LIVRE V, CHAPITRE Vllf
moindre obstacle qu'il rencontrera. Voici cependant les motifs comme personnels que vous apporterez, soit pour inspirer, soit pour perfectionner de plus en plus l'estime et le désir de la plus haute vertu.
Ceux , par exemple , que le motif de l'amour de Dieu touche davanta^re, vous les exhorterez : 1° de penser souvent combien Dieu est aimnli'o en soi pour toutes les perfections inîmies dont il est la source et rnelle ; combien par conséquent il mérite d'être aimé préférablement à tons nos penchans , à tous nos désirs , à tous nos intérêts , à nos biens , à notrt' réputation , à noire vie. Trop heureux , si nous avions mille vies, de les sacrifier à ce souverain Etre, infiniment digne que toutes les créatures s'épuisent à son service. 2° Ils s'étudieront à bien connaître les mérites des souffrances , de la pauvreté et des opprobres de Jésus-Christ ; le détail de sa vie , dont tous les momens ont été destinés à notre salut ; les circonstances de sa passion et de sa mort , de celte mort cruelle et ignominieuse qu'il a endurée par un amour infini pour nous. 3° Ils essaieront de comprendre les bienfaits du Seigneur : bienfaits généraux , tels que sont ceux de nous avoir créés , de nous avoir rachetés et de nous conserver à toute heure ; bienfaits particuliers , tels que sont ceux de nous avoir appelés à la foi , de nous avoir mille fois reçus à sa grâce , après l'avoir offensé par nos infidé-ités ; de nous avoir donné les sacremens de l'Église, ressources conlinuellesdans nos besoins spirituels; bienfaits pcM^sonnels qui regardent chacun de nous, soit pour l'âme, soit pour le corps, qui sont presque sans nombre, et qui nous rendent plus ingrats, plus coupables que les démons mêmes, si nous n'y correspondons au moins par un désir insatiable d'en iiianjuer à Dieu notre ri'connaissance. 4° Qu'ils réfléchissent sur ramoursans borne que le Sc'gneur a pour les hommes. En tant que Dieu , il nous a aimés avaiii tous les siècles du même amoiir dent il s'aime , désirant de n.'us voir un jour avec lui couronnés de gloire. En tant qu'honnne, il nous a plus aimés que nous ne saurions nous aimer nous-mêmes; jlas quil n'est aimé des saints sur la terre, et des bienheureux dans le ciel^ plus que toutes les créatures ensemble ne pourraient nous c>imer , nous sacrifiassent-elles tous les mouvemens de leur cœur. Cet i:inour excessif dun Dieu ne produirait-il en nous qu'un faible désir di le servir? 6° lisse proposeront l'exemple des saints , à qui l'amour (juils ont eu pour Dieu a fait faire de si grandes choses, endurer de bi affreux tourmens , porter de si pesantes croix , et les préférer à
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tous les plaisirs de ce monde. N'avons-nous pas un cœur aussi bien que ces saints? un cœur qui puisse , comme le leur , uniquement aimer un Dieu infiniment aimable ?
A ceux qui sont plus sensibles au motif de l'espérance ou de la crainte , vous leur exposerez ces vérités : 1° la récompense qui nous est préparée dans le ciel , où Dieu ne veut pas nous en donner une moindre que lui-même : Ego inerces tua magna nimis (1). Il nOUS promet de faire de chacun de nous comme autant de dieux par participation , ainsi qu'il est par essence : à la vue d'une si belle couronne , ne formerons-nous qu'un désir imparfait de nous l'assurer ? 2° la brièveté de cette vie , la certitude de la mort, l'incertitude et de l'heure où elle viendra, et de l'état où elle nous enlèvera de ce monde; mort terrible, qui ne nous laisse pas un seul moment à notre disposition après nous avoir une fois frappés ! que l'âme sera alors surprise d'avoir suivi avec tant d'ardeur une ombre fugitive de vain plaisir, et de n'avoir recherché que faiblement les biens solides, Ips biens éternels ! 3° la rij^ueur et l'éternité des peines de l'enfer, où peuvent aisément tomber ceux qui provoquent Dieu à les vomir de sa hanche , parce qu'ils ne sont ni froids ni chauds^ mais tièdes à son égard (1) ; 4° la profondeur des Jugemens de Dieu , lequel abandonne souvent les âmes qui n'ont point répondu à sa voix lorsqu'il les appelait à une haute venu, et qui par mille fautes légères sont enfin arrivées aux plus grands désordres ; 5° la multitude et l'énormité des offenses que nous avons faites à Dieu, qui attend de nous du moins autant d'amour que nous avons eu d'éloignement pour lui : Convertissez-vous à Dieu dans le fond du cœur, en fans d'Israël , selon que vous vous étiez éloignés de lui (3).
Que si ces pressans motifs n'excitaient point dans l'âme de votre pénitent un vif désir de la perfection chrétienne , je vous conseillerais presque d'en remettre la conduite à quelque autre que vous. Menacez-le pour le moins, ce lâche chrétien , menacez-le de le laisser à son propre esprit^ s'il ne veut faire quelque effort pour marcher dans la voie que vous lui montrez : peut-être celte menace réitérée à propos lui inspirera-t-elle enfin une juste crainte dans son état, et lui servira d'aiguillon pour le réveiller de sa léthargie. Quoi qu'il en
(1) Gènes. d5. d.
(2) ^poc. 3. If).
(3) Is. 3J . G.