II
^ifiO ADMlNISTRATrON DE LA PÉNITENCE.
La raison de ceci , c'est que l'ouviagc de la perfection dépend et de la volonté de Dieu , qui donne à Thommeles plus puissans secours de sa grâce , et de la volonté delliomme qui seconde de tous ses efl'orls les secours qu'il reçoit. Or, Dieu demande dans nous un désir extrême de ses grâces, pour nous les communiquer ainsi sans mesure: Tous n'avez qii h .former des désirs^ je les remplirai (1). Il veut que l'âme soit comme une terre altérée , pour y verser ses dons en abondance. Effundam aguam super sitientem (2). Celte conduite de Dieu n'est-elle pas juste? Pourquoi prodiguerait-il ses plus précieuses richesses à un homme qui ne daignerait pas les désirer, et lui marquer par là l'estime qu'il en fait et le besoin qu'il en a ? La règle ordinaire que Dieu suit dans la distribution de ses faveurs , ce sont les vifs et fréquens désirs que nous formons pour nous les attirer. Le désir, dit saint Thomas , met l'hovime en état d' obtenir le hiendésiré (3). El siiint Augustin dit aussi la même chose (4).
Mais un grand désir de la perfection n'est pas seulement nécess:.ire pour engager Dieu à nous communiquer sa grâce , il l'est encorepour nous y faire coopérer de notre part. Lorsqu'un homme de ésolution envisage une affaire difficile, il voit au même temps qu'il n'en viendra pas à bout sans une ardeur de réussir qui le fasse passer par-dessus toutes les difficultés. Ceux qui font sur mer des voyag!>s de long cours s'exposeraient-ils à tant de périls, si l'envie de s'enrichir n'était l'âme de leur entreprise, et ne les soutenait ? Il faut pour cela une vivacité de désir que rien ne puisse arrêter. Ainsi l homme chrétien qui souhaite ardemment sa perfection , agira conscquemment à la force de son désir : non seulement il n'oubliera aucun des moyens qui lui semblent utiles à cette fin , mais aucun obstacle même ne lui paraîtra capable de l'en détourner. Il fera plus; loin d'être étonné par les difficultés, il redoublera de courage et augmentera d'estime pour un bien dont lacquisition ne lui serait pas tant disputée si ce bien n'était au dessus de tous les autres. Mais pour celai qui n'a qu'un faible désir et une médiocre estime de la perfection «hrélienne , il ne prendra guère les vrais moyens d'y parvenir , ou ijien il les rendra inutiles par son peu de constance : il n'entrera point dans le chemin qui y mène , ou bien il reviendra sur ses pas au
(1) Ps. 80. 41.
(3) Isa. lik.
(3) 1 1>. q. 82. art. 6.
(4) Desideraiido capax eniccris ut implearis. {Tract. 4. in 1 Jo.)