‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 259 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VI

point , qui ne croient pas pouvoir jamais assez s'aflliger, assez gémir, assez pleurer. A Dieu ne plaise que vous interrompiez le cours de ces larmes précieuses et de cette sainte tristesse ; à Dieu ne plaise que vous entrepreniez de fermer une plaie que le Seigneur a ouverte^ et dont la durée est encore l'ouvrage de sa bonté ! Vous prendrez garde cependant qu'on ne pousse pas les choses trop loin ; que la contrition ait toujours son cours, mais qu'on ne prenne pas le change en y mêlant les scrupules. C'est pourquoi , dès qu'on aura fait sa confession générale , vous imposerez un inviolable silence sur le passé , comme nous le dirons dans la suite : au lieu de s'examiner de nouveau, et de perdre le temps à d'inutiles recherches, qu'on s'occupe à détester des ingratitudes dignes de tous nos regrets , et d'être pleurées à tous les momens de notre vie.

Après cela , vous instruirez avec prudence sur le motif de la douleur. Cette douleur prend quelquefois sa source dans la connaissance de la bonté divine, et alors on se sent comme défaillir d'un doux et vif regret d'avoir offensé un Dieu infiniment aimable. Quelquefois la douleur naît de la connaissance intime des péchés , qui semblent des spectres aussi hideux que les démons : alors la douleur n'est qu'amertume , que fiel et qu'absinthe : Replevitme amaritudinibus , et inebriavit me absinthio (J). A une douleur si différente, une différente conduite de votre part doit répondre.

Par rapport au pénitent dont la douleur est aussi douce et consolante qu'elle est profonde , vous le ferez souvenir de recevoir ces divines caresses avec une humble confusion , ainsi qu'un coupable de lèse-majesté qui se verrait combler de faveurs par son souverain, au lieu d'en être châtié selon ses mérites. » Hé quoi ! disait sainte Thérèse au milieu des consoliitions spirituelles qu'elle goûtait; quoi! mon Dieu j vous oubliez sitôt mes fautes ; vous payez les offenses que j'ai commises contre vous, par les plus pures délices ! Ah! ne permettez pas qu'une âme déjà remplie de vos biens perde jamais de vue ce qu'elle a été , et ce qu'elle est encore de son fonds. «Vous suggérerez à votre pénitent de pareils sentimens. Qu'en éprouvant dans sa componction des douceurs réservées aux âmes les plus chéries , il rentre aussitôt en lui-même , et s'en ju.;;e tout-à-fail indigne ; ([u'il ait quelque sorte de répugnance à les goûter; qu'il en remercie néanmoins le Seigneur, et s'anéantisse au même temps en sa divine présence. Il ne

(1) ThrcH. 3. 13.

convient point en effet de vouloir d'abord traiter familièrement avec Dieu, après avoir vécu dans le péché, ou bien après avoir fait quelque chute considérable. Si vous trouviez de tels pénitens , éludiez le moment de les humilier, en leur remettant devant les yeux ce qu'ils ont été; mais faites-le dans les commencemens avec beaucoup de précaution , de peur qu'en voulant fermer toute entrée à l'esprit d'orgueil, vous n'ouvriez les portes à ladéliance et aux scrupules.

Par rapport au pénitent dont la douleur n'est qu'un calice d'amertume, vous lui direz de ne point fixer tellement ses pensées sur la profondeur de ses plaies, qu'il ne les arrête aussi de temps en temps sur la profondeur des divines miséricordes. D'un côté , il s'humiliera, rougissant de honte à la vue de lui-même ; et d'un autre côté , conservant toujours la confiance en Dieu , il ne perdra point courage. C'est en cela que consiste la force de l'homme chrétien , dit le docteur angélique.

Vous donnerez le même conseil à deux autres sortes de personnes. Les premiers sont des esprits mélancoliques auxquels vous ne sauriez assez relever le courage. Comme ils ne se repaissent que d'idées tristes et fâcheuses , le poids du tempérament pourrait enfin les entraîner au désespoir. Les seconds sont ceux qui , après avoir long-temps marché dans le chemin de la vertu , viennent à tomber dans le précipice , en punition de quelque secret orgueil, et par une permission de la Providence , dont les vues sont toujours avantageuses. C'est en ces circonstances que vous devez plus que jamais recourir aux motifs de la confiance en Dieu. Malheur à l'âme dirigée par un ministre imprudent qui frémirait d'abord, et se récrierait sur sa chute; qui , bien loin de mettre avec joie sur ses épaules cette brebis égarée , la maltraiterait et la ferait revenir en colère à la bergerie ! Ce serait pour user de la comparaison du Psalmiste (1), charger un mur du côté qu'il j^enche déjà , et en hâter la ruine au lieu de la réparer. Au moment donc que ce juste devenu pécheur s'ouvrira à vous sur son infidélité , écoutez-le tranquillement, et soyez en garde pour ne le point intimider : rassurez-le même dans sa détresse , et répondezlui qu'il se relèvera avec un nouvel accroissement de mérites : Toutes choses coticoureiit h V avantage de ceux qui aiment Dieu, (2) \ les péchés mêmes y contribuent, disent les saints docteurs, sur ces paroles de

. (1) Psalm. 61.

(2) Rom. 8. 28.

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