‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 291 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XIII

I. Je ne parle ni de ces pécheresses qui vivent sans remords dans le désordre , ni de ces saintes âmes dont la conscience , tendre et timorée, ne se pardonne rien; je parle précisément de celles qui tiennent une sorte de milieu entre ces deux conduites , qui d'une part font profession de quelque piété , et qui ne font pourtant guère d'honneur à la piété qu'elles professent. Une femme donc de ce caractère s'accusera, par exemple , d'être vaine , sans s'expliquer davantage. Mais faisons le supplément de sa confession. Que signifie cela d'ordinaire et dans le fond ? Etre vaine , c'est-à-clire faire presque toute sa félicité d'être recherchée, aimée, applaudie ; porter envie à quiconque peut nous disputer l'avantage de plaire; employer la moitié du jour à se donner des agrémens étrangers , et perdre un temps si précieux à un exercice de vaine complaisance et d'orgueil ; c'est-à-dire troubler la paix d'une maison , si l'époux ne fournit pas pour de frivoles ajustemens ce qui suffirait peut-être pour l'entretien de tout le reste de la lï-raille ; c'est faire de ses parures son objet principal , et donner dans son cœur au désir de paraître la place qu'y devrait remplir le soin de se rendre agréable aux yeux de Dieu; c'est manquer à la charité due aux pauvres de Jésus-Christ , à la justice même la plus indispensable , en se mettant hors d'état , par des dépenses excessives , de payer les dettes à des créanciers , et à des domestiques le salaire de leurs services ; c'est être idolâtre de sa personne , ne se montrer que pour recueillir partout des adorations, tendre sans cesse des pièges aux autres , et s'en préparer à soi-même. Tout cela se trouve dans une faute légère à la première vue , dans un peu de vanité en apparence.

Continuons. Si votre pénitente s'accuse de trop aimer les compagnies et d'être trop 'répandue dans le monde , cela signifie occuper la meilleure partie du temps à recevoir et à rendre des visites, non de bienséance ou de nécessité, mais à pure perte; éviter sa famille et sa maison, comme si ceux qui composent l'une étaient des ennemis à fuir, et que l'autre fût une prison d'où l'on se sauve dès qu'on peut; cela signifie n'avoir pas une heure dans la journée pom* vaquer à la prière et à quelque sainte lecture , ou tout au plus faire l'une et l'autre à la hâte , de peur que le temps ne manque pour des amusemens dont on a la tête remplie ; cela signifie parler tout le jour de choses inutiles , s'entretenir même de mille autres , tantôt contre la charité , critiquant celles-ci et celles-là , principalement s'il y a de la jalousie dans le cœur ; tantôt contre h justice,, préjudiciant

à la réputation du prochain ; quelquefois aussi contre la pudeur, usant de certaines manières de parler qui l'offensent, tout établies qu'elles sont parmi ceux qui se disent honnêtes gens dans le monde; cela signifie être de toutes les assenibl(>es , aller au bal , à la comédie , à l'opéra , spectacles où tout ne respire que la mollesse , quc'lque innocens qu'on veuille se les figurer ; où Ton ne voit que des exemples d'intrigues amoureuses, et où l'on n'entend que des leçons directement contraires à celles de l'Evangile.

Peut-être votre pénitente s'accusera-l-elle d'aimer trop ses aises ; je dis peut-être, et voici pourquoi je le dis : rechercher toutes ses commodités, contenter tous ses goûts , se permettre tous les plaisirs qui ne sont point absolument des crimes , raffiner sur les délices de la vie , en inventer chaque jour de nouvelles pour les repas , les parures, les parties de divertissement; c'est ce qui s'appelle aujourd'hui une vie chrétienne et sans reproche. Où est ici le péché pour qu'une personne du monde s'en fasse scrupule et s'en confesse? Il n'y a que des esprits outrés ou des solitaires qui soient capables de réprouver ces usages, et de confondre par là le conseil avec le précepte. Quelle morale ! C'est celle du siècle , mais ce n'est pas celle de l'Evangile , qui ne dispense personne de porter sa croix tous les jours. Et la portet-on sa croix quand on vit de la manière que je viens de dire?

Je suppose toutefois qu'une femme du monde s'accuse à vous, d'aimer trop ses aises. Ce langage pourrait être pour vous une sorte de chiffre propre à vous ariêler ; il faut vous en donner la clef. Le sens donc de cette accusation vague , c'est que son corps est son |idole, à [qui elle ne refuse rien, dont elle préfère le soin à tout autre, à qui elle consacre tout le temps de sa vie, distribué en deux parties, dont l'une est pour le sommeil elles mollesses du lit , et l'autre pour les délices de la table, pour la pompe des habits, pour toutes les délicatesses de l'amour-propre. Et quelles sont les œuvres chrétiennes qu'on pratique dans cet état ^ Assister tous les jours au saint sacrifice de la messe , c'est ce qui ne se peut, parce qu'on ne saurait rien retrancher d'un sommeil qui ne finit qu'avec la mo'tié de la journée ; visiter les prisons ou les hôpitaux, c'est ce qui ne compatit point avec la complexion choyée d'une personne que l'infection de ces lieu^' ferait tomber en défaillance s'occuper à quelque lecture de piété est une gêne^» une application qui incommode ou qui ennuie. Ainsi l'on ne pense (ju ù h chair, ^

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