusalem céleste , d'une troupe innombrable d'anges, de Jésus ^ qui est le oiièdiateur de la nouvelle alliance ^ et de ce sang qui est répandit sur nous et qui parle plus avantageusement que celui d'Abel (1).
Il est sans doute que si lorsque nous assistons à la messe , Dieu nous faisait la grâce de nous ouvrir les yeux comme il les ouvrit autrefois au serviteur d'Elisée (1 Reg., 6), nous y verrions des légions innombrables d'anges et d'esprits célestes qui nous apprendraient , par la révérence et le respect qu'ils y gardent devant la majesté de
adesse , sumniis ima sociari , tencna cceleslibus jungi , unumque ex visibilibiis aUjue invisibilibus fieii. {D. Grey., lih. 4 dial., cap. 58.)
(1) Non accessistis ad Iractabilem niontein et accessibileni igneni , et tiirbinein, et cnligineni , et pvoccUam , et tuba; sonum , etc. Sed accessistis ad Sion nionteni, et civilatcni Dei \ivcntis , et Jérusalem cœlesteni , et miillornni niiliiiini angeloiiiin frcquenliam , et Tcstanienli novi mediatoreni Jesnni , et sanguinis aspeisioïiem melius loquenlem quam Ain-l. {Ilcbr. 12. 18.22. 24.)