‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 287 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE Xlf · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE Xlf

de ce mal, lesquels se réduisent à quatre plus marqués que les autres : 1" chanjyer sans cesse de senlimens sur la plus légère apparence, jugeant tantôt illicite et tantôt permis ce qu'on va faire ou ce qu'on a fait ; 2" se repaître de réflexions extravagantes sur les plus petites circonstances de ses actions ; 3° agir avec je ne sais quel trouble qui ôte l'attention et embarrasse la liberté ; 4° montrer beaucoup d'attache à son sens propre , sans vouloir jamais se payer de raisons -, et après avoir consulté bien des gens , ne s'en rapporter enfin qu'à soi-même. A ces traits on doit reconnaître sans peine le scrupuleux. Mais quel est le directeur qui puisse dire qu'il a guéri un grand nombre de ces gens-là^ Néanmoins, comme le mal n'est pas en soi incurable , ni également opiniâtre dans tous, il est nécessaire que le directeur distingue trois sortes de scrupules, afin de fournir à chaque espèce son remède. Les uns nous viennent de Dieu, qui permet que nous soyons mis à ces épreuves, les autres viennent de notre propre fonds, et les derniers de Tesprit de ténèbres.

On peut le dire avec vérité, qu'il est des scrupules qui nous vien nent de Dieu ; non qu'il soit l'auteur de nos illusions , mais parce qu'il ne donne point la lumière qui les dissiperait : de même qu'il suffit que le soleil ne se montre pas à la terre pour que nous soyons dans les ténèbres. Dieu punit donc certaines âmes en souffrant qu'elles soient livrées à une infinité de scrupules, et laisse succéder à leur hardiesse passée une crainte excessive , ainsi que les livres saints semblent nous le dire : Si quelques uns d'entre vous demeurent dans le pays de vos ennemis^ je frapperai leurs cœurs d'épouvante^ le bruit d'une feuille qui vole les fera tretnhler ^ ils fuiront comme s'ils voyaient une épèe, et ils tomberont sans que personne le s poursuive (\).

Il est important de bien démêler cette sorte de scrupules, que vous connaîtrez au motif qui les fait naître, aux elfets qu'ils produisent, cl au temps qu'ils durent. L'appréhension de déplaire au Seigneur est ordinairement le motif de l'inquiétude et du trouble de ces scrupuleux. Bien que cette appréhension passe les bornes , elle part néanmoins d'un bon principe qui est au fond la charité. Les effets de ces scrupules sont une horreur plus sensible du péché, une fuite plus inquiète des occasions, et une réformation toujours plus parfaite de toute la vie passée. Il est juste en effet que quiconque a vécu sous l'esclavage du démon , et en est délivré , fuie avec tout le soiq

0) levit, 26. 36i,

b02 ADMINISTRATION Dli) LA PÉNITENCE.

imajjinable le péril de s'y retrouver. Pour le temps que durent ces scrupules , communément il n'est pas fort long; Dieu ne continue point d'éprouver de la sorte ses serviteurs, lorsqu'il se les voit parfaitement soumis : Noh enimin sempiternumiUtigabo (1). NouS lisons de plusieurs saints qu'ils furent tourmentés par de semblables peines au commencement de leqr conversion; elles les rendirent purs, comme l'agitation de la mer la purge de ses immondices : après avoir été ainsi purifiés, l'orage cessa dans eux , et le calme y régna , suivant la promesse faite à l'homme jusîe : Non dahit in œtemumjluctiiationemjasto (2). Ces scrupules sonl très^f^cheux à celui qui en est agité; mais ils lui sont miles, et moins difficiles à guérir.

Il n'en est pas de même de ceux qui naissent de notre propre fonds; car il est de certains caractères d'esprit qui s'en forment naturellement, qui semblent prendre à tâche de se îourmenter eux-mêmes. Mais si l'iguorance ou Ift trop grande solitude sont jointes à celte disposition naturelle , oii ne saurait exprimer combien le mal augmente et quel préjudice l'âiiie en reçoit. On en vient jusqu'à négliger tous les exercices de piété , à ê(re incapable de quoi que ce soit, et à perdre presque le bon sens. Un peu de sollicitude d'espiit peut servir à réveiller des homme lièdes; mais si elle est outrée , et qu'elle ne finisse pas, il n'y a plus moyfti de vivre, bien loin d'être en état d'agir. C'est jci uq embarras qui arrête l'action de l'âme , comme les ténèbres d'E;;ypte empêchaient h^s mouvemens du corps: Nemo movit se de loco in quo erat (3). Tandis que ces ténèbres durèrent, qui que ce soJt ne remija de Ip plape qù il était ; et tandis que dure la perplexité dont nous parlons , l'âme demeure en quelque sorte immobile. Ces scrupuleux de tempérament se font connaître par la profonde mélancolie qui les domine, parleur timidité en toutes choses , et par leur vaine sublililé d'esprit qui chicane sur tout.

La troisième espèce de scrupules est l'œuvre du démon , qui observe autant qu'il est ep son pouvoir l'état de la conscience , et qui examine si elle est trop lâche ou trop serrée, afin d'attaquer l'âme par le côté faible , et de la surprendre à l'imprévu. Deux sortes de personnes ne sont pas susceptibles de ces scrupules ; savoir, les grands pécheurs et les grands saints ; car dans les grands saints la charité parfaite l'emporte sur la crainte, et dans les grands pécheurs

(2) Ps. 54. 25.

(3) Ea;od, iO. 23,

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