‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 288 sur 331 · LIVRE V, CUAPITUE XII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CUAPITUE XII

la malice surmonte la craiuie. Los uns et les autres sont tt'anquilles sur ce point, mais par des principes bien différens, A l'égard des eflets que les scrupules produisent, c'est 1° d'aller à refroidir toujours riiomme dans le bien , à lui représenter ses maux comme incurables, et à le réduire enfin au désespoir de son salut; c'est 2° de le faire tomber dans une étranrje contradiction avec soi-même ; car vous verrez de ces personnes-là se défendre sévèrement certaines choses, et s'en accorder aisément beaucoup d'autres dans une différente espèce : semblables à ces Pharisiens , qui , par principe de conscience, ne voulaient point entrer dans la maison de Pilate, et qui ne faisaient pas scrupule de solliciter la mort d'un homme qu'ils savaient être innocent.

La prière et l'obéissance , au sentiment de tous les Pères de la vie spirituelle , sont les deux moyens de guérir toutes sortes de scrupules. Dans la prière , l'àme agitée implorera l'assistance du Seigneur avec confiance , avec humilité , avec persévérance ; et elle obtiendra sûrement si elle ajoute à la prière une obéissance aveugle pour celui qui lui tient la place de Dieu sur la terre. Faites donc bien comprendre au scrupuleux que son salut dépend de la soumission de sa volonté à celle des ministres de Jésus-Christ , qui le gouvernent ; que , son vrai bonheur consistant à suivre la volonté divine , il n'a point de règle plus sûre pour savoir s'il le fait , que d'obéir à celui qui lui parle au nom du Seigneur , et de lui obéir en tout ce qui n'est pas manifestement un péclié ; rju'avec ce secours il n'a plus à craindre de s'égarer , et que sans ce secours tous les autres de sa façon demeurant inutiles. Que ritque-t^on en se pliant à la direction de ceux que le Sauveur nomme lui-même la lumière du morade ? T'osestis lux muiidi. Quel est l'homme qui se soit perdu par la voie de l'obéissance ? Le terme où elle conduit, c'est le ciel ; et les saints n'ont point connu de chemin plus droit pour y arriver. Sainte Thérèse ne prenait jamais de résolution, lors même que Dieu l'avait inspirée , que son confesseur ne lapprouvât. Quand tous les savans du monde se réuniraient ensemble^ disiiit-elle , ils ne me persuaderaient pas que c'était le démon qui me parlait dans cette vision ou extase ; Je ne pourrais jamais le croire. Cependant , quelque assurée que je fusse que c'était Dieu qui me faisait entendre sa voix , je n'aurais rien entrepris que celui qui a soin de ma conscieneene le jugeât à propos (i).

HjlRel. 31. 33.

b04 ADMINISTOATION DE LA PÉNITENCE.

Les s;iinls s'en rapportent donc plus à l'avis d'un directeur qu'aux lumières mêmes qu'ils croient certainement leur venir d'en haut. Et les scrupuleux suivront leurs idées particulières au mépris de tous les ordres de l'obéissance ! Il leur paraît plus raisonnable de compter sur un aussi faible appui que l'est leur sens propre, que de s'ap-' puyer sur l'Évangile , qui nous assure que celui-là écoute Dieu même lequel écoute ses ministres : Qui vcsaurlit , me audit {¥).

Si vous pouvez convaincre l'âme scrupuleuse de cette vérité , que l'homme obéissant triomphera : Vir ohediens loquetur victoriam , vous aurez déjà remporté vous-même une grande victoire. Mais pour réussir en ce point il faut que vous montriez beaucoup d'assurance ; car pour peu que vous chanceliez ou que vous parliez d'un air timide , embarrassé , irrésolu , votre exemple augmentera plus la crainte que vos paroles ne relèveront le courage. Et comme les scrupuleux , surtout ceux qui cherchent davantage leur repos , et qui prennent moins les moyens d'y arriver , en reviennent presque toujours au point de l'intégrité de la confession , vous emploierez hardiment à leur égard ces deux maximes des maîtres de la vie spirituelle : la première , que les scrupuleux ne sont point obligés à un aussi rigoureux examen de leur conscience que l'homme qui est dans ime^situation tranquille : il leur est libre , dans les angoisses et les embarras où ils se trouvent , de s'en tenir absolument à ce qu'un habile et zélé directeur leur prescrira. L'autre maxime est que les scrupuleux ne sont point non plus obligés de se confesser généralement de tout ce qui leur paraît péché ni de tout ce qu'ils s'imaginent n'avoir point confessé. Mais, supposé que lepénitentlidèleàces deux maximes crût avoir peut-être omis dans la confession quelque faute considérable , il n'importe , vu que l'intégrité matérielle de la confession n'est pas nécessaire quand on ne saurait l'exiger sans jeter la conscience dans un trouble affreux , et sans causer à l'âme un préjudice mortel. Soyez ferme sur ces principes ; et après avoir suffisamment entendu tous les scrupules de votre pénitent , imposezlui sur cela un éternel silence , accoutumez-le à mépriser ses doutes mal fondés et les craintes frivoles dont il n'a été que trop long-temps le jouet et la victime.

Vous lui ordonnerez encore de fuir l'oisiveté, la solitude afléctée, et le commerce de ceux qui sont frappés du même mal que lui. Tout

il) Luc. iO. U^.

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