‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 257 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE V

La mission s'ouvre dans un endroit. Une foule de pénilens viennent à vos pieds, engagés, depuis plusieurs années, daus des liaisons qui les ont couverts de plaies, envenimées et gangrenées par le temps. — Depuis coiubiea de temps , man fils , demande le confesseur, entretenez-vous celte fréquentation criminelle ? — Il y a huit ou dix uûs. — Tombez-vous souvent dans le péché?... — Chaque jour, mon père , ou au mains deux ou trois fois par semaine. — Vous en êtes- Yous toujours confessé ? — • Oui , mon père. — Vous confessez-vous souvent ? — Une fois tous les deux mois. — Avez-vous toujours affaire au même confesseur? — Non , mon père ; je vais tantôt à l'un , tantôt à l'autre. — Ainsi, pendant ces dix années, vous êtes allé à presque tous les confesseurs de ce pays ? — Oui , mon père. — Que vous ont-ils dit? — De ne plus y retomber. — Vous ont-ils toujours donné l'absolution? — Toujours, mon père. — Les traîtres! dit dans soa cœur, en frémissant , un zélé confesseur qui n'a en vue que le salut des âmes ; les traîtres ! voilà une pauvre âme assassinée , qui , pendant le cours de tant d'années, hominem non hahuit , n'a jamais trouvé un confesseur ciiarilable qui lui ait donné une impulsion miséricordieuse , pour laver ses fautes dans la piscine sacrée d'une bonne confession. Sa douleur augmente avec le nombre des pénitens ainsi trahis et des confesseurs trop indulgens; car la mauvaise direction d'un pénitent lui fait connaître la faiblesse de presque tous les confesseurs de ce pays. Pardonnez-moi ce mouvement de zèle , et ne vous étonnez pas de m'entendre partager le sentiment suivant d'un ministre du Seigneur. Réfléchissant au relâchement d'un grand nombre de confesseurs de nos jours qui absolvent, les yeux, fermés, tous les habitudinaires et les occasionaires , au mépris des décisions du saint Siège, il disait en soupirant : Ou l'Eglise se trompe , ou une grande partie des confesseurs se damnent. Mais puisque l'Eglise , assistée par le Saint-Esprit, ne peut errer, il faut conc! ure qu'une partie des confesseurs seront damnés. En effet, beaucoup n'obéissent point à l'Eglise qui fait un précepte et qui commande, en vertu de la sainte obéissance , de ne point absoudre les occasionaires qui peuvent et qui ne veulent pas quitter l'occasion prochaine du péché. Tel était le raisonnement de ce ministre de Dieu. Son sentiment , que je respecte, est d'ailleurs confirmé par l'expérience de tous ceux qui s'emploient au ministère apostolique et qui vont à la recherche des âmes fourvoyées. Hélas ! comment ne pas gémir en voyant une ruine si universelle , occasionée par des confesseurs sans zèle , qui , sans exa-

men, sans discernement, sans interrogations, absolvent indifféremment et les occasions prochaines et les éloignées , et les concubinaires et les inconùnens, et les prostituées et les vii'rges ; en un mot, qui coupent tous les nœuds des consciences avec une faux de moissonneur, et qui , au lieu de bi iser les chaînes des pénitens , les redoublent sur eux-mêmes et se mettent en état de damnation? Le remède, nous l'avons sous la main. Il consiste à former une sainte ligue, et, quand nous rencontrons ces occasionaires , à leur parler nettement , sans nous laisser abattre par une terreur panique ou par un vil respect humain. Si l'occasion est in esse , il faut leur dire sans détour : Allez, ôtez l'occasion et revenez pour l'absolution. Si elle n'est pas in esse , et qu'ayant été avertis plusieurs fois par des confesseurs zélés, ils n'ont pas obéi, il faut leur dillérer l'absolution jusqu'à ce qu'ils ôtent tout-à-fait l'occasion et donnent des signes d'un véritable amendement. Voilà le remède. Serons-nous tous fidèles à l'employer dans la pratique ? j'ose l'espérer ; mais qu'il prenne garde à la colère de Dieu, celui qui agira diOeremment et qui voudra rester volontairement aveugle au milieu de tant de lumières.

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